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Histoire. Casablanca, le 23 mars 1965
Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche
Affaire. Qui a tué l'hakem ?
Cinéma. Wake up Morocco, ça tourne !
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Histoire. Casablanca, le 23 mars 1965
Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche
Affaire. Qui a tué l’hakem ?
Cinéma. Wake up Morocco, ça tourne !

Par Maria Daïf

Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche

(DR)
Rendez-vous mensuel de la deuxième chaîne, Moukhtafoun a permis le retour d’une bonne centaine de portés disparus et a résolu autant de drames familiaux. Et en plus, l’émission plaît. Coulisses.


L'histoire de l’émission commence, bien avant sa création, au milieu des années 90. à la suite de plusieurs reportages sur des cas de disparition, de fugue, la chaîne relève les réactions en masse des téléspectateurs. Certaines ont permis alors de retrouver des portés disparus, d’autres ont lancé de nouvelles
affaires. La demande était là, restait à trouver le bon concept, sans tomber dans le "copié collé" de programmes du genre qui, sous d’autres cieux, ont fait leurs preuves. Ce sera le cas bien plus tard et l’idée viendra du journaliste Khalid Adnoune. Moukhtafoun, l’avis de recherche version 2M naît en 2003. La première, animée et concoctée par le même Khalid Adnoune est un succès et le public y est tout de suite très sensible. Le concept, depuis, restera le même : l’équipe de l’émission suit à la trace les démarches de recherche d’une famille (ou d’un membre de la famille), trois ou quatre cas sont traités, et à la fin de l’émission, des dizaines d’appels son lancés. Très vite, Moukhtafoun devient l’un des programmes phares de la chaîne. Pour Réda Benjelloun, responsable des magazines de la chaîne : "Rares sont les émissions dont les retours sont quasi immédiats. Celle-ci en fait partie. Quelques minutes après la diffusion, les appels téléphoniques des téléspectateurs fusent".
En deux années d’existence, le retour reste le même et le rendez-vous mensuel de Moukhtafoun est celui auquel les téléspectateurs sont les plus fidèles : "Les premiers jeudis de chaque mois, dans les cafés, les clients ont les yeux rivés sur l’écran de télévision à partir de 22h, heure de diffusion de l’émission", raconte Adil Benmoussa, nouvel animateur et journaliste de l’émission. Il y a trois mois, son prédécesseur et initiateur du programme a quitté la chaîne pour la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle). C’est alors vers lui que la chaîne s’est tout naturellement tournée et c’est ainsi qu’en janvier 2005, il a rejoint les deux piliers de l’émission : le journaliste Hassan Benrabeh et la coordinatrice Fatéma Coradidi. Tous les trois, tous les jours, traitent des histoires aussi abracadabrantes les unes que les autres. Des affaires de disparition d’un fils perdu depuis 20 ou 30 ans, d’une épouse partie sans laisser d’adresse depuis cinq ou dix ans, de familles disloquées à cause d’une fugue d’une de leurs filles… "Nous recevons des centaines de lettres par mois, des dizaines d’appels téléphoniques par jour", témoigne Fatéma Coradidi. C’est elle qui intercepte le tout, fait le tri, classe et participe au choix des histoires à traiter en émission : "Ce sont des drames familiaux qu’on me raconte au téléphone et par courrier". Des drames à la rencontre desquels vont Hassan Benrabeh et Adil Benmoussa vont à la rencontre : "Ce n’est pas nous qui faisons les recherches, mais nous accompagnons celles des familles des disparus. Nous allons avec eux sur les dernières traces des portés disparus, dans les commissariats, les hôpitaux, et ce travail en soi a donné ses fruits". En effet, selon l’équipe Moukhtafoun, sur quelques 500 cas traités par l’émission, la moitié ont été résolus et des centaines de disparus ont été retrouvés : "Ce n’est pas tout. Avec tout le courrier que nous recevons, nous en avons pour au moins 10 ans d’émissions", explique Adil Benmoussa. Ainsi, tous se souviennent encore de l’étrange histoire de cette femme portée disparue, en réalité séquestrée par son mari pendant sept ans, dans la région de Safi. Ou encore celle d’Amina qui a quitté le domicile de ses parents après que ceux-ci aient refusé son mariage avec l’élu de son cœur, qu’elle a aussi quitté. C’était il y a neuf ans. Plus récemment, l’histoire des jumeaux Hassan et Fatéma a marqué les esprits. Abandonnés par leur mère, séparés dans deux orphelinats, ils ont fini par se retrouver et ont lancé un avis de recherche pour retrouver celle qui les avait abandonnés : "Deux familles se sont présentées affirmant que les enfants étaient les leurs. Un test ADN s’imposait et c’est l’un des obstacles que nous rencontrons. Il faudra attendre le jugement du tribunal pour donner une autorisation afin que le test soit fait. Ce qui prend beaucoup de temps". En plus de l’émission, le site Internet est également, régulièrement, alimenté par des avis de recherche (www.2M.tv/mokhtafoun) : "Nous recevons aussi des demandes de familles marocaines résidant à l’étranger qui ont perdu la trace d’un proche. Internet sert à cela, comme d’ailleurs les diffusions par satellite", précise Adil Benmoussa.
Depuis trois mois, date de la constitution de la nouvelle équipe, l’émission a connu un changement : les affaires sont traitées à présent par thèmes. Violence à l’égard des femmes, enfants abandonnés, divorces… : "La structuration de l’émission lui a donné plus de clarté et plus d’impact", note Réda Benjelloun. Et de l’avis de toute l’équipe, depuis le début de l’émission, la partie la plus appréciée reste celle des retrouvailles : "Puisque nous faisons un suivi de chaque affaire traitée et dès que le porté disparu donne de ses nouvelles ou que sa trace est retrouvée, notre caméra est là". Selon cette sociologue fidèle de l’émission, reste un seul point faible : "Moukhtafoun gagnerait à se faire entièrement en darija. Elle serait beaucoup plus accessible et toucherait plus de gens, surtout dans le rural, où l’on ne comprend presque pas l’arabe classique"… En attendant, Moukhtafoun a réussi en deux ans, à faire partie des rares programmes qui ne se cherchent plus. Ce qui, sur les chaînes nationales, reste encore quasi exceptionnel…


Société. Une émission-miroir

"Moukhtafoun est un programme d’intérêt collectif", dira de l’émission Réda Benjelloun. "Les histoires des autres, quand elles sont bien racontées, interpellent", dira encore Hassan Benrabeh, un des deux journalistes de l’équipe Moukhtafoun. Voilà probablement ce qui explique le succès de l’émission, qui selon le responsable des magazines de la deuxième chaîne, réalise tous les mois, l’un des meilleurs taux d’audience. Plus que cela, reflet de la société marocaine, l’émission met le doigt là où ça fait mal : mères célibataires ou prostituées considérées comme des hors la loi et forcées d’abandonner leurs enfants, parents violents à l’égard d’enfants qui préfèrent fuir et disparaître, épouses maltraitées par des maris, femmes, hommes ou enfants souffrant de troubles mentaux, non pris en charge et dont les proches ont perdu la trace… "L’émission met en évidence les hypocrisies et les dysfonctionnements de notre société dont résultent des drames qu’on ne soupçonne même pas", note Hassan Benrabeh. Des drames, qui touchent essentiellement les classes les plus défavorisées : "En tous cas, les affaires et histoires qui nous parviennent, concernent toutes des familles souffrant de misère et d’analphabétisme, dans le rural comme dans l’urbain". L’émission a décidément encore de beaux jours devant elle…

 
 
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