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Par Yann Barte
Reportage. Zoo story
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L'un des lions a été éborgné
par une pierre jetée
par un enfant(DR)
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Un lion mal nourri devenu herbivore, des singes intoxiqués par des "sorcières", une hyène lobotomisée, des flamands roses devenues blancs
les zoos du royaume connaissent une multitude dhistoires danimaux
pas toujours orthodoxes.
Pas de singes crevés à chaque cage, ni de lion au tour de taille à faire rugir denvie les obsédés des régimes minceur ! La presse aurait-elle exagéré létat de délabrement des parcs zoologiques du royaume ? Toujours est-il quaujourdhui, les zoos sont peu bavards, encore échaudés par quelques articles |
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pyromanes et par leurs auteurs devenus leurs véritables bêtes noires. Bien sûr, et sans doute ici plus quailleurs, les animaux ne respirent pas la joie de vivre. Mais "lespèce humaine en captivité nest pas plus heureuse !" lance, philosophe, M. Alaoui, responsable de lorganisation de la gestion du parc zoologique dAïn Sebaâ (créé en 1928, racheté par la ville en 1973). Le parallèle serait-il inspiré par la concurrence qui existe entre lhomme et lanimal, dans les priorités de la ville ? Si le parc doit connaître en effet des réaménagements cette année, "la ville est sans doute plus préoccupée aujourdhui à reloger les bidonvillois", reconnaît le responsable.
Alors, en attendant (et sans doute pour longtemps encore), faute de place, on assiste à détonnantes cohabitations: des paons avec des poules et des pigeons, des gazelles ou des mouflons à manchettes avec des lamas, des chèvres naines avec des chameaux
"Des mélanges que lon retrouve dans la nature" assure le responsable. "Bien sûr, on ne mettra pas une gazelle avec un lion : elle risque dêtre un peu stressée
". Les mauvaises langues disent que ce sont ces cohabitations forcées qui sont à lorigine de la naissance du "Zybride" : un étonnant hybride zèbre-âne, né au zoo de Témara. Une rareté. Il existe dailleurs bien plus de noms de ce zébroïde (zébret, zebrass, dozed, donzèbre, zane
) que de lanimal lui-même ! Les responsables du zoo affirment bien sûr quil sagissait dune expérience.
"Les animaux sadaptent à tout". Et cest un fait fréquemment observé à Aïn Sebaâ : des daims se partagent un paquet de chips sur une chanson de Bob Marley (la musique diffusée par le parc dattraction installé juste derrière). Des cygnes picorent des pop corns (proposés à la vente à lextérieur comme à lintérieur du parc, en même temps que des rhinocéros et des flingues en plastique), un flamand rose plonge le bec dans un bac à ciment, des singes neurasthéniques cohabitent avec quelques rats bien plus vifs et des poneys et oryx écoutent les trains passer, privés dimage : un haut mur les séparant de la voie ferrée. Il faudrait être vétérinaire ou éthologue pour savoir si ce qui ressemble à une pelade nerveuse des cerfs est dû à lenvironnement sonore imposé par lONCF (environ un train tous les quarts dheure). Le régime alimentaire du crocodile laisse plus perplexe : des bouteilles de Sidi Ali, de Poms, de Danone vanille, des papiers de glaces et de chocolat
évidemment, "cest la faute aux visiteurs, mal éduqués". Plus que le croco mangeur de Danoun, cest le lion de lAtlas, le véritable objet de fierté du zoo dAïn Sebaâ. Après une étude sur la reproduction commencé il y a dix ans (et des premières naissances en 1997), le zoo aura contribué à la sauvegarde de ce lion mythique. On parle même dune réintroduction de lanimal dans la région dAzilal, dici 2010. Ici comme à Témara, cet animal alimente toutes les rumeurs et est lobjet de toutes les attentions. Dailleurs, lun dentre eux il y a bien des années en avait fait les frais. Le pauvre était borgne : un imbécile lavait visé avec une pierre ! Du côté de Rabat, on prétend quun lion mal nourri était devenu herbivore. "Impossible" affirment, aussi catégoriques quamusés, les responsables des deux zoos. Il ny aurait pas plus de lion herbivore que de singes marocains envoyés en Irak pour faire sauter des mines anti-personnelles. Une pure invention ! "Il devait sagir dun lion malade, avec des problèmes de digestion" suggère-t-on. Et des malades, il y en a
En 2004, 140 animaux décédaient au Parc zoologique national de Rabat : des éléphants, des girafes, des singes, des tigres, des rapaces
Les moyens manquent cruellement, mais cest le visiteur qui est cité par la direction comme cause première de ces décès. Cest vrai quil nest pas tendre avec les animaux. Et cela, dès les origines
Mohamed Chakir était assistant vétérinaire en 1970 lorsque le zoo nétait encore quune fauverie (récupérée du Palais royal). Il se souvient encore avoir ramassé le lendemain de louverture du zoo de Témara au public (septembre 1973), des monticules dobjets étranges dans la cage aux singes. "Il y avait des talismans, des mèches de cheveux
Les singes habituellement très actifs étaient immobiles et souffraient de diarrhée. Lun dentre eux avait été retrouvé mort. Lautopsie avait confirmé lempoisonnement".
Le vétérinaire a vu passer de drôles doiseaux : comme cette jeune femme instruite qui essayait de lui soutirer des poils de lion ou cette vieille femme qui lui avait demandé où se trouvaient les hyènes : "Je te jure mon fils cest pas pour faire de la sorcellerie à mon mari ! mavait-elle dit". Comment ne pas se souvenir de la hyène de Témara au crâne fracassé dont on avait retiré la cervelle, plus prisée encore en sorcellerie que ses poils ou ses excréments ? Elle avait eu encore moins de chance que lâne dont on avait coupé la langue, sur recommandation dun fqih. Le visiteur nest pas très prudent non plus. En février dernier, à Rabat, un jeune Tangérois de 21 ans sest fait mordre par un hippopotame après avoir franchi deux barrières et escaladé un mur de 1,20 mètre.
Longtemps, les zoos ont fait des petits trafics. En 1999, on découvrait justement un étrange commerce de viande dâne quun tenancier de gargote servait sous forme de merguez dans un quartier populaire de la capitale. Un préposé à la nourriture des fauves était, dit-on, de mèche avec le vendeur de saucisses dâne qui sétait taillé la part du lion. Plus récemment, lassociation "SOS magots" alertait les médias contre la vente illégale des singes magots et la participation du zoo dAïn Sebaâ au trafic de lespèce protégée. Ces singes sont aujourdhui victimes dune mode en France (ce sont les nouveaux pitbulls, utilisés comme animal de combat ou de compagnie) et dun désintérêt possible des administrateurs des Eaux et forêts à légard de ces destructeurs de cédraies. Mais pour M. Alaoui qui ne veut pas sétendre sur le sujet, "Si on souhaitait vraiment supprimer des magots trop nombreux, on introduirait des panthères. Cest la règle en la matière : lintroduction des prédateurs. Ici, le seul commerce autorisé est celui des animaux que lon trouve au souk : lapins, poules, chèvres, pigeons
".
Pour Mohamed, assistant vétérinaire, les débuts du parc de Rabat, sétait beaucoup de tâtonnement. "Comme le jour où les flamands roses étaient devenus blancs. Jai tout essayé et ce sont finalement des aliments avec du piment rouge en poudre qui leur ont redonné leur couleur
". Mohamed avait plus de difficulté à rendre compte de la gestion. Les employés qui s'occupent de nourrir les animaux voyaient passer tous les jours des bananes, des figues, des dattes, du miel, des vitamines, des sels minéraux, des lapins, des légumes de toute sorte
"Alors même que leurs enfants étaient nourris au pain et au thé. Beaucoup de choses disparaissaient". Mohamed avait fini par démissionner. à Aïn Sebaâ aujourdhui, la politique est simple et juste : "On ne peut tout vérifier, mais tant que lanimal est en bonne santé, ça va" résume Alaoui. |
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Nos zoos en chiffres
Aïn Sebaâ (créé en 1928, racheté par la ville en 1973)
- Superficie : 2 hectares
- Nombre danimaux : Environ 600 (60 à 70 espèces / 3000 DH dépensés par jour en moyenne pour la nourriture)
Témara (créé en 1969)
- Superficie : 52 hectares
- Nombre danimaux : Environ 2000 (2 tonnes daliments par jour, 700 par an)
- Nombre de visiteurs : 400.000 en 2004 (3.700.000 DH de recettes )
- 22 gardiens et 56 ouvriers
- 154 sorties danimaux (vendus ou échangés en 2004) |
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