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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Les élus d’un dico littéraire

Salim Jay (DR)
Salim Jay, écrivain prolixe, exilé en France depuis 30 ans, tient enfin sa revanche sur une scène littéraire qui l’a longtemps ignoré. Avec son "Dictionnaire des écrivains marocains", ce lecteur impénitent, fin connaisseur de la mécanique interne des textes, décrit les auteurs de son pays en décortiquant le parcours, les exploits, les couacs et les incohérences de chacun. Le fait qu’il ne maîtrise pas l’arabe ne lui a pas permis d’accéder à quelques textes majeurs. Peu importe, Jay ne prétend pas à l’exhaustivité. Il est tout de même parvenu à rendre compte d’auteurs arabophones traduits. On sent, tour à tour chez lui, une admiration mesurée pour Mohamed Berrada
qui "aime les personnes et les personnages", de l’estime pour l’érudition d’Ahmed Taoufiq, de l’empathie pour la poésie exigeante d’Abdellah Zrika. Sur ses pairs, auteurs francophones, Jay a une sensibilité qui varie selon la force, l’attrait ou la révulsion que provoque chez lui l’auteur en question. Ainsi, des classiques (Chraïbi, Benjelloun …), seul Mohamed Khaïr Eddine, proclamant "je ne serai qu’un auxilliaire du verbe régnant" trouve grâce à ses yeux. Il est également séduit par les écrits d’Edmond Amran El Maleh, dont il salue " l’horloge interne sûre ". Sur la nouvelle génération, il ne manquera pas d’apprécier la quête d’individualité qui séduit d’emblée dans "Les dents du topographe" de Fouad Laroui. Il ne s’empêchera pas, au passage, de descendre en flamme la "recherche obstinée d’effet" chez Youssef Amine El Alamy ou encore "la facilité de plume" d’une Bahaa Trabelsi qui écrit la haine noire sans jamais lui donner corps dans son texte. Évidemment, un auteur de dico a ses coups de cœur, imprévisibles. Jay les a vis-à-vis de "L’Hôpital" (Ed. Al kalam, 1990), un roman introuvable de l’excellent poète et cinéaste, Ahmed Bouanani, mais aussi pour "Les demoiselles de Numidie" (Ed. L’aube, 1992) de Mohamed Leftah, roman sur prostituées qu’il qualifie tout simplement de "chef d’œuvre". Toujours dans la même catégorie des heureuses surprises, l’auteur salue chaleureusement "la verve" de Mohamed Nedali et "l’enjouement imperturbable" de son narrateur. Passant à la catégorie des marocains de Hollande, Jay permet à ceux qui en ignoraient la littérature abondante de découvrir "la sagacité et l’humour" d’un Hafid Bouazza, amoureux de Nabokov. On pourrait regretter qu’ici et là, Jay cède à la tentation de faire des clins d’œil peu justifiés. Mais les dégâts sont minimes, comparés à la somme d’informations, impressions et appréciations qu’il met au service de lecteurs en mal de boussole pour s’orienter dans la littérature marocaine.

Ed. Eddif & Paris Méditerranée (2005), 85 dh



Roman.
Mères courage


Intitulé Femmes-prison et sous titré Parcours croisés, l’ouvrage collectif dirigé par Noureddine Saoudi est un événement littéraire. Primo, parce que l’idée de dresser des portraits de femmes qui ont enduré, à l’ombre de leurs fils emprisonnés, ou dans l’espoir vain de retrouver leurs fils disparus, est inédite. Deuxio, parce que ce travail est l’aboutissement d’un atelier d’écriture auquel ont pris part, au sein de Synergie civique, d’anciens détenus (Mohsine Ayouche, Mustapha Miftah …) mais aussi des écrivains en herbe comme Wafae Guessous. Tertio, parce qu'à travers les mères de Abdelhaq Rouissi et Houcine El Manouzi, les paroles de la défunte Touria Sekkat, mère de Salah et Aziz El Ouadie, ou encore Lalla habiba, mère de Jaouad M’didech, c’est tout un pan de la mémoire orale des années de plomb qui est dévoilé. Enfin, parce que, à travers tous ces témoignages de blessures à peine pansées, surgissent les échos de mille et une femmes, aux contes divergents et aux douleurs partagées.

Ed. Marsam , 2005 (30 dh)

 
 
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