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Par Driss Ksikes
Deux mythes : Lyautey et Mohammed V
| Daniel Rivet est lun des plus grands spécialistes de lhistoire du Maroc au XX° siècle. Ayant été lun des premiers à mettre la lumière sur le groupe des 77 "français" qui ont milité pour lindépendance du Maroc, il sintéresse dans ce livre (déjà paru chez Denoël en 1999) à la configuration du Maroc sous le protectorat. Il sy attelle à démanteler les mythes. Citons-en deux en particulier : le maréchal Lyautey et le sultan Mohammed V. Le premier est certes le défenseur dun système protecteur. Il se démarque de ladministration directe adoptée en Tunisie et rassure les Marocains qui craignent une algérisation. Mais cest aussi le champion dune colonisation |
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évolutive, qui voulait faire du Maroc "létat musulman de la France". Lyautey était certes lucide et réalisait que la propension de lélite locale à exiger plus de participation à la prise de décision irait en grandissant. Mais ce même Lyautey, sil a su recréer le système makhzénien, cest aussi pour fournir, en contre partie du modèle ottoman soutenu par lArabie, un état oriental alternatif sous laile de Paris. Passons sur les différents aspects géographiques, sociologiques, fonciers, que le livre traite avec minutie et venons-en au second mythe abordé par lauteur, Mohammed V. Là aussi, Rivet reconnaît que le troisième fils de Moulay Youssef a fini par acquérir une image de sultan adulé, bien avant sa déposition en 1953. Mais il ne manquera pas dexpliquer comment ce jeune homme docile, dont le parcours est excellemment décrit par Jean Lacouture, sest mué en malik (roi) profitant et soutenant la ligne totalitaire de hizb Al istiqlal. Il expliquera comment le projet dun nationalisme ouvert (tenant compte de la judaïté, des Français du Maroc) a été phagocyté par un nationalisme religieux où lautre est à peine toléré et pas du tout intégré. Ne serait-ce que pour ces deux illuminations le livre en comporte bien dautres- le livre de Rivet est un passage obligé.
Daniel Rivet : Le Maroc de Lyautey à Mohammed V ; Ed. Porte dAnfa
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Prose.
Invocation de la mère
Edmond Amran El Maleh a le don décrire des textes lents qui ne vous ennuient jamais. Une femme, une mère est un texte court et serein, une invocation nullement lyrique de la mère, où se mêlent son amour dAsilah et des couleurs, ses souvenirs dancien opposant qui débarque dans la littérature. Le texte est un café littéraire, une halqa, dira-t-il. Mais il y a dabord la mère, son regard reposant, sa mémoire témoin de partages culturels, puis sa mort qui réduit le récit au silence. Au gré dévocations biographiques (le retour de Paris, la conférence de lassociation Imam Assili) et bibliographiques (Café Zrirek), ce beau texte livre un concentré de poésie. Grâce à une traduction magistrale de Hassan Bourquia, le lecteur a le loisir dapprécier, en arabe au recto et en français au verso, un morceau danthologie.
EAE, Une femme, une mère ; Ed. Lixus (2004)
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