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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Basri : rumeurs et chuchotements

Driss Basri et son fils
Tawfiq à Paris(AFP)
Sauf surprise, Driss Basri, qui vient d’obtenir passeport et carte de séjour en France, ne devrait pas rentrer au pays avant trois mois. Il reste en France où une intervention chirurgicale est au programme.


La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, vendredi dernier. Driss Basri serait rentré, la veille, au Maroc, accompagné de l’un de ses fils, Tawfiq. Les deux hommes auraient atterri à Casablanca jeudi soir avant de prendre la route pour Rabat, là où la famille possède une villa sur la route des
Zaers. Motif de ce retour en catimini : la célébration (décalée de plusieurs semaines) du baptême du petit fils de Basri, Zakaria, le premier-né de Soukaïna, qui a vu le jour aux états-Unis où sa mère était en voyage. Rapidement, cependant, la nouvelle sera démentie. Aux aéroports de Casablanca, comme de Rabat, aucun Driss Basri n’a été enregistré parmi les arrivants. Seul Tawfiq est rentré effectivement de France. Samedi, quelque part à Rabat, la célébration du baptême a bien eu lieu, mais chez le père du nouveau-né. Les membres de la petite famille Basri ont assisté à la cérémonie, à l’exception de Driss, resté en France, et de son fils aîné Hicham qui passe son temps entre l’Europe et les états-Unis. L’ancien vizir n’est donc toujours pas rentré. Il est en France où, nous assure une source proche, "il devrait incessamment subir une intervention chirurgicale (sur le foie)". Aucune date n’a été précisée, en revanche, ni pour l’intervention en question, ni pour un éventuel retour au Maroc attendu dans les suites de l’opération chirurgicale. Contacté par téléphone, Basri a refusé de confirmer l’information, se contentant de rappeler que "rien ne s’oppose à un retour au Maroc" et qu’il restera, pour toujours, "un homme d’état, qui a été le compagnon de Hassan II". Aucune information, non plus, sur la teneur réelle des informations souvent contradictoires sur le dossier Basri : "La presse m’a déjà tué une fois, en annonçant que j’étais mort, alors…". Alors tout ce qui concerne son cas est à prendre avec des pincettes.
Une chose est sûre, au milieu de toutes ces incertitudes : Basri vient, nous apprend cette autre source, d’obtenir – enfin – une carte de séjour de trois mois délivrée par les autorités françaises, et ce pour "raisons de santé". Avec le passeport fraîchement renouvelé (le 18 mars) et le titre de séjour en poche, tout se passe comme si les autorités marocaines s’accordaient un délai de réflexion de trois mois concernant le dossier Basri. La vraie-fausse nouvelle qui s’était répandue sur son retour au Maroc, le week-end dernier, a peut-être servi de test, de révélateur (quelle serait la réaction de la rue ? Des ONG ? De Basri lui-même ?), avant d’envisager éventuellement un retour effectif. Il n’est d’ailleurs pas exclu que cette rumeur soit partie de milieux proches du Palais. Même si l’intéressé a déclaré, dans un journal marocain, qu’il souhaitait se rendre à la aâqiqa (circoncision) du prince Moulay Hassan, du 13 au 14 avril prochain à Rabat, il y a peu de chance que cette requête soit exaucée. Basri devrait rester en France, au moins jusqu’au déroulement de la supposée intervention chirurgicale qui reste enveloppée de tous les mystères. Le contexte de cette opération et la prise en charge royale largement mise en avant rappellent étrangement les conditions dans lesquelles Basri a été, la première fois, exilé en France en 2003. Dans un cas comme dans l’autre, la "maladie" de Si Driss ressemble bien à un sauf-conduit.
Tout ce remue-ménage autour de Basri a commencé au moment de la récente visite de Mohammed VI à Paris. Le roi a-t-il prêté l’oreille à Jacques Chirac, ou à Charles Pasqua, comme certains le soutiennent, ou à un intermédiaire saoudien, très proche de la dynastie régnante, qui aurait joué aux bons offices comme l’affirment d’autres ? Toujours est-il que le souverain a enfin donné son feu vert pour le renouvellement du passeport de Driss Basri, qui s’est entretenu peu avant avec un émissaire spécial du roi, Mounir Majidi en l'occurence. Dans tous les cas, depuis cet heureux dénouement, Basri semble avoir mis un bémol à ses sorties médiatiques, désormais moins polémisques. Depuis cette date, également, certains milieux relèvent la froideur encore plus prononcée qui caractérise les rapports de Majidi avec l’autre homme fort du Palais, Fouad Ali El Himma qui, dit-on, verrait d’un mauvais œil le retour en grâce de Basri. C’est dire si l’enterrement de la hache de guerre entre Basri et certains de ses adversaires n’est pas forcément acquis.

 
 
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