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Portraits. Des femmes d'influence
Rencontre.Confessions de femmes
Littérature. Elles (d)écrivent le corps
Émigration clandestine. Le calvaire des harragate
Musique. Hardrockeuses aux doux visages
N° 166
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portraits. Des femmes d'influence
Rencontre. Confessions de femmes
Littérature. Elles (d)écrivent le corps
Émigration clandestine. Le calvaire des harragate
Musique. Hardrockeuses aux doux visages

Par Driss Bennani et Khalid Tritki

Portraits. Des femmes d'influence

Une femme d’influence est-elle différente d’un homme d’influence ? Le lobbying s’exercerait-il différemment du moment qu’on est femme ? Au final non, ou si peu. Une femme qui détient du pouvoir, qui a systématiquement son mot à dire, est simplement plus visible qu’un homme, parce que le fait est plus rare. Sinon, toutes ces femmes puisent leur pouvoir dans deux sources, au demeurant communes aux deux sexes. Il y a d’abord leur personnalité.
Toutes disposent d’un caractère tranchant et d’une forte détermination. Elles font peu état d’une quelconque distinction biologique, mais toutes se savent vulnérables au premier fléchissement (contrairement aux hommes). Puis il y a, comme pour tout lobbyiste, la proximité avec les centres de décision… Le fait (nouveau) est que ces mêmes centres de décision ne sont plus hermétiques au conseil au féminin. Ou même plus, qu’ils commencent à l’instrumentaliser à leur avantage. Dans les esprits, il est encore plus exceptionnel qu’une femme désamorce une crise politique, imprègne une direction à une chaîne de télé publique ou siège dans une instance déterminante pour l’avenir du pays. Elles attirent un peu plus l’attention et leur travail est mieux mis en valeur. La preuve ? Ce dossier.


Samira Sitail.
La prêtresse des ondes

(AICPress)
Sans doute la responsable médiatique la plus controversée dans le pays. Décriée régulièrement par les islamistes, quelques partis politiques, l'AMDH et une partie de ses journalistes, Samira Sitail continue à diriger (depuis près de trois ans maintenant) l'information à 2M. Que lui reproche-t-on ? C'est allé crescendo. Au départ, le simple fait d'être une femme, son arabe approximatif de beurette, et son "sale caractère" - on la dit "hautaine et autoritaire". Puis les critiques sont passées au registre des relations amicales que la dame entretient avec quelques éléments de l'entourage royal, son pouvoir croissant dans la gestion de la chaîne, son traitement
discriminatoire de l'information et l'influence "makhzénienne" qu'elle donne à la ligne éditoriale de l'ex chaîne privée du royaume. Résignée à l'insolence, elle se bat, sort ses griffes et affronte à visage découvert ses détracteurs. Oui, Ali El Himma est son ami. Oui, le journal doit s'ouvrir sur les activités royales. Et oui, les islamistes sont dangereux "tant qu'ils ne s'inscrivent pas dans le projet démocratique voulu par le pays". Dans la guerre qui a opposé la chaîne de Ain Sebaâ aux islamistes d'Attajdid, Samira n'a pas hésité à descendre manifester dans la rue, à ameuter une partie de la société civile, des partis politiques et de la presse. Son style : gérer par le conflit.
Dans la chaîne, son pouvoir est incontestable. Au point de faire oublier qu'elle a un supérieur, nommé par le roi, et qui s'appelle Mostapha Benali. D'où tire-t-elle son pouvoir ? D'abord de ses fonctions. "2M est aujourd'hui la télé officielle du nouveau régime. Sa direction de l'information est donc investie d'une mission, celle de porter sur écran les choix et les orientations de ce nouveau régime", explique un consultant en médias. Mythe ou réalité, le réseau relationnel de Samira Sitail constitue un de ses points forts. Non seulement dans le cercle royal, mais également dans la société civile et le microcosme politique et médiatique. "Si elle est restée, alors que beaucoup réclamaient sa tête, estime un journaliste à 2M, c'est aussi parce qu'aucun de ses détracteurs en interne ne peut se proposer en alternative pour occuper son poste".


Nawal Moutawakil.
La sportive diplomate

(AFP)
Elle a aiguisé ses premières armes sur les pistes olympiques. Ce fut le temps de la sportive. Depuis, Nawal Moutawakil a changé de tenue. Du sprint, elle n’en fait plus. Sa spécialité est désormais le travail des coulisses. Cela lui a valu sa nomination au gouvernement Filali et plus tard à la fondation BMCE Bank. L’international n’est pas en reste. Nawal a toujours pris soin d’entretenir son réseau tant en Afrique que sur les autres continents du globe. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Elle représente actuellement l’Afrique dans la commission du comité olympique chargée de désigner la ville qui devrait abriter les compétitions en 2010. Selon un fin connaisseur des rouages
des organismes sportifs, la dame ne doit pas sa nomination à ses mentors au Maroc. Le pays n’a pas le pouvoir de forcer une participation dans une instance aussi influente que le comité olympique. Pour preuve, le Maroc a toujours souffert de son absence au sein de la Fédération internationale de football et dans la fédération africaine. Nawal, par son seul acharnement, semble inverser cette tendance. Si actuellement elle n’a pas de prise sur les décisions qui se prennent sur le plan sportif dans son pays, sa voie comptera dans la compétition des villes (Madrid, Paris, Londres …) pour l’organisation des jeux. Pour un autre observateur, c’est un message aux autorités nationales. La position dont elle jouit actuellement devrait avoir des répercussions sur le plan local, surtout avec l’évolution trébuchante des dossiers sportifs, toutes catégories confondues.


Latifa Jbabdi.
La dame de l'IER

(AICPress)
Cette militante professionnelle a doucement fait carrière. Membre du PLS (ex parti communiste marocain) au début des années 70, elle sera arrêtée en 1977, torturée à Derb Moulay Cherif et comparaîtra 12 fois devant le tribunal sans jamais être jugée. En 1983, elle lance" 8 mars", journal féministe et avant-gardiste qui ne durera pas longtemps, faute de moyens financiers. Icône parmi d'autres du mouvement féministe marocain, Latifa Jbabdi crée en 1987 l'Union de l'action féminine et participe au combat en faveur de la réforme de la Moudawana. Elle fait également son entrée au CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l'Homme) et s'implique dans le dossier
épineux des années de plomb. En 2002, elle est la seule femme nommée à l'Instance "Équité et Réconciliation (IER). Elle n'a pas pour autant abandonné sa discrétion qui fait finalement, en plus de "son acharnement au travail", sa véritable force. Comme tous les membres de l'IER, elle suit l'avancement des enquêtes concernant le sort des disparus, auditionne les victimes et participe à la rédaction du rapport final et des recommandations de l'instance. Contrairement à d'autres membres de l'IER, personne ne conteste sa légitimité, son intégrité et son efficacité.


Choumicha Choufaî.
Choumicha Corp

(DB / Telquel)
Eh oui, cette dame a de l'influence. Qui, au Maroc, ne connaît pas Choumicha aujourd'hui ? En moins de deux années, elle s'est imposée comme l'une des présentatrices les plus célèbres du Maroc, et une figure des plus familières. Belle, spontanée, hadga, mswaba, élégante et simple. En plus d'avoir un nom original, elle innove en préparant de bons plats qui ne font pas grossir (contrairement à Bargach, son aîné). Que lui faut-il de plus pour devenir l'idole des femmes, le fantasme des hommes (du moins de nombre d'entre eux) et la mariée parfaite dont rêvent la plupart des belles mères ? "Son style, en plus de ses choix culinaires, réunit autour d'elle toutes les couches
sociales", note un journaliste télé. "Un subtil mélange de tradition et de modernité", selon un autre. Partout où sa nouvelle émission "Ch'hiwat Bladi" la mène, elle a droit à de véritables bains de foule spontanés.
Aujourd'hui, "Choumicha" est en passe de devenir une véritable marque commerciale. Après les émissions télé, la jeune femme est passée à l'édition (avec trois ouvrages à succès) et à la publicité. En plus, (la tendance se généralise) on cherche de plus en plus à imiter sa coupe de cheveux, à s'inspirer de ses vêtements, des couleurs et de la décoration de sa cuisine, d'avoir les mêmes outils, etc. Si ce n'est pas de l'influence…


Zoulikha Nasri.
La force de l’argument

(DR)
Le travail d’un conseiller est de présenter des rapports et des orientations. La décision finale revient au roi. Zoulikha Nasri excelle dans ce registre. Selon l’une de ses proches, la force de Mme Nasri réside dans sa capacité d' écoute et ses méthodes. Sa force de frappe réside dans ses argumentations. "Elle n’est jamais seule dans la prise de décision", précise une actrice de l’action sociale. Bénéficiaires, fonctionnaires, partenaires, tous y participent. Mais chacun doit avoir assez d’arguments pour la convaincre. Une fois acquise, elle se mobilisera pour la réalisation du projet. Un membre de la CGEM qui a assisté à l’une de ses représentations en parle en des termes admiratifs
: "Du premier coup, elle s’impose par la maîtrise de ses dossiers. Elle ne récite pas un texte appris par cœur, elle analyse, décortique, répond à toutes les interrogations et démonte toutes les objections". Reste que comme tout conseiller, elle a des moments de gloire et des moments de "défaites". Certains disent qu'elle bloque les initiatives et d'autres qu'elle a la manie de vouloir tout contrôler. Cela lui a joué des tours, notamment à Al Hoceima après le seisme. Elle a même traverser une période de disgrâce. Mais elle est revenue. Plus tenace que jamais.


Fouzia Imensar.
Madame le gouverneur

(DR)
Première femme gouverneur du Maroc, Fouzia Imensar a fait couler beaucoup d’encre depuis sa nomination à la tête de l’Agence urbaine de Casablanca. La tâche n’est pas facile et le choix de la dame n’est pas anodin. Fouzia Imensar a une formation de juriste complétée d’un passage à l’ISCAE et au ministère des Finances. Les sous, elle s’y connaît. Mieux, elle a fait partie de l’équipe de l’agence pendant un bout de temps. Donc elle connaît la boîte de l’intérieur avec ses points forts et ses dérives. Et sa mission actuelle est justement de limiter les dégâts de l’anarchie urbanistique de la ville. Précision de taille, l’Agence urbaine de Casablanca est la seule entité toujours sous
la tutelle du ministère de l’Intérieur, alors que les autres Agences sont sous le giron du ministère de l’Habitat. Casablanca a donc un traitement à part. Ce qui reconnaît, de fait, une position stratégique à Fouzia Imensar. Elle le fait d’ailleurs savoir sans détours. Depuis sa nomination, les autorisations de construire se distribuent au compte-gouttes. Elle a même mis des bâtons dans les roues du groupe Accor, pourtant disposant d’un allié de taille au sein du gouvernement. Adil Douiri, ministre du Tourisme et partenaire d’Accor ainsi qu'Amyne Alamy, homme de réseau, n’ont rien pu faire contre Madame le gouverneur. Le comble est que même ceux qui lui reprochent son manque de flexibilité, lui reconnaissent une intégrité sans faille. Sa mission est d’appliquer la loi. Elle le fait sans ménagement.


Assia El Ouadie.
Le pompier des prisons

(DR)
Quoique préférant nettement l'action dans la discrétion, Assia El Ouadie n'est pas restée dans l'ombre bien longtemps. Cheville ouvrière (parmi d'autres) de l'observatoire marocain des prisons, militante de la première heure, elle est depuis quelques années l'un des membres les plus influents de la fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus. Vous l'aurez compris, son combat, à cette dame, ce sont les prisons. Surtout depuis qu'elles recommencent à abriter des détenus politiques. L'année dernière, c'est elle qui avait joué aux médiateurs pour la libération des 33 détenus d'opinion du 7 janvier 2004 (Lmrabet, Ali Salem Tamek, Rachid Chriî, etc).
Cette semaine, c'est également elle qui a joué aux pompiers pour désamorcer la crise des détenus islamistes de la prison d'Outita (qui protestaient contre leurs conditions de détention). "Sa présence a fait oublier tous les autres responsables pénitentiaires qui n'étaient plus là que pour exécuter ses consignes. Elle a directement parlé aux familles, après avoir négocié un arrêt de la grève de la faim avec les détenus, choisi ses interlocuteurs, etc.", témoigne un membre de l'association des familles des détenus islamistes. La semaine dernière, le directeur de la prison d'Outita a été suspendu de ses fonctions et quelques administrateurs mutés.
Après plusieurs années de présence sur le terrain, la dame a acquis une expérience et une légitimité certaines. Aujourd'hui, elle a en plus le soutien du roi au point de devenir l'un de ses principaux interlocuteurs dès qu'il s'agit des questions pénitentiaires.
De son propre aveu, Assia El Ouadie assure avoir "trouvé en Mohammed VI un soutien à sa cause". Ce qui est, somme toute logique puisqu'elle elle est membre d'une fondation qui porte son nom et qui dépend de lui. Mais d'aucuns trouvent que le pouvoir d'Assia ne s'arrête pas là. Beaucoup de ceux qui l'ont côtoyé affirment que la dame possède un "pouvoir décisionnel" qui dépasse le rôle de médiation (et donc de transmission d'informations) qu'elle semble jouer.

 
 
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