Trois heures par jour, il sue. il construit et cultive une zone d'excellence, ses muscles
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Aussi bizarre que cela puisse paraître, Zakaria Boualem s'est inscrit dans une salle de sport. Il a jeté son dévolu sur une salle qui s'appelle "Club Atlas" et dont la principale qualité est d'ouvrir ses portes pour à peine 80 dirhams par mois à quiconque le souhaite. Il s'est donc inscrit, il a acheté un short moulant mais qui ne le moule pas par manque de matière à mouler, et il s'est rendu sur place pour un premier entraînement. La première chose qui le surprend en entrant dans la salle surpeuplée, c'est l'odeur. Une sorte de mélange entre du jus de transpiration fermenté et de l'extrait de chaussette. Cette abominable puanteur ne semble gêner personne. Autour de lui, des colosses soulèvent des tonnes de "hdid" en s'observant dans le miroir. Il y a tellement de monde qu'il faut faire la queue pour accéder à son image dans le miroir. C'est là que, en faisant la queue, Zakaria Boualem a fait la connaissance d'un certain Hmida El Forma, anciennement connu sous le nom de Abdallah Sekkouat. C'est de cet étonnant personnage que Zakaria Boualem voudrait vous parler aujourd'hui.
Hmida El Forma a consacré tout son argent à son obsession : devenir une boule de muscles. Il s'entraîne trois heures par jour au minimum. Le reste du temps, il mange, avale des kilos de créatine, se rase le corps et se regarde dans une glace. |
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Contrairement à une croyance répandue, Hmida El Forma n'est pas homosexuel : il est amoureux de lui même, tout simplement. Autosexuel, si vous préférez. Comme boulot, Hmida fait diplômé chômeur, un truc à la mode. Quand on lui demande en quoi il est diplômé, il répond "en chômage", ce qui fait qu'il est le seul diplômé chômeur à exercer un métier qui corresponde à sa formation de base. De temps en temps, il travaille comme videur dans une boîte de nuit avec ses potes du club Atlas. Il sont payés au kilo. Hmida, par exemple, touche 128 dirhams par soirée parce qu'il fait 128 kilos. Mais au rythme où il s'entraîne, il devrait rapidement être augmenté. Lorsqu'il va bosser en discothèque, il visse dans son oreille un kit main libre qui a la particularité de n'être connecté à aucun téléphone. Ca lui permet juste de mettre la main à l'oreille et d'imiter les gardes du corps de Bill Clinton, qui sont un peu ses idoles. Actuellement, Hmida prépare la saison été 2005. Phase 1 : gain de masse. Ensuite, il faudra travailler le tracé, avant d'assécher les muscles. Normalement, le 15 mai, il devrait être prêt à défiler à Miami plage en slip noir, le corps huilé et gonflé. Comme tous les body builders, Hmida possède une partie de son corps qu'il aime plus que les autres. Sa fierté à lui, c'est son dos. Il possède un dos musculeux, noueux, le même que Hulk le verdâtre. Pour impressionner ses interlocuteurs, il adore montrer son dos. Le problème, c'est que cette attitude bloque un peu la communication. Ce n'est pas grave. côté filles, le style Hmida El Forma marche bien. Je vous vois ricaner : héhéhé. ça marche, ça marche, mais ça dépend avec qui ! ! ! Disons qu'il y a un marché pour ça. Mais les filles qui tombent sous le charme de Hmida El Forma se sauvent en courant dès qu'elle découvrent que l'homme ne vit que pour ses muscles, ses barres fixes et ses bidons de créatine de contrebande. Encore une fois, ce n'est pas grave. Hmida se console en travaillant un muscle oublié sous la paupière ou entre les doigts de pieds.
Il y a encore cinq ans, celui qui s'appelait Abdallah Sekkouate était un misérable gringalet, un type inutile qui avait érigé l'échec en mode de vie. Il se demandait à quoi il servait. Harcelé par ses parents depuis ses plantages scolaires répétés, méprisé par les autorités (comme tout le monde), menacé par le fqih de la mosquée de damnation éternelle (comme tout le monde aussi), Abdallah Sekkouate était mal parti. Mais depuis cette misérable époque, tout a changé. L'homme, en gagnant des muscles, a trouvé ce à quoi tout être humain aspire : une zone d'excellence. Il a construit la sienne à grands coups de suées. Et il est devenu Hmida El Forma... |