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Par Khalid Tritki
Finance. Moulay Hafid Elalamy, portrait dun raider
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Moulay Hafid Elalamy (E&E)
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Lachat de la CNIA par le groupe Saham a braqué les projecteurs sur Moulay Hafid Elalamy. Mais surprise, le microcosme de la finance de Casablanca se remémore la période trouble de l'affaire Agma.
Désarçonnant, déroutant, insaisissable, brillant, simple, les adjectifs ne manquent pas quand les gens parlent de Moulay Hafid Elalamy. Lhomme a pris de court le microcosme casablancais par son option dachat sur la compagnie dassurance CNIA. Du coup, les langues se sont déliées. Pour |
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les uns, cest une opération dapparence anodine, mais qui cache un montage machiavélique. Pour les autres, ce sont des retrouvailles avec un amour dadolescence. Entre lune et lautre version se dessine le parcours dun homme qui a rapidement intégré le club fermé des très grandes fortunes marocaines. Le parcours du nouvel actionnaire de la CNIA a été façonné par son astrologie. Né sous une bonne étoile, la vie lui a offert des opportunités rares qu'il a su exploiter ; elle est constituée d'étapes diverses ponctuées de mariages et divorces dans des milieux influents.
De linformatique aux finances
Moulay Hafid Elalamy a grandi à Marrakech dans le quartier Dar El Baroud. Ceux qui lont côtoyé depuis sa tendre enfance, lui attribuent des penchants pour la banque. Il voulait être banquier comme son père. À lépoque, il se cherchait à peine, son objectif majeur étant de trouver le moyen de se payer des études à létranger. Après un baccalauréat à la mission française, il plie bagage pour luniversité de Sherbrooke au Canada doù il sort avec un diplôme dingénieur en système dinformation. Cette parenthèse la rapproché des futurs capitalistes du pays (style Akhennouch le patron du groupe Akwa), mais aussi la initié aux affaires. Il était là pour étudier et pour gagner de largent. Le système de formation alternée le permet. Après des mois détudes, Elalamy décroche le poste de conseiller du ministre des Finances du Québec. Ses études terminées, le jeune Marocain met le pied dans sa première compagnie dassurance, la Saint-Maurice. En trois ans, il est propulsé directeur des systèmes dinformation de la compagnie. Et peu de temps après, le groupe d'assurances "Solidarité unique" le débauche pour occuper le poste de vice-président. Entre temps, le jeune homme, gonflé à bloc par ce parcours, tente sa chance dans lentreprenariat. Avec une bande de copains, il lance un site Web qui connaît un développement rapide. À partir de cette époque, son nom commence à attirer l'attention de gros bonnets du Maroc. Lun dentre eux lapproche alors quil était en vacances, en 1988. Une première proposition prenait forme ; elle émanait du groupe ONA. Fouad Filali séduit Moulay Hafid en lui offrant le poste de directeur général de la Compagnie Africaine dAssurance.
Agma, un fait darme très contesté
"Cest surtout sa compétence et sa vivacité qui lui ont valu ce poste. Il était déjà en prospect pour revenir au Maroc, lONA lui ouvre ses portes ; il ne pouvait pas rêver mieux pour faire carrière au pays", témoigne un publicitaire qui la longuement côtoyé. Cette précision est importante car, jusquà présent des rumeurs émanant de salons casablancais, attribuent son recrutement par lONA à lamitié qui le liait à Fouad Filali, et par ricochet, au Palais. Surtout quau bout de quatre ans, My Hafid Elalamy commence à prendre du galon au sein de lONA. A partir de 1994 et jusquen 1996, il cumule et la direction de la Compagnie Africaine et le secrétariat général du groupe. La confiance de Fouad filali va loin. Lorsque larmée veut souscrire un contrat pour toutes ses polices d'assurances, cest Moulay Hafid Elalamy qui le négocie directement avec les généraux et obtient le contrat. Mais lembellie a des limites. Le président de lONA décide de nommer un directeur général français pour piloter le groupe. My Hafid Elalamy napprécie pas cette nomination et claque la porte. Selon les témoins de lépoque, à sa sortie de lONA, il avait en poche 700.000 dirhams en stock options (des actions ONA). La somme est assez ronde mais pas assez grosse pour un nouveau départ. Il y ajoute tout de même ses dernières économies et met le cap sur Agma, une société de courtage en assurance (conseil, assistance
). Elalamy met toute son énergie dans cette affaire. Les négociations avec lONA qui en était lactionnaire à 100% tournent au vinaigre. Filali demande 21 millions de dirhams à son ancien collaborateur contre 35% du capital. Le prix est jugé excessif, mais ne dissuade pas le prétendant. Abdelhak Bennani, ex-PDG de lex-Wafabank lui ouvre une ligne de crédit pour lacquisition d' Agma. Mais ce nétait pas suffisant. Lorsquon a un peu dintelligence, il faut éviter de montrer ses maigres biceps à un colosse. Moulay Hafid Elalamy la compris. Il attire Othmane Benjelloun, président de lex groupe BMCE-Bank au tour de table d'Agma. ça fonctionne. Benjelloun était de taille à freiner les élans de lONA et Moulay Hafid Elalamy avait les mains libres dans laffaire. La roue tourne bien et les dividendes tombent chaque fin dannée. Mais, laffaire Axa fait capoter cette entente. Le groupe ONA se heurte à Benjelloun pour lachat de la compagnie Axa. Bien que cette opération soit étrangère à Agma, ces séquelles sont présentes lors des conseils dadministration de la société de courtage. Hafid Elalamy se trouve pris dans son propre piège et na quune seul sortie : vendre ses parts. Il prépare soigneusement son coup. En lespace de six mois, Agma prend de lallure, elle absorbe le cabinet SIA (Service International dAssurance) et souvre à linternational en attirant Marsh, le leader mondial du courtage en assurance et en réassurance. Deux opérations qui se concrétisent en un seul mois (juillet 1998). Trois mois après, Agma est introduite en bourse à 425 dirhams laction. Moulay Hafid se retire du capital en empochant 125 millions de dirhams de plus-value. Le marché crie au scandale. La cagnotte est tellement inattendue que des observateurs parlent de manipulation de cours et de complicité entre Fouad Filali et Moulay Hafid Elalamy. Selon cette thèse, la CFG aurait été sous pression, le poussant à manipuler le cours, aurait gonflé la cagnotte sous le regard complaisant du gendarme du marché (CDVM). La plus-value dégagée de cette opération aurait, selon les mêmes analystes, été partagée entre Filali et Elalamy, les maître concepteurs de cette transaction historique. Ce qui est sûr, cest que le palais na pas apprécié que lONA décaisse autant dargent pour racheter des parts quelle a elle-même vendu à Elalamy. Une enquête a été lancée, mais ses conclusions nont abouti à rien. Les proches dElalamy, jurent sur lhonneur que lopération a été menée dans les règles de lart. Et avancent que Moulay Hafid a su prendre sa revanche sur Filali en le mettant devant le fait accompli. Il est parti le voir en ayant loffre de Marsh en poche. LONA ne pouvait que saligner sur loffre du courtier international pour se renforcer dans une affaire juteuse.
La CNIA : Le coup de maître
La page est tournée. Elalamy a fait peau neuve. Il ouvre le bal des centres dappels en off shore. Phone assistance voit le jour. En lespace de cinq ans, laffaire fleurit. Elle compte actuellement 1200 emplois et partenaire au capital dun géant allemand. Puis vient le tour de la distribution. Le prêt-à-porter, les gadgets, rien néchappe au bonhomme. Pendant leuphorie de la bulle Internet, il intègre le capital de Cap Info, une société spécialisée dans lintégration des systèmes dinformation. Mais là, il connaît son premier revers. Son intention du départ est dattirer des partenaires financiers et technologiques pour un développement régional. Mais léclatement de la bulle Internet freine son élan. Des partenaires du Golfe qui devaient intégrer le capital font marche arrière (des sources affirment quil a été trop gourmand). Lopération est actuellement en stand-by. Puis survint l'affaire de la CNIA.
Au milieu de février 2005, un communiqué officiel annonce le rachat par le groupe Saham de 67% de la compagnie dassurance. Ce fut une grande surprise. Tout le monde sattendait à un rapprochement entre la Banque Centrale Populaire et la compagnie. Elalamy surgit de nulle part et kidnappe la mariée, laissant Noureddine El Omary, patron de la BCP, dans lexpectative. Cest la version apparente et qui a été renforcée par la réaction de la BCP : la banque a décidé de retirer son portefeuille à la compagnie. Cela représente une perte de chiffre daffaires de 200 millions de dirhams selon les estimations du marché. Mieux encore, d'aucuns attribuent à Elalamy un rôle machiavélique. Selon une thèse très en vogue sur le marché, Moulay Hafid ne serait quun prête-nom. Il a réalisé cette opération pour bloquer la BCP. Lobjectif est double. Dabord tirer le tapis de sous les pieds de la banque pour préparer le terrain à Attijariwafa bank. Cette dernière serait, selon la même thèse, intéressée par la CNIA pour consolider sa croissance dans le pôle assurance. Et ensuite, pousser la BCP à négocier le rachat dAxa, considérée comme une épine dans le pied de lONA. Trop fort comme spéculation ! Les proches dElalamy en rient. Selon eux, le rapprochement entre Arig, lactionnaire bahreïni désirant céder ses parts dans la CNIA, date de trois ans. Et pour faire les choses dans les règles, des contacts ont été établis entre le groupe Saham et la BCP pour sonder les intentions de la banque. Selon des sources proche du dossier, El Omary a été clair à lépoque, il ne voulait pas de la CNIA. Mais dautres étaient dans la course. Et pas des moindres. La CDG en faisait partie. Entre temps, le groupe Saham approche dautres compagnies, surtout la Zurich. Même Axa na pas été épargnée. "Cela prouve au moins que le groupe cherche à se positionner sur lassurance depuis trois ans et que la CNIA nétait pas la seule opportunité potentielle", explique un financier de la place. Lautomne 2004, les choses devenaient de plus en plus claires, les hésitations de Arig se sont dissipées et Elalamy se trouvait là au bon moment. Le marché parle de 500 millions de dirhams, dont 50% en endettement, pour le rachat de lassureur. Les proches du groupe Saham nen révèlent rien. La valorisation est toujours en cours. Et preuve danticipation, la valorisation prendra en compte la perte dun ou de deux gros clients. La fuite en avant de la BCP ne servira que les intérêts dElalamy. Et là, il ny a pas de connivence possible
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Stratégie. Gagner de largent
Le groupe Saham a nourri sa réputation dopportuniste. Son patron aime acheter, restructurer, développer et vendre. Peu importe le secteur et la synergie entre les pôles. Les analystes trouvent du génie dans cette approche. Selon eux, la particularité du groupe est quil fonce vers les créneaux nouveaux, là où on peut gagner rapidement de largent. Peu importe la synergie, il faut juste maintenir un dosage équilibré entre les pôles. Ce qui explique loption de la distribution et surtout des centres dappels. Alors que le marché parle des difficultés du groupe dans ce pôle, des proches dElalamy annoncent le doublement du chiffre daffaires et des effectifs en 2006 et promettent pour la CNIA, un développement exemplaire dans le cadre dune stratégie à moyen et long terme. Attendons pour voir. |
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