La poignée de main entre
Mohammed VI et Sylvan shalom
à Rabat risque de se reproduire (AFP)
Remue-ménage autour du bureau de liaison à Rabat, confirmation officieuse de la visite annoncée de Shimon Pérès La Maroc cède-t-il aux pressions américaines ? Enquête.
Quel est le secret de cette activité fébrile au niveau du bureau de liaison israélien de Rabat ? Ces va et vient autour dune structure dont les activités sont supposées être gelées ? Cette surveillance accrue autour des bâtiments ? Sous couvert danonymat, une source nous a confié que le cambriolage, il y a quelques mois de cela, du bureau de liaison israélien de Rabat,
avait poussé lambassade de létat hébreu à Paris à dépêcher une commission denquête, qui a conclu à la nécessité dinstaurer une surveillance continue des bâtiments .
En aparté, on parle plutôt de travaux de réfection pour préparer louverture éventuelle de la représentation diplomatique dont le Maroc avait gelé les activités en 2000. Le Maroc avait à lépoque invité le chef du bureau israélien de Rabat, Gadi Golan, à cesser ses fonctions et rappelé par la même occasion, Talal Ghofrani, le représentant marocain en Israël. Aujourdhui, malgré le démenti répété des autorités officielles, il semble que tous les indicateurs penchent en faveur dune normalisation prochaine des relations entre le Maroc et l'état d'Israël.
Selon une source interne au journal Haaretz, des pourparlers secrets orchestrés par le chef de la diplomatie Sylvan Shalom se dérouleraient entre les gouvernements israélien et marocain depuis déjà plus de deux ans. Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères dIsraël, Shalom Cohen, ne serait pas étranger à ces contacts.
à lorigine de ces soupçons qui deviennent récurrents, les déclarations récentes de Shimon Pérès. La chaîne dinformation Aljazeera, citant un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères, avait affirmé qu'un "accord de principe pour le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays avait été conclu entre le roi Mohammed VI du Maroc et le vice-Premier ministre israélien Shimon Pérès qui se trouvaient tous deux à Madrid à loccasion du premier anniversaire des attentats du 11 mars 2004".
Le vice-Premier ministre israélien avait annoncé par ailleurs le dimanche 20 mars 2005, à la télévision israélienne quil avait été invité à se rendre au Maroc. Une invitation confirmée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de létat hébreu Lior Bendor qui rappelle que "Shimon Pérès qui sest entretenu avec le roi du Maroc à Madrid sur plusieurs dossiers notamment, celui concernant lévolution des pourparlers israélo-palestiniens a été invité à se rendre au Maroc. Comme ce sont nos hôtes qui doivent fixer la date de cette visite, nous attendons dêtre informés par les autorités marocaines".
Du côté officiel marocain, on dément toujours, mais avec beaucoup moins dardeur. Au niveau des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, on fuit la question. Quant au ministre délégué Taîb Fassi Fihri, il estime que "la relance des relations diplomatiques avec Israël nest pas du tout à lordre du jour. Nous avons dailleurs apporté un démenti clair et net aux rumeurs qui ont circulé dernièrement sur léventualité de louverture de représentations diplomatiques entre ces deux pays" ! Mais par ailleurs, il ne nie plus linvitation faite au responsable israélien de se rendre au Maroc. Pour le patron des Affaires étrangères, il sagit "découter tout le monde pour agir en connaissance de cause".
Du côté de la communauté juive marocaine, on ne voit pas dun bon il la précipitation apparente avec laquelle on semble gérer un dossier aussi sensible. En effet, là aussi, on suit avec beaucoup de circonspection les débats passionnés déclenchés par le réchauffement supposé des relations maroco israéliennes . Serge Berdugo résume ainsi la position de ses compatriotes: "Nous pensons que si le gouvernement marocain suit cette affaire de près, cest quil y a nécessairement une éclaircie au niveau des négociations mais nous estimons que cette ouverture doit se faire par étapes, pour accompagner le processus de paix. Nous sommes persuadés que toute initiative dans le sens dune reprise des relations diplomatiques entre ces deux pays devrait probablement, pour être efficace, préalablement attendre un progrès substantiel -ce qui n'est pas le cas aujourd'hui- de la paix au Proche-Orient et notamment dans le conflit entre Israël et la Palestine. Louverture doit tenir compte de la dignité des Palestiniens. En somme, pour nous, il ne sagit pas daller vite, mais daller loin" !
Or, pour gérer cette question brûlante des relations diplomatiques avec létat hébreu, le gouvernement marocain devra faire preuve dune ingéniosité sans pareille pour sortir de la quadrature du cercle, coincé qu'il est entre la volonté ferme des Américains dactiver ces relations et une opinion publique locale viscéralement hostile à létat hébreu. En effet, depuis le 11 septembre 2001, les états-Unis ont établi les règles pour une bonne disposition des pays arabes envers Israël appelant ces derniers à se préparer à devenir de "véritables partenaires politiques et économiques de létat hébreu".
Les organisations marocaines de soutien à la cause palestinienne, généralement bien informées, prennent dailleurs très au sérieux léventualité de la réouverture des représentations diplomatiques entre les deux pays. La FPA (lAlliance pour une Palestine Libre) fait circuler une pétition qui appelle "les Marocains désireux dune paix juste, reconnaissant le droit aux Palestiniens davoir leur propre état, à protester et à signer cette pétition". Même son de cloche du côté de lAssociation de Solidarité Maroc Palestine. Pour Bichr Bennani, membre de lassociation, "Ce qui est grave dans ces tentatives de normalisation, cest quon est en train de faire comme si Israël avait changé dattitude. Or, pour une parcelle de terrain évacuée, il y a dautres colonies qui sont mises en place. Et pour un Palestinien libéré, il y en a des centaines emprisonnés, sans oublier les assassinats au quotidien des gosses et des femmes. Pensez-vous quun criminel de guerre comme Sharon peut devenir du jour au lendemain une colombe ? Les Américains imposent à Sharon de changer de visage, mais il ne trompera personne". Les autorités marocaines seraient elles dupes ?
Monde arabe Et les autres ?
Depuis le sommet de Sharon et Abbas à Sharm-el-Sheikh, le 8 février 2005 et la rencontre de Madrid le 11 mars 2005 entre le vice-Premier ministre, Shimon Pérès et plusieurs représentants des chefs détat arabes, on ne parle plus que de normalisation.
Pèrès a rencontré le ministre saoudien des Affaires étrangères, les représentants de lAlgérie, du Soudan et du Maroc lors de la conférence antiterroriste de Madrid. Légypte et la Tunisie nont plus besoin de négocier quoi que ce soit puisque la première a déjà rétabli ses relations diplomatiques avec létat hébreu avec échange dambassadeurs et la Tunisie se dépêche de prendre de vitesse les autres pays arabes. Sur le plan diplomatique, des pourparlers secrets menés par le chef de la diplomatie Sylvan Shalom se dérouleraient entre les gouvernements israélien et tunisien depuis déjà plus dun an, et les deux parties seraient enfin arrivés à se mettre daccord.
Mais la cerise sur le gâteau, cest sans aucun doute linvitation du président Ben Ali adressée à Ariel Sharon pour venir participer à un sommet international sous légide de lONU à Tunis en novembre 2005. Quant à la Jordanie, cest aujourdhui lallié le plus précieux dIsraël. à ce rythme là, la normalisation des relations diplomatiques entre les pays arabes et létat hébreu nest plus quune question de timing.