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N° 167
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari et Abdellatif El Azizi

Exclusif. Voyage au cœur des services secrets

(AICPress)
DGED, DGST, RG, DAG… Le Maroc dispose d'une vaste nébuleuse de services secrets. TelQuel donne des noms, précise les missions et révèle comment sont gérés les "dossiers chauds".


Le 5 mars, Lâyoune a vécu une mini-révolution : 190 personnes ont manifesté devant l’hôtel qui abrite la délégation des Nations-Unies, tranquillement, sans heurt, en scandant des chants franchement hostiles à ce qu’on appelle "l’intégrité territoriale du royaume". L'expression "Sahara occidental" a
fleuri sur les banderoles de la plupart des manifestants, essentiellement des femmes et quelques lycéens. à l’origine de la manifestation, un problème social, voire culturel : un groupe de 25 femmes ont été embauchées, dans le cadre des programmes de la promotion sociale, pour effectuer des travaux dans un chantier de construction. Tollé chez le comité de la femme sahraouie, une ONG connue pour son activisme, qui crie à la discrimination et à "l’irrespect du statut de la femme". L’association appelle à un sit-in, qui se transforme en manifestation pro-indépendantiste. Le tout sous le regard placide des forces de l’ordre. La mini-révolution en question s’est produite quelques heures auparavant, chez les autorités de la ville. Après quelques hésitations (et des coups de fil à Rabat), les autorités de Laâyoune ont en effet décidé de ne pas interdire le sit-in, de déployer d’impressionnantes forces de sécurité mais avec des consignes strictes de "non-intervention sauf en cas d’extrême urgence". En d’autres temps, la manifestation aurait été tout bonnement interdite ou se serait transformé en bastonnade. Le même phénomène étrange s’est reproduit, toujours à Laâyoune, le 8 mars où une nouvelle manifestation a eu lieu, cette fois devant le siège de la prison civile, connue pour être l’une des plus surpeuplées du royaume (elle abrite en permanence une moyenne de 800 pensionnaires, alors qu’elle est censée en contenir la moitié). Les manifestants dénoncent le transfert récent d’une centaine de détenus, qualifiés de "prisonniers politiques", accusant les autorités de la ville d’œuvrer pour "éloigner les détenus de leurs familles". Les milieux du renseignement à Laâyoune savent, pourtant, qu’il s’agit de prisonniers de droit commun et que les transferts en question sont pour la plupart volontaires et répondent au besoin de soulager le pénitencier. Une nouvelle prison est d’ailleurs prévue à Laâyoune pour abriter la population carcérale de la ville et de la région, le tout ayant été décidé suite aux derniers déplacements de représentants de l’IER, du CCDH et de personnalités de la société civile comme Assia El Ouadie. Tout cela n’a pas empêché le sit-in d’avoir lieu, de clamer des messages hautement politiques et de frôler, à tout moment, le dérapage. Que s’est-il passé ? Réponse très simple : à Rabat, il a été décidé, comme nous l’explique cette source officieuse, "de laisser faire les manifestants, de connaître les raisons de leur colère, leur nombre...". Le timing des deux manifestations, qui coïncidait avec la marche de Watanouna et la présence du collectif à Laâyoune, ne laisse guère de place au doute : c’est bien la réponse du berger à la bergère. Les loyalistes, ou nationalistes, ont marché à Rabat, les autres l’ont fait à Laâyoune. Les nombreux services de renseignement marocains (voir organigramme), en choisissant de laisser faire, savent au moins à qui ils ont affaire. "Une manifestation non réprimée, ayant trait à un sujet chaud, est d’abord une précieuse source d’informations", tel semble être le message des responsables qui ont autorisé les deux manifestations de Laâyoune. On verra, dans les prochains jours, si cette surprenante décision entre dans le cadre d’une nouvelle stratégie du renseignement et de la sécurité (ce que les proches des deux principaux départements concernés, la DGST et la DGED, revendiquent) ou s’il ne s’agit que d’un simple "oubli " appelé à ne plus se répéter…

La DGST, la DGED et les autres
Au Maroc, ce n’est un secret pour personne, le renseignement est un métier qui a toujours été en pleine expansion. Dans le monde arabe et africain, le royaume fait partie des pays "développés" en la matière, et son expertise est d’ailleurs régulièrement sollicitée par les pays amis. Ce n’est pas un hasard mais un choix, celui de Hassan II qui décida, dès les années 60, de doter les services, tous les services, de moyens d’action (matériel, équipements, budgets) conséquents. Le secteur a encore gagné en puissance depuis le coup d’état de 1972 où le roi revêtit la tunique de chef suprême des armées, créa la DGST et la DGED, et centralisa une fois pour toutes les collectes de renseignements, d’où qu’ils viennent. La philosophie hassanienne est toujours appliquée aujourd’hui, même si les hommes ont changé et si les départements-clé ont subi un sérieux relifting.
Si le roi est le réceptacle final de tous les renseignements, il lui arrive aussi de solliciter un département ou un autre d’une manière directe, sans respecter forcément la hiérarchie théorique. Comme on l’explique aujourd’hui encore dans l’entourage royal, "il s’agit là d’une manière de garder le contrôle sur tout le monde, et d’empêcher le monopole du renseignement par une même personne". Quatre noms se disputent aujourd’hui le devant de la scène, en matière de renseignement : Fouad Ali El Himma, Hamidou Laânigri, Yassine Mansouri et Ahmed Harari. Ces hommes sont à peu près, et malgré leurs titres très éloignés les uns des autres, constamment sur les mêmes dossiers. Mais ils ne sont pas les seuls. Le renseignement version gendarmerie, forces auxiliaires ou armée, leur échappent en bonne partie. D’où la fluctuation de la "bourse des valeurs" qui peut changer du tout au tout selon les rapports établis par les uns ou les autres, et le degré d’écoute dont bénéficie tel département au détriment de tel autre. Sur ce plan au moins, et comme nous l’ont confirmé plusieurs sources fiables, le changement intervenu à la tête de la DGED (Mansouri à la place de Harchi), les réaménagements qui touchent à l’Intérieur, à la DGSN et à leurs multiples filiales, ne changeront pas grand-chose à la donne : l’évolution du renseignement tient d’abord du conjoncturel, lié aux dossiers les plus chauds du moment. Comme aux états-Unis, le terrorisme a obligé le Maroc à faire face à une nécessité vitale : celle de coordonner un tant soit peu les activités des deux grands services dédiés respectivement à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Si Bush a créé un nouveau département pour coiffer à la fois le FBI et la CIA, Mohammed VI a renforcé le statut de Laânigri et remplacé Harchi par Mansouri. La coordination se fera d’une manière informelle, au plus près du Palais royal.
à la DGST, comme à la DGED, l’actualité du jour est à l’assainissement interne. Ce mot d’ordre n’est pas une vaine expression. Des mouvements d’hommes ont été effectués et d’autres devraient suivre. Même Ahmed Harari, homme de Laânigri, n’est pas assuré de garder, longtemps encore, les rênes de la DGST. à la gendarmerie, à l’armée, les "services", en plus de leur mission classique de traquer le renseignement "national", s’occupent surtout, et de plus en plus, d'assainir leurs propres troupes. Les gendarmes qui nous surveillent sont surveillés par d’autres gendarmes, et les militaires du cinquième bureau (celui du renseignement interne) sont aussi bien équipés, sinon plus, que ceux du deuxième bureau. à ne pas négliger, en dehors de ces circuits, le rôle des services des forces auxiliaires, surtout utiles aux frontières terrestres, et celui des RG et des moqaddems, habituels ratisseurs de terrain tous azimuts et traqueurs de renseignements en vrac.

Priorité absolue au terrorisme
De son temps, et du fait de la paranoïa ambiante, Hassan II avait tenu à cloisonner et à verrouiller tous les services de renseignements, pour s’épargner les risques d’un nouveau coup d’état. En dehors des services existants, le roi se servait d’autres réseaux plus informels. Il faisait constamment appel au chef de sa protection rapprochée, Mohamed Médiouri devenu, dans les faits, un patron de renseignements-bis, mais aussi à son chambellan, devenu le filtre d’un autre genre de renseignements : les intrigues propres aux fonctionnement des différents palais. La tactique était peut-être discutable mais elle a porté ses fruits. Jamais plus, depuis 1972, le Maroc ne s’est réveillé sur l’annonce d’un coup d’état… L’obsession du défunt roi pour le renseignement le poussait jusqu’à recevoir tous les patrons des grands services étrangers et à installer avec eux des relations personnelles nourries. Sur ce plan, même si la finalité du renseignement reste la même (la sécurité), les manières semblent évoluer. Mohammed VI n’est pas Hassan II, El Himma n’est pas Basri, Laânigri n’est pas Oufkir et Mansouri n’est pas Dlimi. Le royaume a changé son fusil d’épaule ; il ne combat plus des blanquistes, mais des terroristes réels ou potentiels, infiltrés à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire. Sa sécurité, et le travail de renseignement qui l’assoit, concernent aussi ses voisins du nord comme du sud (Europe, états-Unis, monde arabe) aux yeux desquels il représente un enjeu réel.
Même s’ils ne sont pas les seuls, les services de la DGED et de la DGST représentent la vitrine du renseignement marocain. Leurs performances n’intéressent pas que le seul Maroc, mais aussi ses partenaires en Europe (Espagne et France notamment) et aux états-Unis. Après l’arrivée du général Harchi, le 30 juillet 2001, qui a suivi de près l’intronisation de Mohammed VI, les activités de la DGED ont été pratiquement mises en veilleuse. En trois ans, et selon des confidences recueillies ici et là, la DGED va perdre cette capacité de produire des analyses politiques, sécuritaires et stratégiques à partir des informations recueillies grâce à un réseau impressionnant d’"honorables correspondants". Le général Harchi qui a dirigé notamment les opérations "Ouhoud" au Sahara en 1976-77 avait été choisi par le général Dlimi pour le seconder à la DGED, où il a aidé à mettre en place le fameux "Service Action", qui est l’équivalent d’un commando opérant loin des frontières marocaines. Les trois années que le général Harchi a passées à la tête de la DGED ont été déterminantes pour le pousser vers la porte. Homme discret par nature, Harchi s’est vu reprocher, à mesure que les mois défilaient, la gestion de l’affaire de l’islamiste Qamareddine Kherbane (un des fondateurs du FIS algérien, expulsé du Maroc en septembre 2001, alors que son visa d’entrée était parfaitement légal) et le contrôle des réseaux islamistes en Europe et en Afghanistan. Des carences dont a largement profité un autre général, Hamidou Laânigri, nommé à la tête de la DST dès octobre 1999. Pour rappel, Laânigri a travaillé sous les ordres de Harchi en pilotant notamment la direction du contre-espionnage au courant des années 80, avant de finir par s’approprier pratiquement les prérogatives de la DGED, n’hésitant pas à piétiner les plates-bandes de ce service d’espionnage en s’acoquinant étroitement avec les services américains. On le verra ainsi gérer le dossier du terrorisme à partir de Témara, traiter l’affaire des Marocains afghans à Kaboul, suivre à la trace le prince Moulay Hicham ou encore prendre en charge le dossier des Sahraouis contestataires. Même s’il ne dirige plus directement la DGST, Laânigri reste le véritable patron du renseignement intérieur dont il surveille les services de près (une première pour un directeur de la Sûreté nationale).
Au sein de l’armée, le renseignement, comme on l’a vu, est du ressort de deux départements : le deuxième et le cinquième bureaux. Le premier est piloté par le colonel major Hamdane qui a gagné ses galons au cours de la première guerre du Golfe, le second est dirigé par le général Belbachir. En matière de coordination entre militaires et civils, il arrive qu’un "comité interarmée du renseignement" réunisse les chefs des deuxième et cinquième bureaux militaires, de la gendarmerie, et des représentants de la DGED. Le renseignement militaire en temps de paix comprend à la fois le renseignement de documentation (exemple : base de données sur une armée étrangère), le renseignement de situation et le renseignement de sécurité sur la protection des FAR contre toutes les intrusions venant de l’extérieur. C’est pour cela qu’après le vol des armes dans la caserne de Taza par un militaire proche des salafistes, en 2003, le cinquième bureau a mis sur pied une cellule chargée du suivi d’éventuels courants islamistes à l’intérieur même de l’armée…


Voir les services de sa majesté (fichier en PDF)


Écoutes téléphoniques. Les grandes oreilles de la monarchie

Les services du monde entier s’appuient sur les écoutes téléphoniques comme élément-clé pour le renseignement et l’anticipation sur les événements. Les Marocains sont des orfèvres en la matière. Comment font-ils? Où? Que font-ils des flots de renseignements qui échouent quotidiennement dans leurs grandes oreilles?


Témara. La forêt est dense, l’accès particulièrement difficile. à l’intérieur, un département hautement secret, le "centre radioélectrique". Là, les opérateurs du service d'espionnage de la DGST, ou plus précisément de la Police des communications radioélectriques, surveillent quotidiennement des milliers de discussions téléphoniques, d'e-mails, de fichiers ou de fax. C'est le site principal des "grandes oreilles" de la monarchie.
Avec plus ou moins de bonheur, des dizaines de faisceaux captés sur les satellites sont, chaque jour, visités par les paraboles de la DGST.
Dans de grandes salles, des techniciens estampillés "secret défense" travaillent en harmonie. Ils s’affairent autour d’un matériel dernier cri (amplificateurs, démodulateurs, analyseurs, déchiffreurs...) qui transforment les faisceaux des satellites en fax, e-mails, fichiers ou voix. Leur principal objectif : déchiffrer les communications cryptées, une tâche de plus en plus ardue à mesure que les nouvelles technologies avancent.
Les opérateurs, eux, ont les yeux rivés sur les consoles des ordinateurs. Ils vérifient le tri automatique du trafic. Seulement quelques centaines, parfois beaucoup moins, de communications interceptées remontent, chaque jour, au cabinet du patron des espions.
Les autres, la grande majorité, sont jetées dans une poubelle informatique. La sélection s'effectue grâce à un dictionnaire électronique de mots-clés.
Ce sont les numéros de téléphone et les emails que la DGST entend surveiller en permanence. Ambassades, ministères, organisations internationales, ONG, multinationales... En plus des personnalités aux postes sensibles, des opposants politiques, des journalistes, il y en a plusieurs milliers, de tous pays, dans les ordinateurs des "grandes oreilles". Quand une adresse ou un nom reconnus apparaissent dans le faisceau d'un satellite espionné, la communication est automatiquement enregistrée.
En effet, avec les mots-clés, on filtre le flux de données. Dès que l'un de ces mots magiques (Mohammed VI, armes, drogue… etc) apparaît, l'ordinateur fait un retour pour enregistrer la communication depuis le début. Les spécialistes appellent cela la "veille".
Après le tri, l'écoute proprement dite. à la DGST, quelques dizaines de personnes passent la journée à traiter quotidiennement moins d’une centaine de conversations. Les écoutes qui paraissent revêtir une certaine importance sont remises au directeur de la DGST, Ahmed Harari, lequel répercute l’information au patron de la DGSN Hamidou Laânigri, qui en fait de même avec son supérieur supposé, Fouad Ali El Himma. Mais de toute cette masse d'informations qui rassemble très souvent du commérage pur et simple, très peu d’informations secrètes sont jugées dignes de remonter jusqu'au roi.
Sur un autre plan, et comme le Maroc est lié par des accords de coopération avec des services étrangers comme la CIA, il arrive très souvent que l’information recueillie à Témara remonte jusqu’à Washington. De toutes les façons, les Marocains n’ont guère le choix, les moyens dont dispose la National security agency (NSA) sont proprement phénoménaux. Les "grandes oreilles américaines" emploient 200.000 personnes qui opérent quotidiennement dans 1.000 stations d’écoute éparpillées dans le monde. Un formidable quadrillage espionne les émissions radio, les GSM, les fax, les communications des services de police, de gendarmerie, les chefs d’état, etc. Au même moment, la NSA peut identifier par un système de reconnaissance vocale 100.000 voix de personnes répertoriées. Qui sait, peut-être bien que, au final, l’une de ces millions de communications écoutées ici ou ailleurs, retombera, un jour, sur vous, ou votre voisin…
En rien n'interdit à la DGST d'intercepter vos conversations ou vos e-mails, pour peu que ceux-ci passent par un satellite. Pire encore, cet espionnage, qui fait appel à la complaisance des opérateurs téléphoniques, est implicitement autorisé par la fameuse loi contre le terrorisme de 2003 qui a institué les écoutes, devancée en cela par le code de procédure pénale qui a été adopté le 14 juin 2001. Le texte, élaboré en grande partie par la Direction des affaires criminelles du ministère de la Justice, a donné, sans surprise, une liberté de manœuvre accrue au parquet.
Les articles 40 et 49 du projet donnent toute latitude "au Parquet pour agir à travers les écoutes téléphoniques, l'interception des correspondances via les divers moyens de communication". Alors que le secret des correspondances était jusqu’alors garanti par l’article 11 de la Constitution…


Dossier Moulay Hicham. Le prince et les mouchards

Le prince rouge est au cœur d'un dossier éminemment sensible puisqu’il concerne le roi en personne. C’est Fouad Ali El Himma qui le gère. Le ministre délégué filtre les renseignements remontés par la DGST et la DGED, mais aussi par les divers "amis" et autres contacts censés approcher, d’une manière ou d’une autre, Moulay Hicham. Tout ce qui concerne le prince alaouite est passé au crible. Ses rendez-vous, ses conversations téléphoniques font l’objet de rapports et de contre-rapports dont les synthèses et conclusions atterrissent régulièrement au cabinet royal. L’homme fait l’objet de filatures, pas toujours discrètes, à chacun de ses déplacements. Sur ce dossier, plus que sur tous les autres, le tandem El Himma – Laânigri s’occupe directement des séances de "débriefing", voire de briefing tout court, à l’adresse des contacts du prince, voire des hommes des médias. L’affaire de l’anthrax, il y a trois ans, illustre parfaitement l’entreprise, Laânigri (à l’époque directeur de la DGST) préparant le dossier, et El Himma le "vendant" aux hommes de presse.


Dossier Sahara. Espionnage et négociations

S'il y a un dossier qui a mobilisé, à plein temps, tout ce que le Maroc compte comme services de renseignements, c’est bien celui du Sahara. Sur le terrain, le travail est effectué en plusieurs couches via tous les circuits classiques : le renseignement en vrac (plus communément appelé "tchemchim") par le réseau des caïds et moqaddems pour le compte de la DAG, et celui des RG pour le compte de la police, le renseignement-enquête plus appuyé effectué par les services de la DGST, sans oublier le ratissage systématique effectué par les services de l’armée, de la gendarmerie et des forces auxiliaires, tous présents en nombre dans la région. Tout ce travail est doublé, à l’extérieur du royaume, par les infiltrations (dans les circuits diplomatiques notamment) de la DGED. Le "jus" final, une fois passé par plusieurs filtres, atterrit systématiquement au cabinet royal avec des propositions pour d’éventuelles mesures à prendre… à noter, et c’est une donnée récente, que les contacts politiques entre le Maroc et le Polisario (voire l’Algérie), quand ils ont lieu, empruntent les mêmes passerelles que celles du renseignement. En d’autres termes, on infiltre, on espionne et on négocie en même temps. Et c’est valable de côté-ci de la frontière, comme de l’autre…


Dossier Basri. À chacun sa partition

Driss Basri a raison quand il pointe deux hommes, responsables (selon lui) de la cabale dont il est l’objet : Fouad Ali El Himma et Hamidou Laânigri. Le tandem a effectivement commandité, et remonté jusqu’au roi, tous les rapports accablant l’ancien vizir. Mais Laânigri et El Himma ne sont pas les seuls dans la danse. Depuis l’exil plus ou moins volontaire de Basri, un autre larron joue sa partition : Yassine Mansouri. C’est lui qui mène les contacts établis, de loin, avec l’avocat parisien de Basri : Jacques Vergès. Il le faisait avec sa casquette de directeur de la DGAI au ministère de l’Intérieur, il continuera désormais sous la bannière encore plus secrète de la DGED. La DGED, d’ailleurs, hérite du gros du dossier Basri (le suivi en Europe et aux états-Unis), la partie marocaine (procès des hommes de Basri, investigations concernant le patrimoine de sa famille) restant dans l’escarcelle de la DGST, donc des hommes d’Ahmed Harari. Le tout sous la supervision de Hamidou Laânigri et Fouad Ali El Himma.


Dossier (couple) Bziz-Lmrabet . Au nom du roi !

Les dossiers de Bziz et Ali Lmrabet sont gérés pratiquement de la même façon avec, plus ou moins, les mêmes interlocuteurs. "Ce qui compte, nous explique cette source officieuse, c’est que la personne du roi soit totalement épargnée dans les sketches de l’un et les écrits et caricatures de l’autre". La philosophie est la même. Bziz et Lmrabet ont été contactés par des "amis" mandatés pour régler l’affaire à l’amiable. Des personnalités au-dessus de tout soupçon (exemple de Mohamed Hafid, ancien de la Chabiba ittihadie) ont joué les bons offices. Dans le cas de Bziz, tout est pratiquement réglé et l’humoriste s’apprête à renouer avec les écrans de télévision (2M). Lmrabet s’est donné un temps de réflexion, mais il semble enclin à satisfaire la demande de ses amis pour monter un nouvel organe de presse au Maroc. Bien que les hommes qui se sont occupés de ces deux dossiers soient nombreux, c’est principalement Fouad Ali El Himma, incontournable dès qu’il s’agit de la personne du roi, et à un degré moindre Yassine Mansouri, qui tirent les ficelles. Au nom de Sa Majesté. !


Coopération. L'Amérique et le monde (dont nous)

Le gouvernement américain a, dès les années 1990, et de manière accrue après le 11 septembre 2001, monté une véritable internationale du renseignement basée sur des relations bilatérales avec plusieurs dizaines de "partenaires" triés sur le volet. Selon des critères plus ou moins objectifs (efficacité des services des pays tiers, degré de coopération…), les services américains ont tissé des liens avec leurs homologues étrangers à partir d’un découpage strict. Une séparation autour d'une série de quatre cercles concentriques, qui s’ouvre avec les pays les plus intimement associés à la "guerre contre le terrorisme" avant d’être bouclée avec des nations dont la collaboration est presque impossible. Dans le premier groupe de pays, on trouve les alliés de toujours : Royaume-Uni, Jordanie, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Singapour, Philippines, Thaïlande. Le Maroc figure dans le deuxième chapeau avec l’Algérie, l’égypte, Israël, la Russie, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les émirats Arabes Unis ou la Turquie. Dans le troisième lot, on trouve le Yémen, le Pakistan, la Chine, ou encore l’Arabie Saoudite. Sans oublier le quatrième lot, celui des mauvais élèves (Iran, Syrie, Libye) que la realpolitik américaine n’a pas désespéré de récupérer, partant du principe que les ennemis d’hier peuvent devenir les collaborateurs de demain…

 
 
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