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Par Khalid Tritki
Exclusif. Notre stratégie industrielle dévoilée
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Salah Eddine Mezouar, ministre de
l'Industrie, et du Commerce (DR)
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Le ministère de lIndustrie et du commerce a commandé une étude au cabinet Mckinsey. Lobjectif est didentifier le potentiel du Maroc pour tirer profit de la tendance mondiale. Le cabinet vient de livrer copie. Les détails, en avant-première.
Mckinsey na pas accouché dune souris. Le témoignage de personnalités qui ont assisté à la présentation de la nouvelle stratégie industrielle du Maroc, mercredi 23 mars à Rabat, est formel. "Létude du cabinet est forte et ne donne pas limpression de déjà vu". Tel est le sentiment qua suscité la |
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première présentation de létude. Mieux encore, elle met le gouvernement devant ses responsabilités. Le message de Mckinsey est dune portée stratégique : il faut instaurer une rupture dans les méthodes de gestion du pays et dans les moyens à mettre en place. Salaheddine Mezouar, ministre de lIndustrie et du commerce, que nous avons tenté de joindre sans succès, doit mettre les bouchées doubles pour convaincre tous ses pairs au gouvernement quune stratégie industrielle nécessite un nouveau mode de gouvernance. Dailleurs, Hassan Chami, président de la confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), na pas manqué de tancer le gouvernement. Il a rappelé quà lépoque où il était ministre (début des années 70), le gouvernement avait demandé une étude auprès de Mckinsey. Les conclusions dalors ne séloignent pas de celles daujourdhui, surtout pour le secteur de lagroalimentaire et de la valorisation des produits de la mer. El Mustapha Sahel, ministre de lIntérieur, présent également à la fameuse réunion, a soutenu Chami en soulignant quil se seouvient également cette étude. Ce qui manque, cest lapplication. Si lapostrophe de Chami, veut dire quelque chose, cest que le problème nest pas dans le diagnostic (nous pouvons toujours payer pour lavoir, dailleurs Mckinsey empochera 16 millions de dirhams pour la nouvelle stratégie industrielle). Le problème réside dans lapplication des stratégies et recommandations. Cette fois-ci, Driss Jettou, Premier ministre, a intérêt à secouer ses troupes. Pour cause, la nouvelle stratégie table sur un potentiel de création de plus de 300.000 emplois, voir 600.000 à lhorizon 2013. Le produit intérieur brut industriel passerait de 40 à 50 milliards de dirhams. Lenjeu est énorme. De plus, le consultant ne livre pas le gouvernement à sa propre besogne. Il lui a précisé et les secteurs à développer et la feuille de route détaillée à suivre. "Le consultant a même donné les noms des personnes à contacter et les groupes à approcher au niveau international", nous confie un témoin de la scène. Venons en aux détails.
700 mesures à prendre avec courage
Sur le plan sectoriel, la nouvelle stratégie se décline en deux grands axes. Il sagit dun nouveau positionnement et dun renforcement de lexistant. La première tranche parle en effet du développement de loffshoring et des maquiladoras. En termes plus courants, il sagit de la délocalisation, pour le premier positionnement, et du développement de grandes zones industrielles, pour le second. Mais attention, nous ne sommes pas uniquement (ou exclusivement) dans la logique des call centers. Mckinsey vise la délocalisation du back-office des banques, assurances et systèmes informatique. à titre dexemple, une grande compagnie dassurance peut délocaliser vers le Maroc tout ce qui est gestion de clientèle, ou une entreprise transférer sa comptabilité vers des professionnels au Maroc. Cest un gisement énorme à exploiter pour les professionnels des services. Le potentiel en chiffre daffaires est de 2,5 milliards de dollars, contre la création de 100.000 emplois directs.
Le deuxième axe du positionnement se résume en la transformation de petites expériences actuelles en méga zones industrielles. Mckinsey vise, entre autres, les industries de câblage et de lélectronique industrielle implantées au nord du pays. Lidée est de transformer les petits essais actuels en grandes zones industrielles qui se développeront en aval du prochain port de Tanger-Med. Le potentiel demploi est de 600.000 postes. Pour ce faire, le gouvernement doit attirer les grandes enseignes de léquipement électronique et automobile pour que le Maroc devienne le fournisseur de la zone regroupant lEspagne, la France, la Belgique, voire même la Grande-Bretagne.
Les autres recommandations concernent des secteurs traditionnels. Notons dabord que le textile y figure. Mais le cabinet sest contenté dintégrer la stratégie développée par lassociation des industries du textile et de lhabillement (Amith). Donc pas de nouveauté à ce niveau. En revanche, là où il y a le vrai potentiel, cest au niveau de lagroalimentaire et de la valorisation des produits de la mer. Le cabinet international conseille de valoriser les produits du terroir. La recette nest pas miraculeuse, mais nécessite une bonne dose dimplication de la part de létat et des industriels. Le secteur a tout intérêt, selon létude, à développer les gammes de produits cuisinés, le packaging
Notons que les recommandations de Mckinsey napportent rien de nouveau. à titre dexemple, dans les salons casablancais, les opérateurs se plaisent à ironiser en soulignant que le Maroc est lun des plus grands producteurs de tomate au monde, mais narrive pas à produire un litre de jus de tomate pour lexport. La piste de Mckinsey est donc connue. Quapporte-il de nouveau ? 700 mesures à mettre en place avec du courage. Exemple : les industriels présents lors de cette réunion ont rappelé que lagroalimentaire souffre de manque de matière première. Le jus dorange marocain, pour ne citer que ce produit, est en perdition à cause du manque doranges (car nous préférons vendre ailleurs). Et parmi les mesures à concrétiser réside lemblématique question du foncier agricole. La stratégie de développement de lagroalimentaire repose sur la disponibilité de grandes surfaces de terres agricoles. Pour y arriver, la refonte du foncier est inévitable. Cela revient à mettre à la disposition des industriels des terres guiches, collectives, domaniales et autres.
Toujours dans les créneaux traditionnels du Maroc, Mckinsey recommande le développement de lartisanat. Selon létude, lactivité est un grand potentiel, mais peine à décoller à cause de son caractère parcellaire. Le cabinet conseille lencouragement à lémergence de leaders de taille conséquente, pour canaliser loffre Maroc. Là, il faut vraiment un changement de mentalité et beaucoup dimagination de la part du gouvernement. Mais aussi des professionnels. La stratégie Mckinsey a le mérite de fédérer les membres du gouvernement autour dun seul projet. Lébauche de ce dernier sera présentée aux secteurs concernés puis finalisée et validée par un comité central. à partir de là, le compte à rebours pourra commencer. Bon courage. |
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Recommandation. Des emplois flexibles
Les consultants de Mckinsey préconisent plus de 700 mesures. Ces dernières seront étudiées dans le détail dans des réunions à venir. Tout y passe. Le cabinet parle de budget de promotion, de création de zones industrielles et agricoles, de formation
mais aussi et surtout de flexibilité de lemploi. Cest un problème épineux que le Maroc avait cru avoir résolu une fois pour toutes, avec le nouveau code du travail. Mais il semble que ses efforts ne sont pas assez séduisants. La flexibilité de lemploi, pour les investisseurs étrangers potentiels, est de pouvoir recruter et virer le jour-même. Pas question dêtre conditionné par la conjoncture économique. Ils veulent plutôt une liberté totale à ce niveau. Cest, selon cette thèse ultralibérale à souhait, le prix à payer pour créer une dynamique de création demplois. Et tout porte à croire que la réforme connaîtra bientôt une nouvelle réforme. |
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