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Histoire. Casablanca, le 23 mars 1965
Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche
Affaire. Qui a tué l'hakem ?
Cinéma. Wake up Morocco, ça tourne !
N° 169
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Histoire. Casablanca, le 23 mars 1965
Télévision. Moukhtafoun, notre Avis de recherche
Affaire. Qui a tué l’hakem ?
Cinéma. Wake up Morocco, ça tourne !

Settat, par Abdellatif El Azizi

Affaire. Qui a tué l’hakem ?

Ahmed Nabih,
le juge assassiné (DR)
Qui a tué Ahmed Nabih ? En 2000, le corps d’un juge communal est découvert dans la province de Settat. L’enquête ouverte a pointé du doigt des proches de Basri, mais aucune suite n’y a été donnée. Retour sur un crime crapuleux sur fond de vendetta.


Le meurtre du juge communal de Sid El Aydi a eu lieu dans la nuit du 24 juillet 2000, à quelques kilomètres du village, mais cinq ans plus tard, le dossier qui est aujourd’hui sur le bureau du juge d’instruction de Settat n’est pas encore prêt à livrer tous
ses secrets. Ahmed Nabih faisait fonction de juge communal, mais son rôle véritable se limitait à éviter justement d’envoyer les paysans devant la justice en réglant sur place les litiges. L'ancien résistant, reconverti en juge chargé des affaires communales de ce village jouissait d’une grande estime auprès de la population locale.
Qui a-t-il croisé sur le chemin ? Pourquoi l'a-t-on tué et avec une telle sauvagerie de surcroît ? A-t-il été victime d'un règlement de comptes ? Cinq ans après, les langues ont du mal à se délier, à Sid El Aydi, tout le monde connaît l’histoire, en aparté, on avance même les noms des meurtriers mais, ici, l’omerta est de règle. Nous sommes dans la province de Settat, le fief de l’injustice érigée en mode de gestion et si Basri a disparu, ses hommes, ses parlementaires, ses réseaux et ses méthodes, elles, sont toujours en vigueur. Les personnages qui sont soupçonnés d’avoir commis ce meurtre sur fond de vendetta sont d’ailleurs trop mouillés avec l’ex-ministre de l’Intérieur et gardent toujours beaucoup de pouvoir dans la région. Conséquence, du côté des paysans, on réfléchit à deux fois avant d’exprimer le fond de sa pensée.
Dans la petite gargote qui sert de café aux villageois, entre quelques gorgées de thé sucré, on se laisse plutôt à évoquer le personnage. Le notable avait bonne réputation. Juge communal, il savait particulièrement trouver les mots, les formules, les arrangements pour régler les litiges, ô combien nombreux, dans ce Maroc profond, à l’amiable. C’est pour cela que son meurtre perpétré dans la nuit du 25 juillet 2 000 avait bouleversé le village. Ce jour là, le vieil homme, dont les faits et gestes étaient réglés sur les heures de la prière avait quitté sa ferme après le coucher du soleil avant de prendre la route pour Settat. En fin de soirée, sa femme, inquiète de ne pas le voir revenir, cherche à savoir où il aurait bien pu aller .Le vieil homme demeure introuvable. Alertés au petit matin, les gendarmes écartent très vite l'hypothèse de la fugue, cela ne ressemble pas vraiment au vieux monsieur et considèrent alors cette disparition comme réellement inquiétante. Le lendemain, plusieurs dizaines de gendarmes sont mobilisés, une vaste battue organisée avec des chiens renifleurs et une mobilisation spontanée de la population. Interrogés, les employés de la ferme du défunt ont confirmé que leur patron avait quitté la ferme vers 20 heures, le 24 juillet 2000. Le défunt avait pris l'habitude de prendre avec lui à son retour El Baji Rahal, un des employés de sa ferme qui n'avait pas accompagné le défunt le soir du 24 juillet, prétextant un malaise
Le 25 juillet 2000 vers 9 Heures 30, les gendarmes vont trouver le corps du septénaire gisant et baignant dans une mare de sang étendu sur le siège droit de sa voiture, en rase campagne, à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Settat. Le corps portait des traces de mutilations par arme blanche, le moteur était encore en état de marche, ce qui suppose que les criminels ont été obligés de prendre la fuite précipitamment. L’autopsie, effectuée quelques heures après sa mort, faisait état d’un meurtre commis avec une grande sauvagerie.
"Les meurtriers avaient sans doute voulu l'achever. Ils l'avaient frappé arec une telle force et en plusieurs endroits qu’on se demande bien quelle haine motivait ces meurtriers pour s’acharner avec autant de sadisme sur un vieillard de 77 ans", confie-t-on au Parquet. Sans aucune explication logique, la première chose que les gendarmes ont faite ce matin là, ce fut d'ordonner aux sapeurs pompiers le lavage de la voiture malgré l'opposition du frère du défunt, éliminant par la même occasion toutes traces de sang, d’empreintes, qui pouvaient aider à trouver les coupables. Pourtant, les enquêteurs de la gendarmerie, qui avaient en charge le dossier, disposaient là d'éléments qui auraient pu faire l'objet d'analyses scientifiques : des cheveux et des fibres retrouvés sur le corps de la victime, des traces de sang et de vomis dans sa voiture.
On sait également que le vieillard a opposé une résistance farouche à ses bourreaux. Des traces de lutte en témoignent. De profondes entailles dans ses mains montrent qu’il a notamment tenté de s’opposer aux coups de couteau assénés par ses agresseurs. Du coté de la gendarmerie, on ne veut pas trop s’expliquer sur ces zones d’ombre dans le suivi de l’enquête. Après l'échec de la gendarmerie royale dans l'identification des coupables de ce crime, le procureur du roi auprès de la cour d’appel de Settat va confier l’enquête à la Brigade Nationale de la Police Judiciaire le 28 mars 2001. Les enquêteurs de la BNPJ ont pu interroger le témoin clé présent sur les lieux du drame quelques instants après l’assassinat, un chef de chantier, un certain Erraoui Ahmed, qui a disparu depuis lors. D’après ce témoin, une jeep grise conduite par un certain Dalouadi Mustapha roulait à tombeau ouvert tous phares allumés en provenance du lieu du crime. Obligé de s’arrêter pour laisser passer le chauffard, Erraoui a reconnu un certain Dalouadi Mustapha au volant et n’a pas eu le temps de dévisager l’autre passager.
Pourtant, malgré ses déclarations contradictoires et l’absence d’alibi pour la nuit du 24 juillet 2 000, Dalouadi Mustapha ne sera jamais inquiété .Or il s’agit du cousin du défunt . Un cousinage ponctué de haine et de vendetta qui remonte à plusieurs décennies .Dernier litige en date, une histoire de terres obtenues par usage de faux par le fameux Dalouadi Mohamed, frère de Mustapha, pharmacien de son état, patron de plusieurs sociétés, qui a fait fortune grâce à l’appui de Driss Basri. Les terres appartiennent à plusieurs membres de la famille de Nabih, dont sa femme .Dalouadi Mohamed qui occupait en 2 000, le poste de vice-président de la commune de Sid El Aydi était accusé d’avoir falsifié des actes de vente sur la base de fausses cartes d’identité. Le juge communal avait réussi à mettre à jour la machination ; ce qui a conduit en 2 000, les juges du tribunal de première instance de Settat à condamner l’inculpé à trois mois de prison ferme pour faux et usage de faux.
Encore une fois et contre toute logique, la BNPJ a conclu qu'il n’y avait "aucune piste pour arriver aux coupables en faisant remarquer notamment que toutes les preuves scientifiques ont été supprimés par le lavage de la voiture par la gendarmerie" !
Aujourd’hui, le dossier de l'assassinat est toujours entre les mains du juge d'instruction, la famille de la victime espère toujours que cette enquête va aboutir. Des dizaines de correspondances ont été écrites. Même le président Jacques Chirac a été saisi par l’un des fils de la victime, qui dispose de la nationalité française. Nabih Mohamed, gynécologue de son état a également lancé un site Web intitulé www.assassinat.info pour obtenir justice pour son père. "Nous ne sommes animés par aucun sentiment de vengeance, mais aujourd’hui, alors que les assassins sont encore libres, nous voulons que la vérité sur ce meurtre éclate au grand jour" ! Rappelle-t-il, la voix pleine d’amertume.

 
 
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