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N° 169
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"La satire est ce qu’il y a de plus sérieux"

Antécédents
Rachid Nini
Journaliste chroniqueur
1970. Naissance à Benslimane
1997. Émigration en Espagne
2000. Retour au Maroc et parution de "Journal d’un clandestin"
2005. Chroniqueur à Assabah et présentateur de l’émission Nostalgia sur 2M
Smyet bak ?
Abdellah. Vous n’allez quand même pas me poser les mêmes questions encore une fois.

Vous répondez à notre deuxième convocation, vous n’avez pas peur pour votre image ?
J’ai pris l’habitude, maintenant. Aller au commissariat est une activité devenue presque journalière.

Vous exagérez Si Nini… Il a suffi qu’un CMI vous bouscule lors d’une manifestation de chômeurs pour que vous prétendiez être le persécuté n°1 du royaume…
Je n’ai jamais rien prétendu. Je considère la bousculade dont vous parlez comme une humiliation que je n’accepte pas.

Votre dernière visite au poste, c’était à quel sujet ?
J’ai renouvelé ma carte nationale. J’y suis allé donc de mon gré. On a été très gentil avec moi et ma carte était prête dans l’après-midi. J’ai découvert que j’avais des fans dans les rangs de la police, des walis et des gouverneurs.

Rien que ça ! Smyet mok ?
Je ne donnerai pas son nom.

Nimirou d’la carte ?
Je pense que vous l’avez déjà.

C’est vrai que Dilami (patron de Assabah) mettrait la clé sous le paillasson le jour où vous cesserez d’écrire chez lui ?
Allez lui demander. Mais c’est sûr que ce ne sera plus le même journal.

Ça ne se vendra plus aussi bien ?
En une année le journal est passé de 16.000 à 50.000 exemplaires. Maintenant, ma chronique est également lue à l’étranger. Je suis le Marocain le plus connu de Washington (rires)… Je reçois des mails de partout dans le monde. Beaucoup considèrent la chronique comme leur revue de presse, qui les convainc chaque jour de ne pas revenir au pays.

Vous avez drôlement changé depuis la dernière fois, dites-donc !
J’ai vieilli d’une année et j’ai perdu un peu de cheveux, vous avez raison.

Pourquoi est-ce que vous êtes si austère en présentant votre émission sur 2M ? La chronique épuise votre capital sympathie ?
C’est plutôt la nature de l’émission. J’ai à peine quelques minutes pour présenter mes invités. Mon rêve, c’est une émission qui adapterait la chronique à la télévision, en deuxième partie de soirée. Notre télévision rigole une fois chaque année, pendant le ramadan. Et encore, cela ne fait pas rire tout le monde et coûte une fortune.

Quand cesserez-vous d’être rancunier ?
C’est de l’amertume née d’une frustration. On a beau dénoncer, rien ne change pour autant.

C’est peut être parce qu’on ne vous prend pas au sérieux !
La satire est ce qu’il y a de plus sérieux. Quand un enfant est en train de jouer, il le fait avec beaucoup de sérieux. C’est pareil pour les chroniques satiriques.

Qui respectez-vous dans ce pays ?
Ceux qui se respectent.

Pourquoi n’avez-vous jamais rien écrit sur le roi ?
Si, j’ai écrit plusieurs fois sur le sujet. Le problème, c’est qu’il y a des gens plus royalistes que le roi.

Qu'est ce que ça vous a rapporté d’être célèbre ?
On me sert un meilleur café et les taxis refusent de se faire payer pour les trajets que je prends. Et bien sûr, le respect des gens.

Vous avez fini par prendre votre revanche ?
C’est en cours. Je suis en train de prendre ma revanche sur tous ceux qui n’ont pas cru en moi au moment où j’avais besoin d’eux.

Vous ne guérirez donc jamais de ce complexe ?
C’est mon moteur, pourquoi voulez-vous que j’en guérisse ?

 
 
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