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Par Khalid Tritki
Salaires. Et si on libéralisait le SMIG ?
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Driss Jettou, Premier minstre (AFP)
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Des voix au patronat réclament le décloisonnement du salaire minimum. Pour certains, cest une dérive dangereuse, pour dautres cest une mise en conformité avec la réalité du terrain. Et pour le gouvernement ? Silence radio.
Si le SMIG (le salaire minimum interprofessionnel garanti) nexistait pas, on ne laurait certainement pas inventé. Tout laisse croire que, bientôt, le débat sur la réforme de la législation du travail sera entamé. Les horaires de travail, la syndicalisation des salariés, la flexibilité de lemploi
Tout y |
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passera. Et encore une fois, lemblématique question du SMIG sera au centre dun débat passionné. En tout cas, des prémices le laissent entrevoir. La preuve : lassociation marocaine des industries du textiles et de lhabillement (Amith) a proposé au Premier ministre un SMIG régional. Dautres sources ciblent, carrément, la libéralisation du SMIG. Rien que ça ! Des conseillers du Premier ministre nient avoir reçu une demande en ce sens. Cela se comprend, le dossier est sensible et il faut éviter de chatouiller le dragon avant de lavoir apprivoisé. Du côté des syndicats justement, aucune discussion na encore été entamée. Plusieurs sources syndicales affirment avoir eu vent de la libéralisation du SMIG (ils ne sen étonnent pas, dailleurs) et attendent que le gouvernement les saisisse à ce sujet. Mais dores et déjà, les centrales syndicales affichent un niet catégorique à une telle mesure. Et elles ne sont pas les seules.
La libéralisation repose tout bonnement sur la disparition du minimum de rémunération garanti. La loi impose en effet un minimum vital. Lexpression ne date pas daujourdhui. Nous la devons à lécole classique de la pensée économique (19ème siècle). Selon cette théorie, un bon travailleur a besoin dun minimum de salaire qui corresponde à ses besoins les plus élémentaires. Depuis, la définition a quelque peu évolué pour se politiser davantage. Mais sur le fond, la règle est que la rémunération colle au niveau de vie du moment en tenant compte de la conjoncture. Les organismes internationaux ont fait de cette théorie leur leitmotiv. Sur le plan législatif, le Maroc adhère à ce principe. Dans les textes uniquement. La réalité est toute autre. "Simplement parce que nous savons tous que dans certains secteurs industriels, quelques patrons nhésitent pas à employer du personnel en dessous du SMIG légal et sans aucune déclaration sociale, SMIG libéralisé ou pas. Si nos produits ne sont pas compétitifs, ce nest pas la libéralisation du SMIG qui va y changer quelque chose", martèle Bouchaïb Serhani, consultant chez Gesper Services. Ce dernier met, en effet, le doigt sur lun des arguments les plus avancés pour soutenir lidée de la libéralisation. La disparition de la rémunération minimale est motivée par la compétitivité du Maroc. "Nous perdons des emplois parce que les investisseurs partent ailleurs (au Sri lanka, en Chine
). Nous pouvons les garder chez nous et en inciter dautres à venir si le SMIG est aligné sur celui de nos concurrents", soutient un opérateur de textile. Jamal Belahrech, patron de Manpower, ne partage pas cette position. Pour lui, "la législation est déjà mise à mal par les dépassements du terrain. Aller jusquà éliminer le SMIG, cela ouvrira la voie à des abus que personne ne peut maîtriser". Dautant plus que, selon ce spécialiste du travail temporaire, "La compétition nous oppose davantage aux pays de lEurope de lEst dont le SMIG dépasse le nôtre avec des conditions de vie meilleures". Sans oublier que "le SMIG est déjà libéralisé" conclut-il.
Le SMIG réel tombe à 1200 DH
Selon les statistiques de la CNSS, 80% de la masse salariale déclarée touche moins de 3500 dirhams. Le cur de cible de la libéralisation se situe à ce niveau. Mais là, nous sommes dans le secteur structuré. Lautre vérité amère fait état dun SMIG parallèle ne dépassant pas 1200 dirhams. Selon des sources proches de lUMT, sur les 500.000 travailleurs que compte le secteur agricole, moins de 10% touchent le salaire minimum légal. Lindustrie ne fait pas mieux. "La pratique du recrutement de stagiaire, ramène le salaire à 500 dirhams par mois, alors que le taux de production par personne est le même que celui d'un employé confirmé", renchérit une source syndicale. Bouchaïb Serhani va encore plus loin, en affirmant que les déclarations à la caisse sociale révèlent des aberrations. "Lanalyse des déclarations donne la fausse impression que des entreprises fonctionnent à temps partiel. En fait, celles-ci ne déclarent que le taux horaire qui les arrange, alors quelles tournent, en réalité, à plein régime". La question qui se pose est celle de savoir sil serait judicieux de libéraliser officiellement le SMIG, pour saligner sur les pratiques du marché. Hammad Kessal, président de la fédération de la PME, est catégorique : "Cela porterait atteinte au pouvoir dachat dune population déjà en situation précaire. Nous voulons développer la consommation interne et non pas la réduire à néant. Et si cette libéralisation a lieu, toute la politique sociale du gouvernement sera sans substance, car elle a été bâtie sur des revenus bien déterminés". Il reste cependant loption de la régionalisation du SMIG.
Le SMIG régional repose sur le principe de la rémunération en fonction du coût de la vie. Chaque région a son rythme de dépenses et, de ce fait, requiert un traitement à part. Karim Tazi, président de lAmith est lun des défenseurs de cette théorie. "Le Maroc est en train de perdre des emplois à cause de la rigidité de sa législation sociale", souligne-t-il. Son idée est de permettre une délocalisation intra Maroc en fonction des salaires proposés. "Si un investisseur veut payer 1200 ou 1300 dirhams de salaire, il doit pouvoir le faire en s installant dans des régions où le coût de la vie est plus faible. La valeur du SMIG à Casablanca nest pas la même que celle de la région de Guercif par exemple", explique Karim Tazi. Sur la possibilité dappliquer une telle mesure, le patron des textiliens argue que Driss Jettou est moins choqué par la régionalisation du SMIG que par lexonération des charges sociales. Autrement dit, il nest pas contre. Quen est-il des syndicats ? Le mot dordre chez les centrales syndicales est luniformité des salaires. Elles ont déjà cautionné le salaire sectoriel en séparant celui de lagriculture de celui de lindustrie et elles sen mordent aujourdh'ui les doigts. |
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