Le piège de l'autorégulation
(Lenjeu, cest de brouiller la distinction entre déontologie
et droit de critiquer (notamment la monarchie))
Depuis un certain temps, Nabil Benabdellah, ministre de la Communication, parle de créer un "Conseil national de la presse". Une sorte d"ordre des journalistes", comparable à celui des avocats ou des médecins, dont lune des fonctions serait de décréter si un organe de presse a dérogé ou pas à la déontologie. Sil voit le jour, et sil remplit cette fonction en particulier, ce Conseil aura le pouvoir de décréter ce qui est "bon à lire" et ce qui ne lest pas. Cest un pouvoir important, et il ne sagit pas de le confier à nimporte qui.
M. Benabdellah répète à qui veut lentendre que ce Conseil sera formé de journalistes, car cest "à la profession de sautoréguler". Mais dans "la profession", il y a de tout : des professionnels, oui, mais aussi des corrompus, des enragés, des valets du pouvoir
Cest triste à dire, mais les trois dernières
categories sont clairement plus représentatives que la première. Or en cas délections (les instances de "lordre" seront forcément élues) cest la voix de la majorité qui se fera entendre. Et ce seront ses représentants qui deviendront les "régulateurs" de la profession. Ça a lair démocratique, mais dans le cas despèce, la démocratie ferait reculer "la profession" de plusieurs décennies.
La solution existe déjà. Elle a pour nom Instance Nationale Indépendante de Déontologie (INID). Cest une structure qui existe depuis 2 ans, mais qui nest vraiment active que depuis que Mohamed Idrissi Alami Machichi (ancien ministre de la Justice et ancien directeur de lInstitut national de journalisme, un homme unanimement salué pour son indépendance et son intégrité) a été porté à sa tête, il y a près dun mois. émanation du Syndicat National de la Presse Marocaine (entre autres ONG à la légitimité indiscutable), lINID est aujourdhui à pied duvre, et cela vide le projet de M. Benabdellah de toute substance - du moins dans son volet "déontologie".
Pourtant, il y tient toujours. Parce que lenjeu masqué de "son" instance, cest de brouiller (voire d'effacer) la distinction entre déontologie et droit de critiquer - notamment tout ce qui relève du "sacré", et principalement la monarchie. Que Monsieur le ministre me pardonne ce procès dintention. Mais si je suis (à ma connaissance) le seul à lécrire, je suis loin dêtre le seul à le penser.
LINID ne voit pas les choses de la même manière. Cest pourquoi tous les journalistes soucieux de leur indépendance devraient soutenir cette instance. Devraient-ils, dans la même foulée, combattre celle de M. Benabdellah ? Pas nécessairement. Je joins ma voix à celle du SNPM pour dire : bienvenue au Conseil, mais à condition quil renonce à se poser en arbitre de la déontologie. à part ça, ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent
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