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Par Khalid Tritki
Publicite. La HACA fusille Méditelecom
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Abdeslam Ahizoune,
président du directoire
de Maroc Telecom (AFP)
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La Haute autorité de laudiovisuel a interdit la diffusion dun spot publicitaire de Méditélécom. Cette décision a fait leffet dune bombe. Le timing de linterdiction et la procédure ont amplifié lexplosion.
Samedi 5 mars, 2M reçoit lordre de stopper la diffusion du spot publicitaire de Méditélécom "Engagements tapis rouge" (le spot ne passait pas sur TVM). La décision vient de la Haute autorité de la communication et de laudiovisuel (HACA). Mardi 7 mars, un communiqué de la HACA tombe dans les rédactions. |
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Lautorité y explique que ladite publicité est interdite parce quelle "dénigre, ridiculise et attire le mépris du public sur le concurrent de Méditélécom". Dans sa nouvelle stratégie marketing, le deuxième opérateur télécoms sappuie sur lamélioration du service client. Il a mis en place une campagne publicitaire qui se décline en trois engagements fermes. Il sengage ainsi à traiter en agence les dossiers du client en cinq minutes, à changer le portable du client sil est défaillant et à traiter toute réclamation via le call center en 24 heures. Pour illustrer ces engagements, lopérateur a fait appel à lagence Klem Euro RSCG. Cette dernière a proposé de simplifier le message par des cas de figure assez représentatifs. Ainsi, pour le traitement rapide en agence, elle a mis en avant le service performant de son client en le comparant avec les files dattente dans une agence quelconque. La même technique a été utilisée pour les autres engagements. Pour axer davantage sur la "royauté" du client, elle lui déroule le tapis rouge partout où il passe. La conception de cette campagne a coûté 1,5 million de dirhams à Méditélécom. Lachat du temps de diffusion, lui, a nécessité 6 millions de dirhams. La durée de la campagne était dun mois. Le spot a été diffusé pendant trois semaines avant que la Haca nintervienne. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Les explications vont bon train à ce sujet. Une source proche de la Haute autorité révèle que lanalyse du spot a pris beaucoup de temps. Selon la même source, lautorité a entamé son travail deux ou trois jours après la première diffusion du spot. Une copie du spot a été livrée par 2M pour les besoins de lanalyse. Après un passage chez les services techniques et juridiques, un rapport a été rédigé et présenté aux "sages" qui ont pris leur décision à lunanimité. Cette version repose sur la possibilité laissée à la Haca de sauto saisir. La loi le lui permet en effet.
Lautre version des faits met lagence de régulation des télécoms en scène. Lagence a été effectivement saisie par Maroc Telecom. Lopérateur historique a estimé que les spots en question lui portaient préjudice. LANRT, après visionnage du spot, a estimé quil y avait un contenu dont seule la Haca pouvait apprécier la teneur. Le dossier a donc été transmis à lautorité de régulation de laudiovisuel. Toute cette procédure a pris du temps, ce qui explique que linterdiction nest tombée quà la troisième semaine de la campagne.
Le gap entre les deux versions est énorme et a des conséquences sur linterprétation de lintervention de la Haca. Si celle-ci na pas pris linitiative delle-même, alors que le spot était à lantenne depuis trois semaines, cest quelle aurait estimé que son contenu ne portait pas préjudice à Maroc Telecom. Cette hypothèse annule tout le bien fondé de la décision de lautorité. Plus grave encore, elle laisse entendre que la haute autorité aurait succombé à des pressions pour stopper net Meditelecom. Seule une déclaration officielle de la Haca pourrait mettre fin à cette polémique.
En attendant, les milieux publicitaires sont partagés sur la décision de la Haca. Pour Klem Euro RSCG, auteur de la campagne, le souci de lagence était de mettre en valeur le service client. "Cest la clé de notre stratégie. Pour la faire ressortir, nous avons procédé par comparaison avec tous les organismes qui disposent dagences ou de bureaux pour traiter les demandes des clients. Cela peut être une banque comme une administration", explique les concepteurs de ce spot. Toutefois, comme la souligné la décision de la Haca, le marché ne dispose que de deux opérateurs. La comparaison renvoie forcément à lun ou à lautre (contrairement au détergent qui pullule de marques locales et importées). Un autre publicitaire estime quil était temps que la Haca mette un terme à lanarchie du marché. Pour lui, sa décision tombe à point nommé. En revanche, Mohamed Laâroussi dAvenir Conseil, souligne que le vide juridique et labsence de régulation intra professionnelle, a conduit à ce résultat. "Il suffit de copier ce qui se fait dans les pays qui ont plus dexpérience dans ce domaine pour éviter que des affaires de ce genre narrivent jusquà la Haca", propose-t-il.
Pour leur part, les annonceurs se préparent à adresser un courrier à l'autorité pour linviter à revoir la procédure de régulation. Le groupement des annonceurs du Maroc sest réuni mercredi 9 mars à Casablanca pour discuter de la démarche à adopter. Selon sa présidente "Ce nest pas le contenu de la décision qui pose problème, mais la manière". Elle fait référence au fait que la Haca na pas pris soin dinviter Méditélécom et lagence conseil à expliquer le concept ni à se défendre. Moncef Belkhayat, directeur commercial et marketing de Méditélécom confirme, en effet, quil a demandé à être reçu par Ahmed Ghazali, président de la Haca. Sa requête est restée sans suite. Est-ce que l'autorité est obligée de lentendre ? Selon une source interne, rien ne loblige à convoquer Méditélécom. "La Haca traite avec les chaînes de télévision. 2M a diffusé le spot et cest à elle que les sages ont demandé de le suspendre", explique notre source. Au groupement des annonceurs, cette démarche fait peur, car des campagnes commerciales peuvent être réduites à néant provoquant des pertes dargent considérables par la simple décision du régulateur. Les tribunaux administratifs représentent le seul recours possible. Une solution qui na pas la cote dans le monde des affaires. Dailleurs chez Méditélécom, le plus concerné par cette décision, loption dester en justice est exclue. "Nous allons capitaliser sur nos engagements pour démontrer au public que nos spots reflétaient notre réalité. Pour la suite de la campagne, nous allons éliminer les parties mises en cause par la Haca et garder les séquences parlant de notre qualité de service", confie Belkhayat. Si les annonceurs échouent à convaincre la Haca de la nécessité de revoir ses procédures, cette décision constituera un précédent. Fâcheux. |
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Autorité. La loi en question
La décision de la Haca se réfère à larticle 3 du Dahir créant lautorité. Ce dernier l'autorise à veiller sur le respect des lois et règlements dans ce domaine. Et qui dit veille, dit possibilité dauto saisine. Larticle 2 de la loi sur laudiovisuel est également cité par la décision N°5. Cet article définit la publicité tout en indiquant dans son alinéa 3 quelle est interdite si elle "comporte le dénigrement dune entreprise, dune organisation, dune activité industrielle ou commerciale ou agricole, dune profession ou dun produit ou dun service, que ce soit en tentant de lui attirer le mépris du public ou de le ridiculiser en public ou par tout autre moyen". à noter que cette même loi autorise la publicité comparative, mais sous condition. Il ne faut pas quelle permette lidentification directe ou indirecte du concurrent. difficile à réaliser. |
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