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Par Driss Ksikes
Portrait.
Mohamed El Gahs. Le socialiste de Sa Majesté
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Le secrétaire d'état
en tenue jeune (DR)
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Il est sous les feux de la rampe à cause de ses projets de ministre "engagé" ... qui lui attirent la méfiance des caciques de lUSFP. Mais son pragmatisme lui vaut lestime du Palais. Parcours dun socialiste qui se détache de sa famille politique à mesure quil tente den appliquer les idées.
Jamais un ministre socialiste na fait lobjet dautant de discussions de salons. Cest carrément la rançon de la gloire. Mohamed El Gahs, secrétaire d'Etat à la Jeunesse, quoique efficace et inventif, ne compte plus ses détracteurs au parti. |
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Voulant minimiser limpact de ses opérations-phares (Vacances pour tous, Temps du livre, Université populaire), on le dit plus préoccupé par son image quhabité par des convictions. "Et pourtant, tout ce que je fais est dessence socialiste", se défend-il. On trouve que le militant se fait rare, à la veille du 7° congrès prévu en juin. Il rappelle avoir des journées trop longues et des week-ends interminables, mais ne pense pas passer à côté de lessentiel. "Ce congrès en particulier sannonce sans enjeu", dit-il avec lucidité. On lui reproche dêtre en froid avec son mentor, Mohamed El Yazghi. Il sen défend élégamment. Mais cet ami proche traduit le fond de sa pensée : "Une fois au gouvernement, il a découvert que son chef de file manquait finalement de courage politique". On lui en veut, in fine, de préférer le parapluie royal à létiquette partisane. El Gahs naime pas ce manichéisme. "Je suis loyal au parti mais fier, par-dessus tout, de la confiance de sa majesté". Au fond, la qualité majeure du "ministre des jeunes" est dêtre actif et volubile. Mais quel homme se cache derrière les mots ?
De Taza à Nancy : le fils du peuple sémancipe
Son entrée dans la politique se fait à Taza, en 1977. Cet aîné dune famille de neuf enfants, de père enseignant, devient à 14 ans membre actif de la section locale du parti à peine rebaptisé, USFP. Rapidement, il adjoint à sa famille biologique une famille didées, dont le père Abderrahim Bouabid le séduit intellectuellement. Chétif, solitaire et épris de lecture, El Gahs découvre grâce à lhomme du parti à Taza, Abdelkrim El Amrani (ex-rédacteur en chef dAl Ahdath) un moyen de participer à la vie au lieu de la subir dans ce coin oublié du Maroc. "Jai tout fait très vite", dit-il, pour faire taire les mauvaises langues qui le jugent "vite propulsé au devant de la scène". Une fois le baccalauréat en poche, il a déjà à son actif quelques grèves sans objet et une petite expérience dencadrant local. Lorsquil arrive à Nancy en 1981, le Parti Socialiste accède au pouvoir. Le caractère du jeune homme révolté et ambitieux se façonne. Dans un premier temps, il milite exclusivement dans la section Europe occidentale de lUSFP. Il a comme mission, avec ses compères, de recruter des militants et de se maintenir au sein de lUnion Nationale des Etudiants du Maroc, pour que son parti en garde au moins le contrôle à l'étranger. Bouabidiste convaincu, El Gahs se dit ouvertement "monarchiste" et "intransigeant sur la marocanité du Sahara", mais se démarque par sa capacité à argumenter. Son caractère crispé dans les débats avec la nouvelle gauche lui vaut quelques inimitiés. Il décide alors que "cela ne sert à rien de militer entre Marocains". Il nabandonne pas la partie, mais décide de changer de cap. Avec ses frères darmes, El Gahs intègre donc le PS via lunef-id (organisation estudiantine social-démocrate). Il ne tarde pas à devenir membre de la commission administrative du PS et à identifier ses préférés. "Les amis de Lionel Jospin métaient les plus proches, parce quils étaient de grands orateurs, très cultivés et prêts à agir sur le terrain". Inutile dinsister sur les traits de ressemblance. Ce militant qui n'était pas du même bord se rappelle quà lépoque, il a commencé à affûter ses armes : "Il savait débattre sans fin et rassembler très vite. Le jour où Yasser Arafat devait venir à Strasbourg, il a réussi à rameuter 3 autocars en un temps record". Pas de mystère, donc, quil sache aujourdhui fédérer des milliers de jeunes autour du savoir ou du théâtre. Son mystère ? "Quand je les rencontre, je prêche par lexemple. Je leur montre que si moi, fils de peuple, suis devenu ministre, cest grâce à la culture. Pourquoi pas eux ?".
De Libé au sérail : le militant saffirme
En 1991, El Gahs retourne au bercail, une première fois et puis sen va. Il est déjà connu pour ses articles et ses positions sur la nouvelle gauche. Cette année-là, il vient assister au congrès national de la Chabiba et subit son premier choc politique. El Yazghi veut, alors, que ses poulains (El Gahs, Younès Moujahid et Mohamed Benabdelkader) accèdent au bureau national, mais la base acquise à laile majoritaire menée par Mohamed Sassi sy oppose. Le jeune militant, venu de France avec ses amis du PS, apprend quen plus des idées, il faut avoir du tact et une connaissance des rouages du parti. Mais il nen a ni la patience ni lenvie. Il accuse les coups bas et revient, deux années plus tard, avec létiquette du journaliste, fort dune expérience au Parlement européen à Strasbourg. Il atterrit à la tête de Libération en novembre 1993, secondant El Yazghi avec une carte blanche pour en faire un vrai journal. Avec le temps et les résistances des hommes dappareil, il est freiné dans son élan. Mais il gagne en notoriété, grâce à ses longs éditoriaux qui lidentifient clairement comme un "monarchiste de gauche". à la Bouabid ? Même plus. Parce quil croit que "même si le Maroc était une république, jaurais milité pour une monarchie". Son zèle lui permet dêtre de plus en plus visible et contesté. Il mène un duel à fleurets mouchetés avec les pro-Fquih Basri. Les "fidèles à la démocratie" au sein du parti lui en veulent de leur refuser laccès au journal. Les yazghistes voient en lui leur porte-parole attitré, malgré quelques excès. Et, cerise sur le gâteau, il est de plus en plus apprécié par "les modernistes du sérail".
"Linfluence compte plus pour moi que le pouvoir", confie-t-il. à la veille du 6ème congrès, il sent que ses écrits ne suffisent plus pour peser dans la balance. Il fallait quil mette la main à la pâte partisane. "Lhéritage de Bouabid était menacé. Il fallait que je mimplique", confie le journaliste qui endosse, de plus en plus souvent, le froc du politicien. Au point de s'en prendre ouvertement au Journal, au lendemain de la fameuse lettre du Fqih Basri (qui accusait Bouabid de complicité avec Oufkir), parce que le propos est "plus politique que journalistique", se défend-il. Au congrès, sa mutation politique est concluante. Le départ de militants pouvant lui faire de lombre et sa capacité à communiquer son intelligence lui valent dêtre élu à la commission administrative (une première). Sa carrière politique est alors relancée, mais il ne lie pas son dessein aux jeux dappareil. "Cest le côté le plus détestable de la politique", pense-t-il. Et le Parlement ? "Je ne voulais pas mengager dans la campagne électorale à Sidi Bernoussi, mais le dernier jour, à minuit, El Yazghi mappelle pour me mettre devant le fait accompli". Discipliné, il y va pour relever le défi : remporter un siège dans un quartier populaire, là où on lattend le moins. Et il gagne ! Lexploit ne le comble pas outre mesure. Il a fallu sa nomination au gouvernement Jettou pour quil se sente, enfin, estimé à sa juste valeur. Il a surtout les mains libres pour mettre en pratique sa vision des choses : séduire les jeunes, distiller la culture social-démocrate et mériter la confiance royale (cela compte énormément à ses yeux). Entre temps, son parti na pas lintelligence de revendiquer les fruits de son action, alors que le Palais voit en lui la graine dun futur leader. Tiraillé, El Gahs est de plus en plus déçu par les siens et comblé par la vision du roi : "Ses discours, un socialiste sensé nen retoucherait pas une virgule". Ses compagnons de route au parti trouvent quil se place parfois "au dessus de la mêlée". Il en rit : "Cela devrait les rassurer. Cela prouve que je ne suis pas une menace potentielle pour eux". El Gahs a trouvé sa voie : celle dun socio-monarchiste à part. |
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Société. Une émission-miroir
"Moukhtafoun est un programme dintérêt collectif", dira de lémission Réda Benjelloun. "Les histoires des autres, quand elles sont bien racontées, interpellent", dira encore Hassan Benrabeh, un des deux journalistes de léquipe Moukhtafoun. Voilà probablement ce qui explique le succès de lémission, qui selon le responsable des magazines de la deuxième chaîne, réalise tous les mois, lun des meilleurs taux daudience. Plus que cela, reflet de la société marocaine, lémission met le doigt là où ça fait mal : mères célibataires ou prostituées considérées comme des hors la loi et forcées dabandonner leurs enfants, parents violents à légard denfants qui préfèrent fuir et disparaître, épouses maltraitées par des maris, femmes, hommes ou enfants souffrant de troubles mentaux, non pris en charge et dont les proches ont perdu la trace
"Lémission met en évidence les hypocrisies et les dysfonctionnements de notre société dont résultent des drames quon ne soupçonne même pas", note Hassan Benrabeh. Des drames, qui touchent essentiellement les classes les plus défavorisées : "En tous cas, les affaires et histoires qui nous parviennent, concernent toutes des familles souffrant de misère et danalphabétisme, dans le rural comme dans lurbain". Lémission a décidément encore de beaux jours devant elle
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