Sujet
Actu Économie
Histoire. Casablanca, le 23 mars 1965
Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche
Affaire. Qui a tué l'hakem ?
Cinéma. Wake up Morocco, ça tourne !
N° 169
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Deux mythes : Lyautey et Mohammed V

(DR)
Daniel Rivet est l’un des plus grands spécialistes de l’histoire du Maroc au XX° siècle. Ayant été l’un des premiers à mettre la lumière sur le groupe des 77 "français" qui ont milité pour l’indépendance du Maroc, il s’intéresse dans ce livre (déjà paru chez Denoël en 1999) à la configuration du Maroc sous le protectorat. Il s’y attelle à démanteler les mythes. Citons-en deux en particulier : le maréchal Lyautey et le sultan Mohammed V. Le premier est certes le défenseur d’un système protecteur. Il se démarque de l’administration directe adoptée en Tunisie et rassure les Marocains qui craignent une algérisation. Mais c’est aussi le champion d’une colonisation
évolutive, qui voulait faire du Maroc "l’état musulman de la France". Lyautey était certes lucide et réalisait que la propension de l’élite locale à exiger plus de participation à la prise de décision irait en grandissant. Mais ce même Lyautey, s’il a su recréer le système makhzénien, c’est aussi pour fournir, en contre partie du modèle ottoman soutenu par l’Arabie, un état oriental alternatif sous l’aile de Paris. Passons sur les différents aspects géographiques, sociologiques, fonciers, que le livre traite avec minutie et venons-en au second mythe abordé par l’auteur, Mohammed V. Là aussi, Rivet reconnaît que le troisième fils de Moulay Youssef a fini par acquérir une image de sultan adulé, bien avant sa déposition en 1953. Mais il ne manquera pas d’expliquer comment ce jeune homme docile, dont le parcours est excellemment décrit par Jean Lacouture, s’est mué en malik (roi) profitant et soutenant la ligne totalitaire de hizb Al istiqlal. Il expliquera comment le projet d’un nationalisme ouvert (tenant compte de la judaïté, des Français du Maroc) a été phagocyté par un nationalisme religieux où l’autre est à peine toléré et pas du tout intégré. Ne serait-ce que pour ces deux illuminations –le livre en comporte bien d’autres- le livre de Rivet est un passage obligé.

Daniel Rivet : Le Maroc de Lyautey à Mohammed V ; Ed. Porte d’Anfa



Prose.
Invocation de la mère


Edmond Amran El Maleh a le don d’écrire des textes lents qui ne vous ennuient jamais. Une femme, une mère est un texte court et serein, une invocation nullement lyrique de la mère, où se mêlent son amour d’Asilah et des couleurs, ses souvenirs d’ancien opposant qui débarque dans la littérature. Le texte est un café littéraire, une halqa, dira-t-il. Mais il y a d’abord la mère, son regard reposant, sa mémoire témoin de partages culturels, puis sa mort qui réduit le récit au silence. Au gré d’évocations biographiques (le retour de Paris, la conférence de l’association Imam Assili) et bibliographiques (Café Zrirek), ce beau texte livre un concentré de poésie. Grâce à une traduction magistrale de Hassan Bourquia, le lecteur a le loisir d’apprécier, en arabe au recto et en français au verso, un morceau d’anthologie.

EAE, Une femme, une mère ; Ed. Lixus (2004)

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés