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N° 168
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Le piège de l'autorégulation
(L’enjeu, c’est de brouiller la distinction entre déontologie
et droit de critiquer (notamment la monarchie))

Depuis un certain temps, Nabil Benabdellah, ministre de la Communication, parle de créer un "Conseil national de la presse". Une sorte d’"ordre des journalistes", comparable à celui des avocats ou des médecins, dont l’une des fonctions serait de décréter si un organe de presse a dérogé ou pas à la déontologie. S’il voit le jour, et s’il remplit cette fonction en particulier, ce Conseil aura le pouvoir de décréter ce qui est "bon à lire" et ce qui ne l’est pas. C’est un pouvoir important, et il ne s’agit pas de le confier à n’importe qui.
M. Benabdellah répète à qui veut l’entendre que ce Conseil sera formé de journalistes, car c’est "à la profession de s’autoréguler". Mais dans "la profession", il y a de tout : des professionnels, oui, mais aussi des corrompus, des enragés, des valets du pouvoir… C’est triste à dire, mais les trois dernières
categories sont clairement plus représentatives que la première. Or en cas d’élections (les instances de "l’ordre" seront forcément élues) c’est la voix de la majorité qui se fera entendre. Et ce seront ses représentants qui deviendront les "régulateurs" de la profession. Ça a l’air démocratique, mais dans le cas d’espèce, la démocratie ferait reculer "la profession" de plusieurs décennies.
La solution existe déjà. Elle a pour nom Instance Nationale Indépendante de Déontologie (INID). C’est une structure qui existe depuis 2 ans, mais qui n’est vraiment active que depuis que Mohamed Idrissi Alami Machichi (ancien ministre de la Justice et ancien directeur de l’Institut national de journalisme, un homme unanimement salué pour son indépendance et son intégrité) a été porté à sa tête, il y a près d’un mois. émanation du Syndicat National de la Presse Marocaine (entre autres ONG à la légitimité indiscutable), l’INID est aujourd’hui à pied d’œuvre, et cela vide le projet de M. Benabdellah de toute substance - du moins dans son volet "déontologie".
Pourtant, il y tient toujours. Parce que l’enjeu masqué de "son" instance, c’est de brouiller (voire d'effacer) la distinction entre déontologie et droit de critiquer - notamment tout ce qui relève du "sacré", et principalement la monarchie. Que Monsieur le ministre me pardonne ce procès d’intention. Mais si je suis (à ma connaissance) le seul à l’écrire, je suis loin d’être le seul à le penser.
L’INID ne voit pas les choses de la même manière. C’est pourquoi tous les journalistes soucieux de leur indépendance devraient soutenir cette instance. Devraient-ils, dans la même foulée, combattre celle de M. Benabdellah ? Pas nécessairement. Je joins ma voix à celle du SNPM pour dire : bienvenue au Conseil, mais à condition qu’il renonce à se poser en arbitre de la déontologie. à part ça, ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent…

 
 
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