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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Il était le roi, j’étais le clown"

Antécédents
Tayeb Saddiki
Dramaturge
    1939. Naissance à Essaouira
    1964. Directeur du théâtre municipal de Casablanca, crée la troupe Masrah Annass, puis le théâtre Mogador
    2005. Publie Mogador Fabor et travaille sur un "théâtre à vocation sociale"
Smyet bak ?
Mohamed Saddiki.

Smyet mok ?
Mahjouba.

Nimirou d’la carte ?
Je ne le connais pas.

Votre nom, littéralement, est un mélange de "gentillesse" et de "sincérité". Vous le portez bien ?
Ce n’est pas à moi de juger. Je suis comme n’importe quel être humain.

Votre théâtre (Mogador) est actuellement en travaux, qu’est ce que vous construisez à la place ?
Un théâtre à caractère social. Un théâtre ouvert gratuitement aux handicapés. Vu que le quartier Bachkou est tout proche, j’ouvrirai aussi une école de théâtre pour les jeunes aux horizons bouchés, pour apprendre les métiers du théâtre.

Parce que vous croyez que ceux qui traînent déjà sur les planches ont aujourd’hui l’horizon dégagé ?
Comme dans tous les métiers, on s’en sort quand on a du talent. A mon époque, on jouait une pièce par an, il existait une seule troupe dans tout le pays. Les comédiens talentueux sont très difficiles à engager aujourd’hui tellement ils sont pris.

Pourquoi Hassan II vous appréciait-il ?
Parce qu’il était lui-même artiste. Il jouait de plusieurs instruments. Il aimait le théâtre et les artistes. Sinon, il était le roi, j’étais le clown. Il a été très gentil avec moi, j’ai joué plusieurs de mes pièces devant sa famille.

Vous croyez toujours être le meilleur dramaturge et que les autres sont des incultes ?
Je n’ai jamais dit ça. Je ne fais pas le meilleur théâtre du monde arabe, je fais un autre théâtre. Et puis tant qu’on parle de cultures et de diplômes, sachez cher monsieur, que Tayeb n’a pas son bac. Et ce n’est pas un complexe. J’ai peut être des défauts et j’en suis conscient. Je suis colérique et je réponds violemment si
on m’attaque.

Vous êtes riche ?
Riche de promesses. J’ai ce terrain, j’ai de quoi créer une école et ouvrir un musée.

Qu’est ce que ça vous rapporte ?
Depuis toujours, j’ai monté mes pièces grâce à la vente de mes calligraphies. D’ailleurs, à Essaouira, M. Jettou nous achètera quelques unes. J'ai 63 ans. Si je voulais être riche, maintenant que je dispose de ce terrain qu’on m’a initialement accordé pour un théâtre, j’aurai demandé qu’on me laisse y construire trois immeubles. Mais ça ne m’intéresse pas. Dès le début, j’ai toujours rêvé d’avoir mon théâtre.

Quelle genre de relations entretenez-vous avec Israel ?
Je fais partie d’une association israélo-palestinienne pour la paix. N’oubliez pas que je suis natif d’Essaouira, qu’à l’âge de cinq ans, je parlais l’arabe et l’hébreu, ce sont des langues très proches. Donc, (clin d’œil) il ne faut pas mettre la charrue avant l’hébreu et pour vivre heureux, vivons kacher (rires).

Pourquoi est ce que vous exigez de vos nouveaux collaborateurs de se raser le crâne ?
Ce n’est pas exceptionnel si c’est pour les besoins de la pièce.

Que seraient devenues les Ghiwane s’ils étaient restés dans votre troupe ?
Ils sont restés longtemps déjà. Ils chantaient les chants de mes pièces puis ils m’ont fait part de leur envie de créer un groupe. Vu leur jeune âge, je leur avais conseillé d’apprendre l’écriture de la musique au conservatoire. Ils auraient été plus importants et plus intéressants.

 
 
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