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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Retrouvailles. Bouteflika attendu au Maroc

(AFP)
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika serait attendu en début de semaine à Fès pour un sommet en tête-à-tête avec Mohammed VI. Il devrait assister dans la foulée à la cérémonie de circoncision du Prince Moulay El Hassan, prévue du 13 au 15 avril. Une source nous a précisé que ce serait ainsi le départ donné à une série de rencontres des deux côtés qui seraient couronnées par une grande fête, prévue à Figuig, à l’est du pays, en juillet 2005. Bien que non officielle au moment où ces lignes sont écrites, cette information paraît par ailleurs étayée par plusieurs indices. Le 5 avril déjà, une délégation de la DGSN conduite par le patron des renseignements généraux Abdejalil
Abdoune a effectué une viste de travail à Oujda. Abdoune, qui était accompagné de plusieurs directeurs centraux, s’est enquis de visu de l’état des bâtiments de la DGSN sur la frontière de Zouj Bghel et des installations sécuritaires au niveau du port de Ben Nsar à Nador. Comme il a listé les besoins en hommes et en matériel que nécessitera l’ouverture prochaine (qui serait possible dans quelques mois, selon Bouteflika, cité le même jour par un journal parisien) des frontières entre l’Algérie et le Maroc. Un autre indice est l’intérêt aussi soudain qu’important pour toute la région est du pays, qui bénéficie désormais d’une agence de développement conduite par Mohamed M'barki et du lancement d’un projet d’autoroute reliant, sur 320 km, une autoroute Oujda à Fès.


Dilemme. Le vrai-faux discours royal

Est-ce la MAP qui s’est plantée ou la bourde provient-elle du ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie ? Dimanche dernier, un communiqué de l’agence de presse officielle annonçait un discours du roi pour le lendemain à 13 h. Lundi, c’est un autre communiqué de la même agence qui annonce qu’il n’y aura pas de discours. La MAP a même fait son mea culpa précisant qu’il s’agissait d’une erreur de sa part ! Ce qui n’est pas si sûr, la thèse de l’annulation du discours paraissant au moins aussi plausible. Dans tous les cas, cela rappelle étrangement l’affaire Gbagbo où on avait fait endosser à la MAP la paternité de l’information qui a failli conduire la côte d’Ivoire et le Maroc à une rupture de leurs relations diplomatiques.


Propagande. Télé Polisario

La réplique du Polisario ne s’est décidemment pas fait attendre. Quelques mois seulement après le lancement de la télévision régionale de Laâyoune, le journal algérien El Watan nous apprend que "RASD TV émettra officiellement à partir de novembre 2005". Une télévision officielle du front Polisario donc, financée par des ONG espagnoles et qui émettra dans un premier temps une heure par jour dans un rayon de 40 km2. Un passage au satellitaire est déjà prévu. "Avec 40 Km2 à la ronde, cette télé ne couvrira que quelques camps au sud algérien et ne pourra être captée au Maroc", nuance cet observateur local.


Terrorisme. Mejjati mort à Riyad

Abdelkrim Thami Mejjati aurait péri dans les derniers affrontements de Riyad qui ont opposé les forces de sécurité saoudiennes et des activistes d'Al-Qaïda. Soupçonné d’être le cerveau du Groupe islamique des combattants marocains (GICM), il était recherché pour terrorisme par toutes les polices du monde. Mejjati, qui faisait l’objet de recherches acharnées des états-Unis, de l’Arabie saoudite, de l’Espagne et du Maroc est soupçonné d’être, à la fois, derrière les attentats de Casablanca et de Madrid. Né à Casablanca, ce médecin de 37 ans était devenu l’un des disciples d’Oussama Ben Laden.


Cérémonie. Opération mille zizis II

Alors que les listes des enfants qui devront être circoncis avec le prince Moulay Hassan sont closes, les autorités locales sont débordées par les demandes de familles, pas nécessairement dans le besoin. Côté cour : les familles voudraient seulement avoir le privilège d’avoir leur fils circoncis le même jour que le prince. Le côté jardin est moins reluisant : malgré le conseil des associations et de nombreux médecins, les délégations de la santé n’auraient pas jugé nécessaire de faire passer à tous les enfants le test sur l’hémophilie. Quand on sait que circoncire un hémophile, c’est le condamner à mort, on tremble autant pour les quéquettes de ces milliers d’enfants que pour leurs vies.


TelQuel. Bouhcini acquité

Victoire ! Inculpé de trafic de stupéfiants après sa contribution à notre dossier "Drogue, au cœur du trafic" (TelQuel n° 155), notre collaborateur Mohamed Bouhcini a été innocenté, jeudi 7 avril, après un marathon judiciaire qui aura duré près de 4 mois. Le tribunal de Ouezzane l’a finalement lavé de tout soupçon, après les plaidoiries tonitruantes de ses avocats, MMe Mohamed Ghoudane, Lahbib Hajji et Ahmed Bengelloun. Les 3 hommes en noir ont sorti l’affaire du cadre étroit auquel voulait la restreindre le procureur général. Il ne s’agissait pas de trafic de drogue, mais bel et bien d’une tentative de vengeance de milieux non identifiés contre un homme qui avait aidé la presse à lever le voile sur les circuits de la drogue dans le Nord. à noter que durant tout le procès, le procureur… n’a pas ouvert la bouche une seule fois !


Mohammed VI. Visite (et sanction) surprise

Mohammed VI a effectué une visite surprise à l’orphelinat de l’association musulmane de bienfaisance à Casablanca, le week-end dernier. Le constat fut brutal : les pensionnaires y vivaient dans des conditions sordides. Le même jour, une enquête est ouverte. Le dimanche, les travaux de rénovation de l’orphelinat débutent. Le lundi, un nouveau comité de gestion et une commission interministérielle planchent sur un projet de loi… 500 centres de ce type existent au Maroc, ils sont gérés sans contrôle financier. Abderrahim Harouchi en 2004, et Yasmina Baddou en 2002, avaient déjà effectué deux inspections surprises à Aïn Chock. Ils avaient pu voir ce qu’à vu le roi. L’Entraide Nationale, un des bailleurs de fonds de l’orphelinat, avait, quand à elle, suspendu le financement de l’association en 2001, suite aux résultats d’un audit qu’elle avait commandité. Les médias avaient, de plus, déjà traité des conditions de vie déplorables des pensionnaires de Aïn Chock. En montrant sa "surprise", le roi savait déjà à quoi s'en tenir.


Sciences-Po. Parité pour les Marocains

La prestigieuse école française Sciences Po ouvre, à partir de la rentrée prochaine, une antenne à Menton, au Sud de la France. Le premier cycle y est consacré au Moyen-Orient et à la Méditerranée. Les bacheliers du monde arabe, marocains inclus, peuvent y accéder sur dossier de candidature et entretien sans subir le système discriminatoire des quotas. Mieux, "les bacheliers marocains, issus de l’école publique, sont traités sur le même pied d’égalité, que leurs compatriotes ayant passé le bac français à partir des écoles de la mission", explique la directrice adjointe des relations internationales à l’école, Ruth Grosrichard. Sachant que ce cycle délocalisé a la même valeur que celui de Paris et que l’enseignement s’y fait aussi en arabe, l’aubaine est de taille.


Bilan. Jettou jauge sa majorité

Le Premier ministre prépare actuellement le bilan du gouvernement pour le présenter à sa majorité. La date du 18 avril a été retenue, après plusieurs reports de dernière minute. Pour l’anecdote, la rencontre entre Jettou et sa majorité se fera hors Parlement. Le Premier ministre présentera les réalisations du gouvernement depuis sa nomination ainsi que les perspectives attendues à l’horizon 2007. Jettou prépare ainsi le terrain à l’appui parlementaire pour les projets à venir. Après les tumultes qui ont entouré le choix du président de la première chambre (du Parlement), Jettou a besoin de consolider les rangs de son gouvernement.


Presse. Mouvements à la MAP

Mohamed Benkerroum, le Directeur administratif et financier de l’agence MAP a été relevé de ses fonctions, la semaine dernière. Selon des sources internes, ce licenciement serait lié à la convocation de ce dernier à deux reprises par le juge d’instruction Bouabid, dans les suites du dossier Fenjiro. Pour rappel, cette affaire est liée à une série de malversations financières qui auraient été commises au niveau du bureau de Rome à l’époque où Abdeljalil Fenjiro s’occupait des destinées de la MAP. Dans la foulée, les chefs des bureaux internationaux de Montréal, Rome, Genève, Abidjan, Ankara et Damas ont été rappelés à Rabat.


El Ouali. Assassiné ou suicidé ?

Le fondateur du Polisario, Mustapha El Ouali, vient d’être réhabilité, de belle manière, par l’hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra. Des intervenants marocains, comme Ahmed Herzenni, y rappellent pour la première fois qu’il n’était pas pour l’indépendance du Sahara ni pour la manipulation algérienne. L’enquête menée par Ali Anouzla soulève surtout un gros lièvre. Cet homme s’est-il suicidé (comme on l’a lontemps cru) ou a-t-il été assassiné ? Le fait d’avoir été délaissé en Mauritanie laisse planer une ombre de doute que l’on pourra difficilement dissiper.


Rapport. La religion pour réprimer

Le nouveau rapport du PNUD sur la liberté et la bonne gouvernance dans le monde arabe est tombé. Il semble beaucoup plus critique que les précédents. Un gros pavé de 250 pages diffusé à partir de Amman en Jordanie, qui appelle les gouvernements arabes (dont le marocain, évidemment) à "accélérer les réformes démocratiques pour éviter des troubles internes". Au menu des réformes, on note une grande première. Les auteurs du rapport estiment en effet que "la référence au religieux protège les pratiques du pouvoir de toute critique et opposition, puisque les dirigeants sont agréés par Dieu". Les auteurs mettent aussi en garde contre des soulèvements populaires chaotiques, selon le scénario le plus grave, si les gouvernements arabes tardent à se réformer…


Chanson. Adieu Fatna

La chanteuse populaire Fatna Bent L’houcine, est décédée en milieu de semaine à l'âge de 70 ans, dans sa ville natale de Sidi Bennour (province d'El Jadida). Tout le monde se rappelle de ses prestations à la TVM durant les années 70. La chanteuse compte à son actif une centaine de chansons populaires. Pendant plus de 40 ans, elle a su mettre en place une véritable école de la Aïta. Interprétée par les chikhate, ses chansons ont fait notamment le bonheur des fellahs des Doukkala. C’est à l’occasion du moussem de Moulay Abdallah que la chanteuse se produisait chaque année avec sa troupe Oulad ben Aguida, pour le bonheur des cavaliers de la fantasia.


3 questions à Jilali Ferhati (Réalisateur de Mémoire en détention)

Votre dernier film parle des années de plomb à travers un personnage amnésique. Est-ce une invitation à tout oublier ?
L’idée me hante depuis 7 ans. Je voulais faire un film sur un personnage qui ne se souvient de rien, mais je ne savais pas encore ce qu’il devait oublier. Puis m’est venue de mettre en scène l’idée d’une ex-victime qui veut tourner la page. J’ai voulu faire passer le poids du passé par l’émotion, sans discours. C’est plus la mémoire du corps que celle des mots qui prime là dedans.

Ne vous reconnaissez-vous pas dans les films réalistes effectués sur cette période sombre ?
à chacun sa démarche, sa façon de réécrire le passé. Personnellement, j’avais peur de la confrontation. N’ayant pas vécu cette souffrance dans ma chair, j’aurais du mal à la restituer. Et puis, par pudeur, je ne voulais pas trop rappeler les choses à ceux qui en ont souffert. En plus, la suggestion peut avoir un effet émotionnellement plus fort sur le spectateur.

Quels souvenirs personnels gardez-vous de ces années là ?
J’étais à Paris entre 68 et 78. Je venais au Maroc et j’avais bien sûr des amis qui en avaient pâti. Ce que j’en garde comme souvenir est incarné par ce jeune, dans le film, qui représente une deuxième génération sacrifiée. Il est, comme le vieux amnésique, à la recherche de son passé parce qu’il en a été privé.



Billet : Bureaucratie universitaire (par Driss ksikes)

Il y a des signes qui en disent long sur notre état de léthargie avancée. Tenez cette histoire, qui semble banale de prime abord. La scène se passe à l’Institut universitaire de recherche scientifique (nous en avons un (fort délaissé). L’anthropologue Abdelhaï Diouri y dirige depuis 15 ans l’un des rares séminaires, fort prisé sur le symbolique. Des intellectuels de renom y prennent part (Abdelfettah Kilito, Abdeslam Cheddadi, Abdelhay Mouden …). Aujourd’hui, la nouvelle directrice, Amina Aouchar, lui interdit de maintenir cet îlot de débat ouvert, interdisciplinaire (et singulier du reste) sauf si les séances se tiennent "durant les heures administratives". C’est du jamais vu. Qu’un responsable veuille enfermer un espace de chercheurs dans le carcan obsolète des heures de bureau est d’un anachronisme risible. Si cet incident était isolé, cela aurait pu être interprété comme la maladresse d'une novice, encore rigide. Mais ce réflexe semble devenir endémique dans les institutions universitaires. Tenez cette autre histoire. Trois chercheurs fort consciencieux, Mohamed Tozy, Hassan Rachik et Abderrahmane Lakhsassi ont initié une expérience inédite de compagnonnage de jeunes doctorants. Le doyen de la faculté de droit à Aïn Chock (loin d’en apprécier la portée) ne les autorise pas à utiliser un espace permanent dans l’enceinte de l’institution. Résultat, ils se sentent obligés de louer un appartement pour mener à bien leur projet, pourtant considéré par le ministère de tutelle comme un pôle de compétence. Plusieurs autres couacs bureaucratiques du même acabit se perpétuent dans nos universités, au grand dam d’individualités qui s’émancipent hors de l’université, mais ne s’en détournent pas. Ils réalisent que l’université, à force d’être hors société, devient hors temps. Surtout lorsque persistent, à sa tête, des pôles d’incompétence.



Billet : Une histoire de paradis (par Karim Boukhari)

A sa manière, la mort du pape a relancé le débat sur le paradis. Oui, le paradis. La question a traversé bien des familles marocaines : "Papa, maman, où ira désormais le pape : au paradis parce qu’il était un saint-homme ou en enfer parce qu’il n’était pas musulman ?". Imaginez le désarroi du pauvre papa obligé de chambouler les certitudes du petit, chopées à l’école ou à la rue, voire à la mosquée pour les plus fidèles. "Non mon fils, ce n’est pas parce que le pape n’était pas musulman qu’il ira en enfer". Imaginez la tête du petit, qui n’en revient pas : "Mais, papa, les non-musulmans sont des impies, et les impies iront en enfer". Cet échange digne des guignols de l’info sur Canal + est tombé comme un couperet sur la tête de certains pères de famille, au Maroc et probablement dans d’autres pays musulmans…
En parlant de tête, imaginez votre coiffeur devisant sur le pape, le paradis et l’enfer, pendant qu’il joue des ciseaux au-dessus de votre crâne. "Pour moi, ce pape spécialement est un grand homme, dommage qu’il ne se soit pas converti à l’islam avant sa mort". Le pire, c’est lorsque le coiffeur vous pointe les ciseaux à quelques centimètres du visage, et vous demande votre avis : "N’est-ce pas, cher monsieur?". Vous pouvez dire non, ou simplement opiner et risquer au mieux une blessure involontaire à l’œil. Ou alors vous hochez la tête pour balancer un oui silencieux et résigné, comme lorsque votre grand-père vous demandait si vous aviez –enfin- appris par cœur la sourate de la baqara…Ben oui, le Maroc est un pays compliqué. Il y a la famille, l’école et la mosquée qui vous apprennent des choses, et puis la rue, la tête, et certaines lectures qui vous apprennent tout à fait autre chose. Sur le paradis comme sur le reste.



Vite !

Le général de division Hosni Benslimane s’apprêterait-il à quitter la gendarmerie nationale ? Les rumeurs qui courent à ce sujet se nourissent du lancement, sans préavis, d’une vaste opération de recensement de matériel au sein de cette institution militaire. "Cela ne se fait jamais, sauf s’il y a un gros départ en vue", confie cet homme de la maison.

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Le président malgache aurait failli au protocole lors de sa visite au tombeau de feu Mohammed V. La "bourde" aurait été remarquée par la partie marocaine, mais passée sous silence pour ménager la susceptibilité du précieux invité. Madagascar vient de geler sa reconnaissance de la RASD. Selon les officiels marocains, seule "une quarantaine de pays" continueraient de reconnaître la "république sahraouie".

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Le commissaire Fadel Aatallah, vainqueur du "grand prix de la Nouvelle" co-organisé par TelQuel, les éditions Tarik et la BMCI, a été reçu par Hamidou Laânigri, et félicité pour sa distinction. Depuis que nous lui avions conseillé de démissionner, au lendemain du 16 mai, le général continue de ne pas aimer TelQuel. Au moins, maintenant, nous avons un ami en commun.
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Les Américains, ce n’est pas nouveau, s’intéressent au Maroc. Quinze agents du FBI ont été chargés par leur hiérarchie de tâter le pouls de la rue marocaine. Installés dans un immeuble discret de l’Agdal à Rabat, les agents US sillonnent les villes et les douars pour effectuer des sondages sur des questions liées à la politique, la monarchie, l’économie et le social.

 
 
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