À Paris, les tenues de ces demoiselles sont beaucoup plus décentes qu'au Maârif
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem débarque à Orly dans un état desprit que lon peut qualifier sans hésiter de conquérant. Les formalités de police et de douane sont expédiées en quelques minutes, et Zakaria Boualem embarque dans lOrlyval de pied ferme en se demandant pourquoi ce qui est compliqué chez nous est simple ici. Implacable, il poursuit son périple dans le métro. Au détour dun couloir, il aperçoit une plaque commémorative qui explique que cette station du métro parisien Charles de Gaulle étoile de son prénom date de 1900. Oui, 1900
Par la force de cette seule information, beaucoup de choses séclairent dans lesprit du Guercifi, qui décide aussitôt de sabstenir durant tout le reste de son séjour de toute comparaison entre Paris et Casablanca, la France et le Maroc, et même la station Charles de Gaulle-Etoile et Guercif. Soudain, un musicien de rue surgit dans la rame de métro. Il entame au violon une longue complainte déchirante et en si mineur librement adaptée du répertoire chaâbi français. "Mesdames et Messieurs, je suis un chômeur en fin de droit, mes enfants souffrent. Merci de maider à les nourrir convenablement. À votre bon cur, amoureux de la musique !". Il sagit, vous lavez compris, dune version locale et laïque (sans doute à cause de la loi sur le voile) de notre célèbre : "Chi sadaqa a ibad Allah, Allah y khellilkoum lemmouima". Les passagers font comme si rien ne sétait passé. Zakaria Boualem, lui, ne saurait (faire comme si rien ne |
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sétait passé, comprenez
). Surpris par lélocution du musicien et conquis par le si mineur, il décide de faire un geste. Il plonge la main dans sa poche et tend à lhomme la plus petite pièce quil trouve, à savoir cinquante centimes dEuro. Au moment où le musicien chômeur les empoche, Zakaria Boualem réalise quil vient de lui donner six dirhams. Allez savoir pourquoi, il trouve que cest beaucoup. Il se pose aussi beaucoup de questions sur la notion de "chômeur en fin de droit". Elle implique que les droits en question ont existé à un moment ou un autre. Zakaria Boualem soupçonne même les droits en question de dépasser ses émoluments dinformaticien bancaire. Du coup, il regarde lhomme différemment et se trouve même sur le point de lui demander sil accepterait un bendir dans son orchestre qui, à la réflexion, manquait singulièrement de percussion.
Zakaria Boualem, qui a soigneusement préparé son déplacement, débarque à la station Opéra, et rallie son hôtel en moins de temps quil ne faut pour lécrire. Il note au passage que sa valise à roulettes trouve enfin toute sa raison dêtre. Elle roule en effet sur le trottoir parisien, alors que Casablanca dans sa totalité ne présente pas une seule surface suffisamment plane pour y exercer cette activité. À lhôtel, laccueil est courtois. Zakaria Boualem sinstalle dans sa chambre et, depuis la fenêtre, observe la rue. La première chose quil remarque, cest la tenue des demoiselles définitivement plus décente quau Mâarif. Alors quil sattendait à un délire érotique, il se trouve très déçu par lattitude et la pudeur de la passante parisienne. Pas la moindre charge émotionnelle ou sexuelle dans le regard, peu de maquillage, aucun déhanché langoureux
Que se passe-t-il ? Est-ce Casablanca qui est exceptionnellement chaude ou Paris qui est froide ? Les Français, dont on raconte quils se convertissent en masse à lislam, auraient-ils adopté la pudeur et la retenue comme valeur principale, contrairement à ce que semble indiquer le TPS piraté ? Lui aurait-on menti ? Il décide aussitôt de descendre dans la rue enquêter sur la passante parisienne, sans la moindre arrière-pensée lubrique. Il sagit, vous laurez compris, dune curiosité de sociologue
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