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À Paris, par Inès Bel Aïba
Hassan Iquioussen. Le prêcheur de la discorde
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Hassan Iquioussen (g.)
à la mosquée d'Escaudain, près de
Valenciennes (France) (AFP)
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Un prêcheur de quarante ans, dorigine marocaine, a fait les gros titres de la presse française il y a quelques mois. Qui est Hassan Iquioussen ? Portrait.
"Il ny en a que pour les frères", glisse avec ironie une jeune fille voilée de noir, assise en tailleur sur la moquette rayée de la mosquée. "Cest toujours la même chose". Elle est venue écouter un prêche, comme elle le fait souvent, mais elle a bien du mal à entendre tout le discours tant le son est mauvais dans lespace réservé aux femmes. Il ne lui reste plus quà tendre |
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loreille pour saisir les moindres mots du petit homme brun de lautre côté de la grille en bois. Alerté par lun des petits garçons qui courent et jouent dans la mosquée que "les femmes nentendent pas", ce dernier réplique : "Eh bien, quelles sortent de leur compartiment et quelles fassent une pétition, alors !".
Lhomme à la voix jeune et calme, au ton lent et pédagogue, cest Hassan Iquioussen, un prédicateur dorigine marocaine, proche de lUnion des Organisations Islamiques de France (UOIF). "Ne soyez pas des perroquets" exhorte-t-il. "Ne suivez personne, ne faites pas de mimétisme. Vous navez pas besoin de maître spirituel". Pendant plus dune heure, Hassan Iquioussen encourage les quelque quatre-vingts personnes venues lécouter un samedi soir à La Courneuve à penser par elles-mêmes et à ne pas se fier aux intermédiaires entre elles et leur religion. Tolérance et ouverture desprit semblent être les maîtres-mots de son discours ce soir-là : "Votre but, lorsque vous dialoguez avec quelquun, ce nest pas de dénigrer la personne. Il faut se dire : jestime que mon opinion est vraie, mais elle est sujette à lerreur".
Cest pourtant le même homme qui sest attiré les foudres de la presse française il y a quelques mois. Tout a commencé avec un article du Figaro laccusant, preuves à lappui, de propos anti-juifs. Le quotidien français résumait "deux heures de pure haine" - une conférence sur le conflit israélo-palestinien, intitulée "Palestine, histoire d'une injustice" -, pendant lesquelles Hassan Iquioussen avait décrit les juifs comme "ingrats" et "avares". Le conférencier avait même affirmé que les sionistes auraient incité "Hitler à faire du mal aux Juifs allemands pour les forcer à partir", parce que "le but des Juifs c'est de faire Eretz Israël, du Nil à l'Euphrate, du sud de la Turquie jusqu'à Médine".
"Ce sont des propos déplacés que je condamne et que jefface", déclare-t-il aujourdhui à TelQuel. Il continue pourtant de recommander le boycott "des produits américains et sionistes. Pas parce que le Coca est haram, mais parce que cest une manière de faire pression pour quils arrêtent leurs exactions en Palestine. Celui qui ne boycotte pas participe directement au génocide du peuple palestinien".
"Moi, je ne suis pas daccord. Il ne devrait pas dire ce genre de choses aux jeunes, ça attise la haine. Ca na rien à voir, cest de lamalgame !" sexclame Jamal, un Marocain habitant en France. Mais dautres jeunes gens à la sortie de la mosquée trouvent ce discours "très bien, machallah".
Hassan Iquioussen est en effet de plus en plus populaire en France. Inconnu du grand public car pas encore devenu un "client" régulier de la télévision, il sillonne pourtant les villes françaises depuis plus de quinze ans. Né dun père mineur en 1964 dans le Nord, il continue dy habiter. "Je suis un chti, moi", dit-il en riant.
Ses cassettes, enregistrées par les éditions Tawhid, également distribuées par Iqrashop, jouxtent celles de Tarik Ramadan sur les étals des librairies islamiques. "La fraternité en Islam", "Les qualités du jeune musulman", "Islam, médias et préjugés"
une quarantaine denregistrements en tout, très prisés par les jeunes Français musulmans en quête dexplications et didentification.
Car la force de Hassan Iquioussen, cest sa proximité avec son auditoire et son humour. Ses saillies sont souvent drôles et tout au long de ses conférences, il établit un contact constant avec son public. Les "OK ? Ca vous paraît logique ? Vous comprenez ?" ponctuent ses discours. Il parle le langage de ceux qui lécoutent : limam Chafii devient ainsi "cool et zen" et lépouse ou la jeune fille, "une meuf". Il noublie pas de jeter de temps en temps des mots en arabe que tous les Maghrébins peuvent comprendre.
Il lui arrive aussi de tourner en dérision les musulmans qui "montrent patte blanche, à la télé, alors que le journaliste ne leur a rien demandé", ceux qui clament haut et fort quils sont athées et opposés à lislamisme. Pour Hassan Iquioussen, cela revient à rejeter et à nier leur identité : "Tu es musulman même si tu ne le veux pas, cest marqué sur ton front".
Cest pourquoi il sest donné pour objectif dinsuffler chez les jeunes la volonté et la fierté dêtre à la fois Français et musulmans. Pour lui, sinterroger sur la compatibilité des deux "na aucun sens. En tant que Français, je ne peux que vivre concrètement, en même temps, ma citoyenneté et ma religion". À chaque conférence quil donne, il tient donc à donner un signal positif à ceux qui lécoutent : "Soyez fiers dêtre musulmans, bon sang ! Soyez fiers de vos particularités culturelles !".
Beaucoup ont dénoncé ce genre de propos, affirmant, comme Tarik Ramadan, que Iquioussen déclare dailleurs soutenir "à 2000 %", quil sagit dun double discours destiné à brouiller les pistes. Faux, selon lanthropologue Dounia Bouzar, ancien membre du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Celle qui donnait une image plus que positive des "nouveaux prédicateurs musulmans" lors de la sortie de son livre "LIslam des banlieues", en 2001, a évolué dans son jugement, mais elle estime toujours que leur impact est au moins en partie positif.
Les discours de Hassan Iquioussen ne manquent en effet pas daudace. Les thèmes quil aborde sont loin dêtre consensuels. Ses réponses aussi. A quelqu'un qui lui demande si une femme doit informer son futur mari quelle nest pas vierge, il répond : "Pourquoi ? Est-ce que lhomme informe sa femme quil nest pas vierge ?".
Cependant, affirme Dounia Bouzar, "contrairement à un Tariq Ramadan qui a pu confronter son discours à celui duniversitaires et dhommes politiques, Hassan Iquioussen na pas bénéficié de lieux pour transformer et faire évoluer le sien. Cest une machine à faire des discours".
Une machine bien rodée en tout cas. Titulaire dune licence darabe et dune maîtrise dhistoire, Hassan Iquioussen parvient à faire en sorte que les jeunes sidentifient à lui. Il ne se prive pas de raconter des anecdotes personnelles qui prouvent que lui aussi a été victime de discrimination ou sest senti mal à laise dans une société quil sent souvent hostile.
Selon lui, "cest devenu un complexe" dêtre musulman en France aujourdhui. Et cest pourquoi tant de jeunes musulmans tentent ce quil appelle "lintégration par le jambon", une véritable "prostitution culturelle" qui nempêche pas quun jour quelquun leur dise : "Vous navez pas votre place en France".
Hassan Iquioussen na pas la nationalité française. Il se sent pourtant Français jusquau bout des ongles. "Je suis né en France, jai grandi en France, je rêve en français. Je suis Français", explique-t-il avec énergie. "Toute personne intellectuellement honnête ne peut que penser la même chose". Il na pas conservé "dattaches particulières au Maroc" même sil y a encore de la famille, à Ait Oued Rim, "un petit village dans les montagnes du sud du Maroc" où il retourne de temps en temps.
Conscient dêtre devenu un homme public, ses conférences ayant un impact sur des milliers de personnes, Hassan Iquioussen voudrait malgré tout que les médias "lui lâchent les baskets". Symbole dune revendication identitaire très forte mêlée à une volonté dintégration farouche, il ne pourra pourtant pas sen tenir à lécart. Dautant plus quil risque lexpulsion sil tient encore des propos considérés comme dangereux. |
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