Drôles de "frères"
(Ils raillent volontiers la propension au "naam sidi". Leur truc à eux, cest "nif")
Cette semaine, jai eu la chance de passer 5 jours à Alger. Au risque que cela paraisse malsain, je vais me livrer à ces exercices périlleux que sont la généralisation et la comparaison. À ceux qui pourraient se sentir vexés, je présente davance mes excuses.
Première (forte) impression : des infrastructures algéroises (plutôt correctes, au demeurant) il se dégage un je-ne-sais quoi de suranné, de poussiéreux
Là où nous plaçons du profilé en aluminium, ils mettent du fer forgé ; là où nous installons du verre, ils posent du grillage. Leurs publicités me rappellent les nôtres, il y a 10 ans : couleurs ternes, attitudes très "réalisme socialiste" des personnages, prises de vues peu artistiques
Quant à leurs night-clubs, hôtels, restaurants et autres lieux de loisirs (du moins, ceux que jai vus et on ma dit quils étaient cotés)
ils ne sont pas bien folichons, comparés aux audaces de Casa et aux folies de Marrakech. Si le fun, lesthétique moderne et la couleur sont des indicateurs de la joie de vivre, alors tout cela manque visiblement à Alger pourtant, on ne peut pas dire, avec tout ce pétrole, quils nen ont pas les moyens
Ça na rien à voir avec linsécurité (la situation sest beaucoup améliorée, depuis quelques années), mais cette ville dégage une impression générale de grisaille, voire de tension
Autre "première impression", tout aussi forte : les dos des Algérois sont généralement plus droits que les nôtres, leurs regards plus défiants, leur ironie plus grinçante. En un mot, ils ont une sorte de fierté je dirais même de raideur que je ne vois pas souvent, ici. Chaleureux, ils le sont quand ils ont envie de lêtre. Quand ils nen ont pas envie, ils ne se forcent pas. "À cause de ça, et contrairement à vous, jamais nous ne développerons une industrie touristique performante", ma dailleurs dit un ami algérien. Chez nous, ils raillent volontiers la propension au "naam sidi". Leur truc à eux, cest "nif", lorgueil. Cest sans doute pourquoi, en 5 jours et sur des centaines de milliers de personnes, jai dû voir deux mendiants, peut-être trois. Et ce nest pas une question de niveau de vie. Là-dessus, nous nous valons
Tout cela fait peut-être cliché, mais jai eu loccasion de le constater de visu. Puis dy réfléchir. Les mentalités ne sont jamais figées, tout évolue. Au Maroc, grâce à lémergence de la société civile, nous sommes en train de nous éveiller, progressivement, à la citoyenneté et à légalité des droits. Eux ont ça dans le sang, tellement quils en paraissent parfois crispés. Peuvent-ils évoluer dans le sens inverse ? Dès que jen aurai loccasion, je poserai la question à un anthropologue
Dici là, jespère vraiment très fort que le "dégel" initié par la visite de Mohammed VI à Alger (lire en page 24) aboutira à la suppression des visas dans les deux sens et que Marocains et Algériens auront plus loccasion de se fréquenter, et déchanger. Nous avons manifestement beaucoup à apprendre les uns des autres
|