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N° 168
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Abdeslam Kadiri

Europe. Un front anti-Qaïda

Ben Laden (AFP)
Réunis lundi et mardi à Grenade, les ministres de l’Intérieur du G5 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Espagne) ont annoncé une série de décisions pour mieux lutter contre le terrorisme. En insistant sur "la claire distinction entre l’islam et le terrorisme d’Al Quaïda", le G5 a convenu de deux lignes d’action : d’une part renforcer les politiques "d’intégration des populations musulmanes" et d’"incitation au dialogue religieux" ; de l’autre, faciliter une meilleure coordination entre leurs gouvernements pour lutter "plus efficacement contre le terrorisme international".
Conscients que les polices nationales ne sont pas capables,
seules, d’affronter un "péril terroriste croissant", le G5 va mettre en place un système d’alerte rapide entre ses membres en cas de vol d’explosifs, d’armes et de substances nucléaires, biologiques ou chimiques "susceptibles d’être utilisées dans des attentats". Le G5 va également surveiller attentivement Internet "en tant qu’instrument utilisé par le terrorisme international et le crime organisé". Par ailleurs, la durée de conservations en mémoire des communications va être portée à un an.
Le G5 a buté sur les limites du travail policier en amont. Concrètement, chaque pays s’est engagé à établir des listes de suspects et à communiquer celles-ci aux services de sécurité des quatre autres. Mais qu’est-ce qu’un suspect ? Les ministres planchent pour le savoir en reconnaissant que le profil type du "terroriste potentiel" est "difficile à définir de manière rigoureuse".


Irak. Un charnier de 81 Kurdes

Alors que l’Assemblée nationale irakienne a ouvert mercredi sa session en grande pompe, une autre nouvelle est passée presque inaperçue. Un charnier de 81 Kurdes a été découvert près de Kirkourk, à 225 km au nord de Bagdad. Selon le responsable Santé de la province, le Dr Sabah Zanqana : "36 familles ont pu reconnaître leurs disparus, tandis que 45 autres n’ont pas été identifiés". L’examen médico-légal a montré que la plupart des morts avaient été tués par balle dans les années 1990. La fosse commune a été mise à jour après la découverte d’ossements par des bergers. Des milliers de personnes se sont massées le long de la route menant à la fosse commune, criant vengeance.
Rappelons que des dizaines de milliers de Kurdes ont été chassés de la ville pétrolière de Kirkourk par le régime de Saddam Hussein pour y installer des Arabes. Les Kurdes revendiquent aujourd’hui le rattachement de Kirkourk à leur région autonome.


Croatie. Zagreb recalée par l’UE

C'est une rebuffade sans précédent dans l’histoire communautaire. Les Vingt-Cinq ont reporté sine die les pourparlers d’adhésion de la Croatie à l’Union, prévus jeudi dernier. Ils jugent insuffisante la coopération des autorités de Zagreb avec le Tribunal pénal international de La Haye (TPI) pour lui livrer le général Ante Gotovina, accusé de crimes de guerre. La Croatie a fait part de son mécontentement, mais "n’a pas de regret sur sa coopération avec le TPI", puisqu’elle dit ne pas savoir où se trouve le général.
La porte de l’UE paraissait pourtant grande ouverte à la Croatie, tant ce pays semble poser peu de problèmes tant du point de vue de la démocratie que de l’économie. Mais l’UE et son président, Jean-Claude Juncker, a fait de la livraison d’Ante Gotovina, considéré comme un héros dans son pays, une condition d’ouverture des négociations.



Vite !

Coup de filet international contre un réseau pédophile sur Internet. Plus de 500 personnes ont été interpellées dans douze pays différents d’Europe et d’Amérique latine. C’est le résultat d’une opération de police internationale, menée en collaboration avec les organismes européen et latino-américain de coopération judiciaire Eurojust et IberRed.

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Le président du Kosovo, Ibrahim Rugova, est sorti indemne mardi, d’un attentat à la bombe, qui a explosé au passage de son convoi. Il se rendait à un entretien avec le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Javier Solana. "La même chose est arrivée il y a un an. Il y a toujours des personnes qui veulent déstabiliser le Kosovo" a-t-il dit.


Israël. Jéricho palestinienne

Israël a commencé à transférer mercredi dernier le contrôle sécuritaire de Jéricho (Cisjordanie) à l’Autorité palestinienne, après un accord intervenu lundi entre le ministre palestinien de l’Intérieur, Nasr Youssef, et le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz. Selon la radio publique, après Jéricho, ce sont les localités de Tulkarem, Kalkilya, Ramallah et Bethléem qui devraient suivre.
De plus, une commission conjointe sur la question des plus de 7.000 prisonniers palestiniens s’est réunie, pour la première fois, lundi soir, à Jérusalem, sous la direction de Tzippi Livni, ministre israélienne de la Justice, et de Soufiane Abou Zaydeh, ministre palestinien chargé des prisonniers. Les Palestiniens y ont présenté une liste de revendications concernant la libération des détenus.


Troupes. Berlusconi tergiverse

A quoi joue Berlusconi ? Mardi soir, le Cavaliere promet une réduction de ses troupes en Irak dès septembre. On se dit alors que c’est une vraie "surprise", que la libération de Giuliana Sgrena et l’approche d’importantes élections régionales ont poussé le chef du gouvernement italien à franchir le Rubicon. Et à annoncer le retrait progressif du contingent de 3 300 hommes, basé depuis juin 2003 à Nasirya : "Dès septembre, nous commencerons à réduire progressivement le nombre de nos soldats (…) car notre opinion publique nous le demande".
Et mercredi soir, patatras ! Berlusconi est rappelé à l’ordre par les Américains et les Britanniques. Confus, il a fait volte-face et dû concéder : "C’était un souhait. Si ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. Le désengagement doit être concerté avec les alliés". Apeuré, le petit Silvio s’est donc déjugé. "Silvio Berlusconi m’a assuré qu’il n’y avait aucun changement de sa politique" a déclaré tout sourire Bush. Affaire classée.


Chili. Les bons comptes de Pinochet

Selon un rapport du Sénat américain, l’ancien dictateur chilien a eu recours à un réseau complexe d’une centaine de comptes bancaires américains, pour dissimuler et blanchir au moins 17 millions de dollars. Augusto Pinochet disposait de 125 comptes et placements financiers aux états-Unis qui représentaient au minimum 17 millions de dollars accumulés depuis 1979. "Le réseau financier de Pinochet aux états-Unis était beaucoup plus développé et impliquait beaucoup plus d’établissements bancaires que nous ne l’avions annoncé précédemment", a souligné le sénateur démocrate Carl Levin, coprésident de la sous-commission d’enquête.
L’ancien dictateur disposait de nombreux comptes aussi bien dans la banque Riggs de Londres (28 au total) qu’auprès de 97 autres établissements bancaires américains, notamment le groupe Citigroup, la Banque du Chili et la Banco Atlantico. Le vieux renard utilisait trois passeports falsifiés différents pour ouvrir ses comptes.



Lu pour vous.
Le dilemme du Hezbollah
(El Pais du mardi 15 mars 2005)

Éditorial

Le Liban risque de succomber à l’agitation de la rue, jusque-là pacifique mais inquiétante. Beyrouth a vécu lundi une autre gigantesque manifestation anti-syrienne. Ce raz de marée voulait éclipser le souvenir de la contre-manifestation orchestrée par le Hezbollah ; où la puissante milice chiite a montré qu’elle avait son mot à dire. Le parti a obtenu que le Premier ministre démissionnaire, Omar Karamé, récupère son poste.
Les troupes et les services de renseignement se replient peu à peu (…) Ce vide progressif tend à être comblé par le Hezbollah. Grâce à son prestige populaire, ce parti a joué deux rôles : politique avec une présence parlementaire, et militaire avec une puissante milice terroriste. Il a provoqué la retraite israélienne du sud du Liban, où il a opéré comme unique force de sécurité. Cette fibre patriotique et un efficace réseau d’aide lui ont permis de se présenter comme le parti de tous les Libanais, en marge des considérations partisanes. Mais l’assassinat de Hariri a tout changé et le Hezbollah apparaît désormais comme le dernier rempart de la domination syrienne.
Le Hezbollah œuvre pour une théocratie au Liban et la destruction d’Israël. Il est temps pour lui de choisir entre les armes et les règles du jeu démocratique. Dans ce dilemme, il serait malvenu que Washington et Paris le poussent à choisir immédiatement. Ne faudrait-il pas encourager son côté politique alors que les élections se profilent en mai ? Un acculement du Hezbollah pourrait faire exploser la fragile expérience du Liban pacifique d’aujourd’hui.

 
 
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