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Gouverner en 2007. Le PJD est prêt
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté
Sport. Les Lions ont encore faim
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Jilali Ben Salem. Mémoires d'un musicien du roi
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Gouverner en 2007. Le PJD est prêt
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté
Sport. Les Lions ont encore faim
Reportage. Zoo story
Jilali Ben Salem. Mémoires d’un musicien du roi

Par Driss Bennani

Gouverner en 2007. Le PJD est prêt

(AFP)
Le parti islamiste n’écarte plus son entrée au gouvernement en 2007. Il la souhaite, même. La politique du profil bas adoptée au lendemain du 16 mai a donc finalement payé et le PJD se prépare déjà à jouer un rôle central lors des prochaines échéances.


Le PJD y vient doucement. Le secrétaire général du parti islamiste l'a subtilement annoncé au détour dune déclaration au quotidien espagnol ABC, la semaine dernière : "Si le PJD arrive au gouvernement, il sera fier de travailler sous la supervision de
Sa Majesté le roi". évidemment, la phrase a été reprise, dans les jours qui ont suivi, par toute une partie de la presse nationale et internationale. Normal, elle annonce un revirement dans les positions du parti islamiste qui affiche désormais clairement ses appétits de pouvoir. Au sein du parti, rien n’a encore été officialisé, mais tout semble indiquer que l'étape du profil bas et des compromis touche à sa fin. Aujourd’hui, le message du PJD, tel que formulé par l'un de ses leaders est clair : "La participation active à la gestion de la chose publique ne nous effraye pas. Nous sommes une force politique avec laquelle il faudra nécessairement compter en 2007".
"Ce qui n’est pas nouveau, estime le politologue Mohamed Darif qui ajoute : C’est dans l’ordre des choses. L’opposition n’a jamais été une identité politique pour le parti. Rappelez-vous qu’en 1998, le PJD soutenait le premier gouvernement d’alternance". Depuis, beaucoup de choses ont changé. Elles ont toutes, d’une manière ou d’une autre, contribué au processus choisi par le parti pour se positionner sur l’échiquier politique. Peu après la formation du deuxième gouvernement Youssoufi en septembre 2000, le PJD choisira son camp dans l’opposition. Publiquement, ce revirement sera notamment justifié par "le faible rendement du gouvernement et la différence de vision". D’une pierre deux coups. Le PJD se désengage ainsi de la rapide (et prévisible) déconfiture du nouveau gouvernement et se consacre tranquillement à travailler sa stratégie et renforcer ses structures. Sa position dans l’opposition, ajoutée a quelques sorties toniturantes de certains de ses leaders, lui donne davantage de visibilité. Le parti, au discours souvent populiste, charme les foules, mais dérange les élites au pouvoir.
Puis arrive le 16 mai. Le véritable tournant dans la vie du PJD. Justement ou injustement, le parti d’Abdelkrim El Khatib sera montré du doigt. Il assumerait, selon ses détracteurs, une responsabilité morale concernant les attentats et sera appelé à clarifier ses positions. Le parti se fait alors tout petit, réduit ses candidatures lors des élections législatives et vote gentiment, comme tous les autres partis, la loi antiterroriste. évidemment, les cadors du parti n’ont pas été en manque de formules pour justifier tout cela : "La réduction des candidatures est un choix délibéré du parti qui recherche d’abord l’efficacité ; la loi antiterroriste était une réaction immédiate au danger qui menaçait le pays tout entier". Au passage, on manque d’évoquer les menaces de dissolution quasi officielles et les pourparlers informels concernant le nombre de candidatures. Malgré tout cela, le PJD s’en sort honorablement en s’imposant discrètement, à l’issue des législatives, comme la troisième force politique au Parlement.
Le PJD reprend alors son bâton de pèlerin et refait le tour de ses interlocuteurs pour se refaire une légitimité, et montrer qu’il n’est pas si infréquentable que cela. Dans la foulée, il organise, dans les règles et sans fausse note, son cinquième congrès et élit le jeune Saâd Eddine El Othmani à la tête du parti. Une nouvelle page commence.
Doucement, les barbus nationaux reprennent du poil de la bête. Ils réinvestissent timidement les médias publics et la rue. Le 16 mai ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir, puisqu’une nouvelle polémique jettera violemment le PJD au devant de la scène, celle du tsunami et du châtiment divin. On connaît la suite : un droit de réponse de quelques minutes accordé par le tout nouveau conseil de l’audiovisuel sur la deuxième chaîne. Match nul.
Depuis, le parti de Saad Eddine El Othmani n’a eu cesse d’envoyer des signes de sa forme retrouvée. Aujourd’hui, il se dit prêt à la gouvernance. "Cela veut dire que nos cadres sont prêts après l’expérience qu’ils ont accumulée tout au long des dix dernières années", estime Omar El Khatib, membre dirigeant du parti. Sans viser la Primature, Saad Eddine El Othmani se dit confiant quant à l’aptitude de quelques cadres du parti à assumer une responsabilité ministérielle.
Doit-on inscrire la récente visite d’une délégation du PJD chez leurs homologues turcs du même nom dans le cadre de la préparation à la gouvernance ? "Peut-être, toujours est-il que cela entre d’abord dans le cadre de la diplomatie partisane sur laquelle le roi a insisté récemment", s’entend-on répondre au PJD. Pour sa première "mission diplomatique", le PJD a plutôt bien choisi sa destination, puisque quelques jours seulement après le retour de la délégation du parti, le Premier ministre turc visitait le Maroc pour officialiser l’accord de libre-échange entre les deux pays et inaugurer de nouvelles liaisons aériennes. De plus, ce n’est un secret pour personne, l’expérience du PJD turc sert d’exemple au parti marocain. Le deuxième déplacement du parti est prévu en fin du mois de juin en Espagne, un voisin stratégique, "qui saura nous entendre, tout comme les Turcs", confie-t-on au sein de la délégation du parti qui devient ainsi un interlocuteur partisan de choix à l’étranger.
Au niveau local, le parti ne reste pas les bras croisés. Il a récemment organisé une caravane de communication qui a demarré a Marrakech pour se poursuivre jusqu’à Laayoune, Smara et Dakhla. Pendant plus d’une semaine, le PJD a tenu des meetings, rencontré les populations locales et a pris connaissance des doléances des différents secteurs pour les porter aux responsables dans les administrations centrales. Ceci tout en sachant que le PJD ne dispose pas de députés au Sahara. "Partout où ils ont été, les responsables du parti ont passé de longues heures à écouter les populations, à comprendre leurs conditions de vie, leurs aspirations, etc.", témoigne un observateur à Laâyoune. L’objectif avoue du parti étant "d’aller à la rencontre des habitants des régions reculées", une manière de court-circuiter les partis déjà établis dans ces régions.
Bref, tous les signes le disent : le PJD a rompu avec les effets négatifs du 16 mai et se prépare à réintégrer normalement le circuit politique. Dans quel cadre et dans quelle mesure ? Wait 2007 and see.


Gouvernement. Le PJD régulateur ?

Qui dit participation au gouvernement dit alliances. Une question se pose donc : qui s’alliera au PJD ? Réponse de cet analyste politique, "de nombreux petits partis gravitent autour du PJD et chercheraient a s’y allier". La référence est faite aux associations et partis islamistes marocains. Hypothèse peu réaliste aujourd’hui vu que beaucoup parmi ces petites formations sont encore à la recherche d'une légalité juridique. Sinon, deux pôles d’alliances sont possibles. Un pôle historique, qui rassemblerait le PJD et les Harakat, vu que le PJD est lui-même né d’une scission au sein de la Haraka. L’autre hypothèse parle d’un pôle conservateur où le PJD s’allierait à l’Istiqlal par exemple et pousserait à la création (enfin) d’un véritable rassemblement de gauche. Le PJD serait-il finalement le régulateur inespéré du champ politique ? Une chose reste cependant sûre : l’entrée du PJD au gouvernement sera à l’origine de changements majeurs concernant le positionnement de plusieurs partis politiques.

 
 
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