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Tunisie. Du rififi chez Ben Ali
Environnement. La mafia de la Maâmora
Reportage. Motards dorés, motards rouillés
Grand prix. Hymne à la nouvelle
Micro-trottoir. C'est quoi "l'fen" pour vous ?
N° 168
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Tunisie. Du rififi chez Ben Ali
Environnement. La mafia de la Maâmora
Reportage. Motards dorés, motards rouillés
Grand prix. Hymne à la nouvelle
Micro-trottoir. C’est quoi "l'fen" pour vous ?

Par Hassan Hamdani

Reportage. Motards dorés, motards rouillés

(AIC Press)
Ils partagent le même goût pour la moto. Mais de la grosse cylindrée à la mobylette, des kilomètres de bitume séparent les amateurs de deux roues.


Omar ne reconnaît plus personne en Harley Davidson. Sur la route de Kétama, bardé de tatouages, cheveux au vent, sa barbe couvre sa grosse bedaine qu’alimente en Budweiser fraîche, Najat, assise en amazone. De la pure fantasmagorie Hell’s angels, que tout cela. Dans les trois clubs de motards que compte Casablanca, aucun cas d’hirsutisme aigu ne s’est
déclaré. à l’évidence, Omar n’est pas "born to be wild", mais "born to be would nass". Son portrait type : un gentil père de famille qui part en randonnée avec femme et enfants à Kétama, alors qu’il ne fume même pas. Gare sa moto le vendredi pour aller prier. Et pousse le vice de la vertu jusqu’à distribuer des cartables et des crayons dans les douars traversés. A l’image du Goldwing club qui réunit une trentaine de propriétaires de cette moto mythique. "Nous ne sommes pas des chtarbés" précise d’entrée leur président, Adil Benabdallah. Nous n’en doutons pas un instant, vu l’organisation stricte qui régit toute sortie en moto du club des Goldwing : "Chacune de nos randonnées se fait après autorisation des autorités. Les motos sont numérotées et les motards ont interdiction de quitter la place qui leur a été attribuée pour des questions de sécurité. Un chef de file ouvre la voie en éclaireur et indique aux autres les trous ou les obstacles sur la chaussée. Un motard ferme le convoi et s’assure que personne ne reste en panne sur la route" explique t-il. Chez les amateurs de Goldwing, c’est le confort qui prime. Cette variété de moto ressemble d’ailleurs plus à une voiture décapotable qu’à un engin pour rebelles réfractaires à l’ordre établi. Equipée du lecteur CD, Mp3, casque téléphone sans fil et tout le toutim, la Goldwing Honda est vendue à 460.000 dirhams. Le club est donc plutôt select : "nos membres sont architectes, médecins ou cadres supérieurs" énumère Adil Benabdallah. Pourtant, la première association de motards casablancais-les Dromadaires-était un tutti frutti social. Adil Benabdallah en fut même l’un des fondateurs. Les Dromadaires regroupaient en vrac les fous de vitesse, les amateurs de cross ou des randonneurs pépères. Des chefs d’entreprises côtoyaient des woulad edderb. C’était trop beau pour être vrai, le club a vite capoté, la moto était leur seul dénominateur commun. "Beaucoup n’avaient aucun sens de la discipline et les différences de culture étaient trop fortes" précise Adil Benabdallah. Les grosses cylindrées japonaises s’en retournèrent donc faire la course à Aïn Diab, les woulad edderbs se dispersèrent et les amateurs de motos haut de gamme se regroupèrent dans des associations comme le Goldwing club ou les Aigles de l’Atlas fondé par Rachid Charaï, grossiste à Derb Omar. Sa bande de motards roule en Harley Davidson, Goldwing ou Customs. Ils sont de toutes les manifestations officielles : "c’est nous qui avons organisé le raid Casa-Zurich pour soutenir la candidature du Maroc pour 2010" explique Rachid Charaï. Ils étaient même de la marche pour les prisonniers marocains de Tindouf. à pied, comme tout le monde. N’y aurait-il donc que des watanounas en moto dans le milieu du deux roues ?

Le culte de la moto populaire
En quête d’une parcelle d’imaginaire graisseuse et intacte, nous avons filé au Hay Mohammadi, chez les amateurs de vieilles motos BMW, la Mercedes 240 du deux roues. "C’est une moto fiable et solide" explique Mohamed Sekkani, président de cette association. Les passionnés que compte le club préfèrent les motos dures à la tâche. Dans les années 60 et 70, ils ont tous usé leur fond de culotte sur des Solex ou de vieilles bécanes allemandes solides et pas trop cher. L’Haj Mohamed, 67 ans au compteur, est l’un des plus vieux membres du club, juste après l’Haj Lahcen, un motard de 74 ans de Fqih Ben Salah. L’âge n’empêche pourtant pas l’Haj Mohamed de faire quelques excès parfois. C’est ainsi qu’il s’est vautré l’année dernière à 140 à l’heure quand une pièce mécanique s’est prise dans sa roue. Il fait de la moto depuis 1955. à cette époque les motards se comptaient sur les doigts de la main. L’Haj partait en randonné eavec 4 autres fondus de moto. Il était le seul Marocain du groupe et le périple ne dépassait pas Bouznika. Dans les années 50, sa femme fut sans doute la première marocaine à partir en weeks-end à moto. Comme passagère, n’exagérons rien. "Ma femme ne fait plus de moto avec moi. Elle a vieilli. Et 82 kilos sur le siège arrière, ça fait trop" déclare facétieux l’Haj. Fidèle à BMW depuis plus de 30 ans, il possède un modèle de 1972 tout blanc. Surnom de sa bécane : la colombe. Entretenir une telle antiquité ne lui revient pas cher puisque l’armée, la police et la gendarmerie, équipées pour l’essentiel de motos BMW, revendent régulièrement leur matériel. Bénis soient-ils, les membres du club peuvent récupérer ainsi des moteurs quasi neufs dans les casses de Sbata. D’ailleurs des "liens se sont crées avec les gendarmes et les policiers motards. Ces derniers vouent un culte à la BMW, qu’ils surnomment “chrifa”" raconte Mohamed Sekkani. Ce dernier, avant de sympathiser avec les forces de l’ordre, sillonnait le Maroc dans les années 70. Accompagné d’un ami, ils débarquaient en short dans les contrées les plus reculées. "Un jour, dans un endroit paumé en montagne, des bergers itinérants nous ont menacés avec leurs fusils. Ils avaient des tentes comme des tipis. J’avais l’impression d’être en face d’Apaches" raconte t-il. Mohamed s’est assagi avec l’âge. Marié désormais, il ne part en randonnée que les week-ends prolongés, et uniquement entre hommes.
Au Maroc, l’esprit Easy Rider n’est pas à chercher du côté de la moto. Il est en train de s’incarner dans la mobylette. Le samedi soir, une cinquantaine de fous furieux se rassemblent sous le pont de Sidi Othmane. Leur jeu favori : la course sur le périphérique, sur des 103 Peugeot turbo. Kit, pot d’échappement trafiqué, astuces mécaniques diverses et variées transforment très vite leur vulgaire deux roues en bolide customisé et pouvant atteindre les 110 kilomètres heure. Chaque concurrent dépose entre 200 et 250 dirhams pour participer à la course. Les concurrents prennent le départ de Lissasfa. Ils slaloment entre les voitures, sans casque, sous psychotropes, couchés sur la mobylette pour améliorer l’aérodynamisme. Le premier à franchir la ligne d’arrivée, situé au niveau de la sortie d’autoroute de l’avenue du 2 mars, rafle toutes les mises. Pilotes kamikazes la nuit, ils sont voleurs à l’arraché le jour. à des années lumières du cardiologue amateur de cylindrées japonaises, qui s’offre des sensations fortes le week-end sur la route Casa Marrakech.


Un mythe. Le motard de la garde royale

C'est une légende dans le milieu de la moto. Ses exploits réelles ou imaginaires alimentent les conversations des motards. Comme ce jour où " il a soulevé à pleine vitesse une petite fille qui risquait de se faire écraser par le cortège de Sidna. " raconte un vieux mécanicien de la gendarmerie royale. Ce super héros non identifié était un des motards d’élite de la garde royale. Sélectionnés parmi les meilleurs éléments de la gendarmerie et de la police, leur rôle n’est pas que d’apparat. Ils participent à la sécurité rapprochée du Roi. Ainsi, un autre admirateur se souvient de ce jour où, " lancé à pleine vitesse (encore !)un motard pilotait d’une seule main et poussait la foule de l’autre. " La consigne est évidente : le cortège ne doit jamais ralentir…s’il n’est pas prévu qu’il ralentisse. Equipée de Honda 1800 dernier cri, la garde royale fait saliver beaucoup de motards. Notamment ceux qui suivaient leurs exploits diffusés à la télé pour agrémenter la très aride fête du Trône. Ils traversaient des cerceaux de feu en moto, faisaient la pyramide à 8 sur la même moto. Bon pour apprécier ces jeux du cirque, il fallait aimer le deux roues.

 
 
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