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Gouverner en 2007. Le PJD est prêt
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté
Sport. Les Lions ont encore faim
Reportage. Zoo story
Jilali Ben Salem. Mémoires d'un musicien du roi
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Gouverner en 2007. Le PJD est prêt
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté
Sport. Les Lions ont encore faim
Reportage. Zoo story
Jilali Ben Salem. Mémoires d’un musicien du roi

Par Driss Ksikes

Portrait.
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté

Le secrétaire d'état
en tenue jeune (DR)
Il est sous les feux de la rampe à cause de ses projets de ministre "engagé" ... qui lui attirent la méfiance des caciques de l’USFP. Mais son pragmatisme lui vaut l’estime du Palais. Parcours d’un socialiste qui se détache de sa famille politique à mesure qu’il tente d’en appliquer les idées.


Jamais un ministre socialiste n’a fait l’objet d’autant de discussions de salons. C’est carrément la rançon de la gloire. Mohamed El Gahs, secrétaire d'Etat à la Jeunesse, quoique efficace et inventif, ne compte plus ses détracteurs au parti.
Voulant minimiser l’impact de ses opérations-phares (Vacances pour tous, Temps du livre, Université populaire), on le dit plus préoccupé par son image qu’habité par des convictions. "Et pourtant, tout ce que je fais est d’essence socialiste", se défend-il. On trouve que le militant se fait rare, à la veille du 7° congrès prévu en juin. Il rappelle avoir des journées trop longues et des week-ends interminables, mais ne pense pas passer à côté de l’essentiel. "Ce congrès en particulier s’annonce sans enjeu", dit-il avec lucidité. On lui reproche d’être en froid avec son mentor, Mohamed El Yazghi. Il s’en défend élégamment. Mais cet ami proche traduit le fond de sa pensée : "Une fois au gouvernement, il a découvert que son chef de file manquait finalement de courage politique". On lui en veut, in fine, de préférer le parapluie royal à l’étiquette partisane. El Gahs n’aime pas ce manichéisme. "Je suis loyal au parti mais fier, par-dessus tout, de la confiance de sa majesté". Au fond, la qualité majeure du "ministre des jeunes" est d’être actif et volubile. Mais quel homme se cache derrière les mots ?

De Taza à Nancy : le fils du peuple s’émancipe
Son entrée dans la politique se fait à Taza, en 1977. Cet aîné d’une famille de neuf enfants, de père enseignant, devient à 14 ans membre actif de la section locale du parti à peine rebaptisé, USFP. Rapidement, il adjoint à sa famille biologique une famille d’idées, dont le père Abderrahim Bouabid le séduit intellectuellement. Chétif, solitaire et épris de lecture, El Gahs découvre grâce à l’homme du parti à Taza, Abdelkrim El Amrani (ex-rédacteur en chef d’Al Ahdath) un moyen de participer à la vie au lieu de la subir dans ce coin oublié du Maroc. "J’ai tout fait très vite", dit-il, pour faire taire les mauvaises langues qui le jugent "vite propulsé au devant de la scène". Une fois le baccalauréat en poche, il a déjà à son actif quelques grèves sans objet et une petite expérience d’encadrant local. Lorsqu’il arrive à Nancy en 1981, le Parti Socialiste accède au pouvoir. Le caractère du jeune homme révolté et ambitieux se façonne. Dans un premier temps, il milite exclusivement dans la section Europe occidentale de l’USFP. Il a comme mission, avec ses compères, de recruter des militants et de se maintenir au sein de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc, pour que son parti en garde au moins le contrôle à l'étranger. Bouabidiste convaincu, El Gahs se dit ouvertement "monarchiste" et "intransigeant sur la marocanité du Sahara", mais se démarque par sa capacité à argumenter. Son caractère crispé dans les débats avec la nouvelle gauche lui vaut quelques inimitiés. Il décide alors que "cela ne sert à rien de militer entre Marocains". Il n’abandonne pas la partie, mais décide de changer de cap. Avec ses frères d’armes, El Gahs intègre donc le PS via l’unef-id (organisation estudiantine social-démocrate). Il ne tarde pas à devenir membre de la commission administrative du PS et à identifier ses préférés. "Les amis de Lionel Jospin m’étaient les plus proches, parce qu’ils étaient de grands orateurs, très cultivés et prêts à agir sur le terrain". Inutile d’insister sur les traits de ressemblance. Ce militant qui n'était pas du même bord se rappelle qu’à l’époque, il a commencé à affûter ses armes : "Il savait débattre sans fin et rassembler très vite. Le jour où Yasser Arafat devait venir à Strasbourg, il a réussi à rameuter 3 autocars en un temps record". Pas de mystère, donc, qu’il sache aujourd’hui fédérer des milliers de jeunes autour du savoir ou du théâtre. Son mystère ? "Quand je les rencontre, je prêche par l’exemple. Je leur montre que si moi, fils de peuple, suis devenu ministre, c’est grâce à la culture. Pourquoi pas eux ?".

De Libé au sérail : le militant s’affirme
En 1991, El Gahs retourne au bercail, une première fois et puis s’en va. Il est déjà connu pour ses articles et ses positions sur la nouvelle gauche. Cette année-là, il vient assister au congrès national de la Chabiba et subit son premier choc politique. El Yazghi veut, alors, que ses poulains (El Gahs, Younès Moujahid et Mohamed Benabdelkader) accèdent au bureau national, mais la base acquise à l’aile majoritaire menée par Mohamed Sassi s’y oppose. Le jeune militant, venu de France avec ses amis du PS, apprend qu’en plus des idées, il faut avoir du tact et une connaissance des rouages du parti. Mais il n’en a ni la patience ni l’envie. Il accuse les coups bas et revient, deux années plus tard, avec l’étiquette du journaliste, fort d’une expérience au Parlement européen à Strasbourg. Il atterrit à la tête de Libération en novembre 1993, secondant El Yazghi avec une carte blanche pour en faire un vrai journal. Avec le temps et les résistances des hommes d’appareil, il est freiné dans son élan. Mais il gagne en notoriété, grâce à ses longs éditoriaux qui l’identifient clairement comme un "monarchiste de gauche". à la Bouabid ? Même plus. Parce qu’il croit que "même si le Maroc était une république, j’aurais milité pour une monarchie". Son zèle lui permet d’être de plus en plus visible et contesté. Il mène un duel à fleurets mouchetés avec les pro-Fquih Basri. Les "fidèles à la démocratie" au sein du parti lui en veulent de leur refuser l’accès au journal. Les yazghistes voient en lui leur porte-parole attitré, malgré quelques excès. Et, cerise sur le gâteau, il est de plus en plus apprécié par "les modernistes du sérail".
"L’influence compte plus pour moi que le pouvoir", confie-t-il. à la veille du 6ème congrès, il sent que ses écrits ne suffisent plus pour peser dans la balance. Il fallait qu’il mette la main à la pâte partisane. "L’héritage de Bouabid était menacé. Il fallait que je m’implique", confie le journaliste qui endosse, de plus en plus souvent, le froc du politicien. Au point de s'en prendre ouvertement au Journal, au lendemain de la fameuse lettre du Fqih Basri (qui accusait Bouabid de complicité avec Oufkir), parce que le propos est "plus politique que journalistique", se défend-il. Au congrès, sa mutation politique est concluante. Le départ de militants pouvant lui faire de l’ombre et sa capacité à communiquer son intelligence lui valent d’être élu à la commission administrative (une première). Sa carrière politique est alors relancée, mais il ne lie pas son dessein aux jeux d’appareil. "C’est le côté le plus détestable de la politique", pense-t-il. Et le Parlement ? "Je ne voulais pas m’engager dans la campagne électorale à Sidi Bernoussi, mais le dernier jour, à minuit, El Yazghi m’appelle pour me mettre devant le fait accompli". Discipliné, il y va pour relever le défi : remporter un siège dans un quartier populaire, là où on l’attend le moins. Et il gagne ! L’exploit ne le comble pas outre mesure. Il a fallu sa nomination au gouvernement Jettou pour qu’il se sente, enfin, estimé à sa juste valeur. Il a surtout les mains libres pour mettre en pratique sa vision des choses : séduire les jeunes, distiller la culture social-démocrate et mériter la confiance royale (cela compte énormément à ses yeux). Entre temps, son parti n’a pas l’intelligence de revendiquer les fruits de son action, alors que le Palais voit en lui la graine d’un futur leader. Tiraillé, El Gahs est de plus en plus déçu par les siens et comblé par la vision du roi : "Ses discours, un socialiste sensé n’en retoucherait pas une virgule". Ses compagnons de route au parti trouvent qu’il se place parfois "au dessus de la mêlée". Il en rit : "Cela devrait les rassurer. Cela prouve que je ne suis pas une menace potentielle pour eux". El Gahs a trouvé sa voie : celle d’un socio-monarchiste à part.


Société. Une émission-miroir

"Moukhtafoun est un programme d’intérêt collectif", dira de l’émission Réda Benjelloun. "Les histoires des autres, quand elles sont bien racontées, interpellent", dira encore Hassan Benrabeh, un des deux journalistes de l’équipe Moukhtafoun. Voilà probablement ce qui explique le succès de l’émission, qui selon le responsable des magazines de la deuxième chaîne, réalise tous les mois, l’un des meilleurs taux d’audience. Plus que cela, reflet de la société marocaine, l’émission met le doigt là où ça fait mal : mères célibataires ou prostituées considérées comme des hors la loi et forcées d’abandonner leurs enfants, parents violents à l’égard d’enfants qui préfèrent fuir et disparaître, épouses maltraitées par des maris, femmes, hommes ou enfants souffrant de troubles mentaux, non pris en charge et dont les proches ont perdu la trace… "L’émission met en évidence les hypocrisies et les dysfonctionnements de notre société dont résultent des drames qu’on ne soupçonne même pas", note Hassan Benrabeh. Des drames, qui touchent essentiellement les classes les plus défavorisées : "En tous cas, les affaires et histoires qui nous parviennent, concernent toutes des familles souffrant de misère et d’analphabétisme, dans le rural comme dans l’urbain". L’émission a décidément encore de beaux jours devant elle…

 
 
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