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N° 169
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Exclusif. Notre stratégie industrielle dévoilée

Salah Eddine Mezouar, ministre de
l'Industrie, et du Commerce (DR)
Le ministère de l’Industrie et du commerce a commandé une étude au cabinet Mckinsey. L’objectif est d’identifier le potentiel du Maroc pour tirer profit de la tendance mondiale. Le cabinet vient de livrer copie. Les détails, en avant-première.


Mckinsey n’a pas accouché d’une souris. Le témoignage de personnalités qui ont assisté à la présentation de la nouvelle stratégie industrielle du Maroc, mercredi 23 mars à Rabat, est formel. "L’étude du cabinet est forte et ne donne pas l’impression de déjà vu". Tel est le sentiment qu’a suscité la
première présentation de l’étude. Mieux encore, elle met le gouvernement devant ses responsabilités. Le message de Mckinsey est d’une portée stratégique : il faut instaurer une rupture dans les méthodes de gestion du pays et dans les moyens à mettre en place. Salaheddine Mezouar, ministre de l’Industrie et du commerce, que nous avons tenté de joindre sans succès, doit mettre les bouchées doubles pour convaincre tous ses pairs au gouvernement qu’une stratégie industrielle nécessite un nouveau mode de gouvernance. D’ailleurs, Hassan Chami, président de la confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), n’a pas manqué de tancer le gouvernement. Il a rappelé qu’à l’époque où il était ministre (début des années 70), le gouvernement avait demandé une étude auprès de Mckinsey. Les conclusions d’alors ne s’éloignent pas de celles d’aujourd’hui, surtout pour le secteur de l’agroalimentaire et de la valorisation des produits de la mer. El Mustapha Sahel, ministre de l’Intérieur, présent également à la fameuse réunion, a soutenu Chami en soulignant qu’il se seouvient également cette étude. Ce qui manque, c’est l’application. Si l’apostrophe de Chami, veut dire quelque chose, c’est que le problème n’est pas dans le diagnostic (nous pouvons toujours payer pour l’avoir, d’ailleurs Mckinsey empochera 16 millions de dirhams pour la nouvelle stratégie industrielle). Le problème réside dans l’application des stratégies et recommandations. Cette fois-ci, Driss Jettou, Premier ministre, a intérêt à secouer ses troupes. Pour cause, la nouvelle stratégie table sur un potentiel de création de plus de 300.000 emplois, voir 600.000 à l’horizon 2013. Le produit intérieur brut industriel passerait de 40 à 50 milliards de dirhams. L’enjeu est énorme. De plus, le consultant ne livre pas le gouvernement à sa propre besogne. Il lui a précisé et les secteurs à développer et la feuille de route détaillée à suivre. "Le consultant a même donné les noms des personnes à contacter et les groupes à approcher au niveau international", nous confie un témoin de la scène. Venons en aux détails.

700 mesures à prendre avec courage
Sur le plan sectoriel, la nouvelle stratégie se décline en deux grands axes. Il s’agit d’un nouveau positionnement et d’un renforcement de l’existant. La première tranche parle en effet du développement de l’offshoring et des maquiladoras. En termes plus courants, il s’agit de la délocalisation, pour le premier positionnement, et du développement de grandes zones industrielles, pour le second. Mais attention, nous ne sommes pas uniquement (ou exclusivement) dans la logique des call centers. Mckinsey vise la délocalisation du back-office des banques, assurances et systèmes informatique. à titre d’exemple, une grande compagnie d’assurance peut délocaliser vers le Maroc tout ce qui est gestion de clientèle, ou une entreprise transférer sa comptabilité vers des professionnels au Maroc. C’est un gisement énorme à exploiter pour les professionnels des services. Le potentiel en chiffre d’affaires est de 2,5 milliards de dollars, contre la création de 100.000 emplois directs.
Le deuxième axe du positionnement se résume en la transformation de petites expériences actuelles en méga zones industrielles. Mckinsey vise, entre autres, les industries de câblage et de l’électronique industrielle implantées au nord du pays. L’idée est de transformer les petits essais actuels en grandes zones industrielles qui se développeront en aval du prochain port de Tanger-Med. Le potentiel d’emploi est de 600.000 postes. Pour ce faire, le gouvernement doit attirer les grandes enseignes de l’équipement électronique et automobile pour que le Maroc devienne le fournisseur de la zone regroupant l’Espagne, la France, la Belgique, voire même la Grande-Bretagne.
Les autres recommandations concernent des secteurs traditionnels. Notons d’abord que le textile y figure. Mais le cabinet s’est contenté d’intégrer la stratégie développée par l’association des industries du textile et de l’habillement (Amith). Donc pas de nouveauté à ce niveau. En revanche, là où il y a le vrai potentiel, c’est au niveau de l’agroalimentaire et de la valorisation des produits de la mer. Le cabinet international conseille de valoriser les produits du terroir. La recette n’est pas miraculeuse, mais nécessite une bonne dose d’implication de la part de l’état et des industriels. Le secteur a tout intérêt, selon l’étude, à développer les gammes de produits cuisinés, le packaging… Notons que les recommandations de Mckinsey n’apportent rien de nouveau. à titre d’exemple, dans les salons casablancais, les opérateurs se plaisent à ironiser en soulignant que le Maroc est l’un des plus grands producteurs de tomate au monde, mais n’arrive pas à produire un litre de jus de tomate pour l’export. La piste de Mckinsey est donc connue. Qu’apporte-il de nouveau ? 700 mesures à mettre en place avec du courage. Exemple : les industriels présents lors de cette réunion ont rappelé que l’agroalimentaire souffre de manque de matière première. Le jus d’orange marocain, pour ne citer que ce produit, est en perdition à cause du manque d’oranges (car nous préférons vendre ailleurs). Et parmi les mesures à concrétiser réside l’emblématique question du foncier agricole. La stratégie de développement de l’agroalimentaire repose sur la disponibilité de grandes surfaces de terres agricoles. Pour y arriver, la refonte du foncier est inévitable. Cela revient à mettre à la disposition des industriels des terres guiches, collectives, domaniales et autres.
Toujours dans les créneaux traditionnels du Maroc, Mckinsey recommande le développement de l’artisanat. Selon l’étude, l’activité est un grand potentiel, mais peine à décoller à cause de son caractère parcellaire. Le cabinet conseille l’encouragement à l’émergence de leaders de taille conséquente, pour canaliser l’offre Maroc. Là, il faut vraiment un changement de mentalité et beaucoup d’imagination de la part du gouvernement. Mais aussi des professionnels. La stratégie Mckinsey a le mérite de fédérer les membres du gouvernement autour d’un seul projet. L’ébauche de ce dernier sera présentée aux secteurs concernés puis finalisée et validée par un comité central. à partir de là, le compte à rebours pourra commencer. Bon courage.


Recommandation. Des emplois flexibles

Les consultants de Mckinsey préconisent plus de 700 mesures. Ces dernières seront étudiées dans le détail dans des réunions à venir. Tout y passe. Le cabinet parle de budget de promotion, de création de zones industrielles et agricoles, de formation…mais aussi et surtout de flexibilité de l’emploi. C’est un problème épineux que le Maroc avait cru avoir résolu une fois pour toutes, avec le nouveau code du travail. Mais il semble que ses efforts ne sont pas assez séduisants. La flexibilité de l’emploi, pour les investisseurs étrangers potentiels, est de pouvoir recruter et virer le jour-même. Pas question d’être conditionné par la conjoncture économique. Ils veulent plutôt une liberté totale à ce niveau. C’est, selon cette thèse ultralibérale à souhait, le prix à payer pour créer une dynamique de création d’emplois. Et tout porte à croire que la réforme connaîtra bientôt une nouvelle réforme.

 
 
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