BOB, Maradona, et Bruce Lee, héros du tiers-monde ne dépassaient pas 1m65
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem se souvient parfaitement du vendeur de pépites de son enfance. L'homme avait placé trois posters dans sa minuscule boutique, qui n'aurait pas pu en accueillir plus. Contraint d'aller à l'essentiel, il avait choisi Bob Marley, Diego Maradona
et Bruce Lee. C'était les années 80. Consciemment ou pas, Zakaria Boualem a fini par considérer ces trois personnages comme les héros de son enfance. Plus tard, Zakaria Boualem découvrira qu'il n'était pas le seul : à Casablanca comme à Marakech, Bob, Diego et Bruce faisaient rêver la jeunesse. Le vendeur de pépites n'avait pas influencé le Guercifi : ils étaient tout les deux en phase, et ils étaient en phase aussi avec le reste du tiers-monde. Nous avons là affaire à trois véritable héros du tiers-monde. Trois petits bonhommes (le plus haut ne dépasse pas 1m65) qui ont porté sur leurs épaules des valeurs étranges, parfois contestables, mais qui ont su se faire comprendre de tous les gamins du Maroc ou d'ailleurs.
Commençons par Bob Marley. Il suffit d'oublier le pénible cliché rasta-cannabis-plage pour se rendre compte que l'homme portait en lui une charge revendicative qui n'avait rien à voir avec le pacifisme béat auquel on l'a associé. Dans Get-up stand-up, il chante avec Peter Tosh : "vous pouvez arnaquer quelques personnes de temps en temps, mais vous ne pouvez pas arnaquer tout le monde tout le temps". Dans Babylon System, il est encore plus explicite : "Le système est un vampire, qui suce le sang des enfants". Bob Marley, avec ses musiciens, pouvait être méchant, qbih, comme on dit en arabe. Dans l'esprit de Zakaria Boualem, c'est une qualité, un truc nécessaire pour s'imposer. Sans avoir compris un traître mot aux paroles, les gamins du grand ghetto mondial ont tout compris au message révolutionnaire.
Même chose pour Diego Maradona, chez qui le tatouage de Che Guevara n'est pas un simple accessoire de mode. Le footballeur, outre son génie ballon au pied, n'a pas hésité à marquer un but de la main contre des Anglais arrogants, vainqueurs aux Malouines. Non, ce n'est pas fair-play, et à cause de ce genre de gestes, on lui refuse le titre mille fois mérité de meilleur joueur de l'histoire au profit du gentil Pelé (oublions les journalistes de TF1, qui continuent à parler de Platini comme d'un prétendant possible). Non, disions nous, ce n'est pas bien... Mais ça fait du bien à tous les Zakaria Boualem du monde. Dans un monde - celui du sport, où les règles sont la base de tout et où le système corrompu de la Fifa aime se faire passer pour un supplétif angélique de l'ONU, ça défoule.
Bruce Lee est le plus explicite des trois. Dans "La fureur de vaincre", il met à mort sans état d'âme un Chuck Norris handicapé par une blessure et incapable de continuer le combat. Encore une fois, un truc pas bien. Puis, il va recouvrir la dépouille de l'américain avec le plus grand respect. Qbih, on vous dit. Le plus étonnant, dans ce combat, c'est que Bruce Lee a insisté pour qu'il se déroule avec des véritables coups et que le malheureux Chuck Norris - à qui on a visiblement demandé de représenter l'Amérique triomphante - a laissé quelques côtes dans la bataille. Clairement, ce n'est plus de cinéma qu'il s'agit, comme il ne s'agissait pas dans les autres cas de football ou de musique. Mais de revanche, bien sûr. D'attitude.
Aujourd&Mac226;hui, Zakaria Boualem n'a plus de héros. Les rares stars du tiers-monde sont adoubées par l'Occident parce qu'elles cherchent à l'imiter. Qui veut ressembler à Ricky Martin ou à Ronaldo ? On peut envier leur compte en banque, bien sûr, ou la qualité de leurs déhanchés respectifs. Mais ils resteront des stars, et jamais des héros. Ils officient dans le monde du spectacle et surtout, aucune attitude, c'est mauvais pour le business. Zakaria Boualem se demande si c'est le monde qui a changé ou lui qui a vieilli. |
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