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Musique. Hardrockeuses aux doux visages
N° 166
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portraits. Des femmes d'influence
Rencontre. Confessions de femmes
Littérature. Elles (d)écrivent le corps
Émigration clandestine. Le calvaire des harragate
Musique. Hardrockeuses aux doux visages

Par Chadwane Bensalmia

Rencontre.
La barmaid, la chanteuse et la matonne. Confessions de femmes

(AFP)
Tout les sépare. L’âge, le vécu, le milieu social et l’environnement professionnel. Elles n’ont en commun que leur statut de femme. Elles en parlent…simplement.


Si vous deviez regarder avec recul vos rapports avec les femmes, comment les qualifieriez-vous ?
Amina : Normaux (rires). C’est difficile à dire, mais disons que mon travail dans le milieu carcéral, féminin en l’occurrence, puisqu’on parle de femmes, m’a appris à être indulgente, à ne jamais porter de jugements. Je m’efforce toujours de
comprendre…(silence). À vrai dire, dans ma vie de tous les jours, j’ai plutôt du mal à construire des relations avec des femmes. Mis à part le conventionnel, le souab pour parler marocain, c’est le vide. Je dirais, brièvement, que je n’ai qu’une seule et unique amie femme, que je fréquente depuis nos années de lycée. Mes amis sont des hommes.
Intissar : C’est encore pire dans mon cas. Je suis totalement incapable d’avoir des relations simples et spontanées avec des femmes. Je n’ai pas la tolérance d'Amina et je ne peux pas m'empêcher de penser qu’elles sont trop superficielles, trop perdues dans les futilités pour avoir des relations sincères et profondes. J’aurais pourtant souhaité en avoir, mais on ne peut pas construire avec une personne qui juge au premier regard, au premier mot, à la simple tenue vestimentaire et à la coiffure de cheveux. Et pire encore, qui refuse de se remettre en question.
Najat : Intissar a oublié de dire qu’elles jugent aussi d'après le statut social. Je sais de quoi je parle. Je fais partie de celles que les femmes regardent de haut et que tous les hommes jugent. Pensez-vous que je puisse avoir des rapports humains avec des gens qui me traitent comme une maladie ? Alors, non je n’ai pas de rapports normaux avec des femmes normales, si la normalité se définit ainsi. Les femmes comme moi doivent se faire toutes petites. Elles ne peuvent espérer de respect que de femmes dans la même situation qu'elles…et encore.

Ce n’est pas un peu sévère ? Ne pensez-vous pas que c’est la conséquence naturelle d’une éducation de tabous et d’interdits ? Les hommes ont également leurs jugements, d’ailleurs.
Amina : Oui, les hommes jugent, ils ont leur à priori, mais ils ont plus de pudeur que les femmes à vous les jeter à la figure. Un homme n’acceptera probablement pas que sa petite soeur tienne une cigarette à la main, mais il ne jugera pas pour autant sa collègue de travail parce qu’elle fume une cigarette après l'autre. Les hommes sont plus pacifistes, plus individuels peut-être. Ils semblent plus compréhensifs, plus tolérants. Les femmes par contre s’empressent de se rendre les unes les autres coupables de tout.
Intissar : Elles envisagent tout comme une guerre. Elles sont en rivalité les unes avec les autres, mais jamais pour les bonnes raisons. L’éducation, l’environnement y sont certes pour beaucoup. Mais c’est tellement plus simple de tout rejeter sur le dos de la société. D’un côté, elles se dressent en victimes, et de l’autre, elles refusent de payer le prix du combat. Elles veulent les mêmes privilèges que l’homme, mais elles tiennent à ce qu’il paie l’addition du restaurant. C’est un peu schizophréne comme attitude, non ?À mon sens, elles se complaisent, pour la majorité d'entre elles, dans ce statut de sous-êtres pour ne pas assumer de responsabilité, pour ne pas renoncer au confort que leur confère leur statut de "simple femme".

Et vos rapports avec les hommes alors ?
Najat : Strictement professionnels (rires). Dans l’absolu, je suis la femme parfaite pour n’importe quel homme. C’est vrai ! En y pensant un peu, je suis l’écoute parfaite, je peux comprendre et gérer leurs états d’âmes et leurs "dérives". Je suis solide, je me suis endurcie à force d’être confrontée à un monde de dureté et de virilité. Je suis indépendante et jolie (rires). Que demande le peuple ! (rires) Pourtant, aucun ne cherchera mon amitié, ni ne rêvera de me séduire. C’est un peu bizarre, non ?. C’était juste pour la caricature. Mes amis aussi, pour peu que j’en aie, sont généralement des hommes. Mais c’est un peu naturel dans mon cas. D’ailleurs souvent ce sont des collègues.
Intissar : Je suis plus à mon aise avec les hommes aussi. Ils sont moins susceptibles, moins regardants sur les détails. Et ils peuvent parler d'autre chose que de voitures, de parfums et de leurs petites histoires. Et puis, ils ont le sens de l’aventure.
Amina : J’aimerais relativiser un peu. Il est vrai que ma préférence va aux hommes. Ceci dit, c’est valable uniquement dans les relations amicales, personnelles. Il suffit de se retrouver dans un contexte professionnel pour que la relation amicale se transforme en confrontation. Je ne ressortirai pas le cliché de l'égalité. Il va sans dire qu'un homme aura toujours du mal à tolérer un supérieur femme. Mais ce n’est qu’un symptôme. Le mal est beaucoup plus profond. Le fond de la chose est que les hommes ne prennent jamais les femmes au sérieux. Pour qu’une femme y parvienne, il lui faut être dure, sévère. Il lui faut être un homme.

Tout ceci revient à dire que les femmes sont plus misogynes que les hommes. C’est bien cela ?
Amina : Finalement, oui. Elles sont aussi beaucoup plus intransigeantes.
Intissar : J’ajouterai aussi que j’en veux d’autant plus aux femmes parce qu’elles sont toutes sur le même bateau. Mais au lieu de se solidariser, de se battre, elles préfèrent rentrer dans le moule de la norme. Je leur en veux parce qu’elles ont trop peur d’être exclues. Je leur en veux parce qu’elles refusent de faire des choix et de les assumer. Je parle bien sûr de celles qui prétendent ou aspirent à la liberté et à l’indépendance.

Que représente le mariage pour vous ?
Amina : J’en ai rêvé à 20 ans. Je racontais partout que je me marierai, que j’aurai 12 enfants et que je resterai à la maison pour m’en occuper. Les années sont passées. J’ai gardé ce rêve enfoui au fin fond de moi. Seulement, le jour où j’ai eu l’occasion de le réaliser, je me suis rendue compte que j’attendais autre chose de la vie. J’avais d’autres ambitions, je voulais m’épanouir. Et le mariage n’allait pas faire mon bonheur, alors j’y ai renoncé. Aujourd’hui, j'ai plus de quarante ans, je suis toujours célibataire, mais je ne regrette pas mon choix. Je suis heureuse.
Intissar : On a toutes eu ce rêve, à quelques différences près. On a toutes attendu le prince charmant à une période de notre vie. Mais la réalité est à des années lumières du rêve. Le mariage avec tout ce qu’il représente, la stabilité, la sécurité, la normalité sociale, fait partie de tous ces conforts auxquels on doit être prêts à renoncer s’il peut entraver notre route. Je ne me positionne pas contre le mariage, mais je suis triste de réaliser qu’il est rarement le fruit d'une conviction profonde. C’est désolant de voir des filles jolies, intelligentes, indépendantes financièrement et socialement se pomponner tous les jours pour se vendre. Triste de voir qu’elles choisissent de renoncer à ce qu’elles sont, réellement, qu’elles acceptent de porter un masque pour se trouver un parti. Le mariage oui, mais sans contrainte sociale. La liberté de choisir encore une fois.
Najat : L’être humain a naturellement peur de la solitude, peur du lendemain et de l’inconnu. L’homme comme la femme répondent à cette règle. La seule différence est l’âge auquel l’un et l’autre prennent conscience de cette angoisse. Alors oui, j’ai envie de me marier, ou plutôt de me remarier parce que je n’ai pas envie de vieillir seule. Mais, j’ai surtout envie de sortir du monde où je vis. Oui, je suis prête à jouer le rôle de la " simple femme ". Je sais de quoi sera fait mon avenir. Et je n’en veux pas. Et puis c’est mon seul salut.
Amina : Au fond, ce n’est pas le mariage qui pose problème, mais le contrat de mariage. Je n’ai pas fait l’expérience, mais j’ai l'impression que ce contrat rend malade. Avant le mariage, la femme est tolérante, elle pardonne, peut fermer les yeux sur beaucoup de choses. Mais dès que l’acte est signé, son attitude change du tout au tout. Plus la moindre concession. Je ne veux pas généraliser, mais c’est en gros ce qui se passe. Et c’est valable pour l'homme aussi. L’un comme l’autre passent de la prise du risque à la notion ue droit
Intissar : Lorsqu’une fille vit sous l’aile protectrice de ses parents, qu’elle ne quitte la demeure familiale que pour rejoindre le domicile conjugal, sans avoir connu son futur partenaire de vie, on ne doit pas s’étonner de l’échec. Notre approche du mariage est totalement immature. Alors merci, mais quitte à en faire les frais socialement, je préfère être heureuse plutôt que d’être mariée.

Et la Moudawana ? Pensez-vous qu’elle tempèrera tout cela ? Qu’elle changera la réalité du mariage ? Des femmes ?
Najat : J’ai appris dans mon métier que ce que tu ne peux pas arracher par ts propres moyens, personne ne te le donnera. Vous pensez qu’un juge fera fi de ma profession si je me présente devant lui? Je ne me fais pas d’illusions. La Moudawana est faite pour les femmes qui savent et peuvent l’utiliser.
Amina : Si on en assure le suivi médiatique, qu’on travaille sans relâche sur le terrain, oui, elle changera quelque chose. Et on on pourra juger ses apports dans dix ans. Sinon, elle sera vite oubliée.
Instissar : Je suis d’accord, on en parlera dans quelques années. On a surtout besoin de faire un travail sur soi. Que les femmes sachent ce qu’elles veulent exactement.


La scène.

Le décor a la simplicité des escapades féminines d‘autrefois. L’intimité d’une maison, du thé à la menthe et une discussion à bâtons rompus. Des femmes anonymes, qui ne se sont jamais rencontrées jusque-là, qui ont évolué chacune dans un monde complètement différent, et qui ont accepté de se livrer au jeu de la confidence.
Amina, la quarantaine entamée, partage sa vie entre le célibat et une carrière dans le carcéral. Elle a dirigé deux ans durant le quartier des femmes à la prison d’Oukacha et travaille aujourd’hui comme assistante sociale dans le centre de réforme de Aïn Sebaâ. Intissar a une quinzaine d’années de moins qu’Amina. Issue d’une famille tétouanaise conservatrice, elle s’est rebellée contre le statut de "fille de bonne famille", a plié bagages et est venue s’installer à Casablanca, en rêvant d’une carrière de chanteuse. Elle est aussi journaliste. Najat, elle, a 36 ans. Elle est barmaid depuis près de dix ans. Divorcée, elle a renoncé au "confort social" de la femme mariée, un peu contrainte aussi. Elle a appris à écouter et à gérer les hommes. Loin des débats intellectuels, ces femmes racontent aujourd’hui, chacune, sa vie de femme, ses rapports avec les hommes et les femmes. Elles apprécient à leur manière, et de par leur vécu, les relations entre hommes et femmes, l’amitié, le mariage, la Moudawana. Mais encore, elles découvrent chacune les opinions de l’autre, et réagissent chacune aux jugements de l’autre.

 
 
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