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Par Hassan Hamdani
Photo. L'Mirikane
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Fès. Qu'importe lânon pourvu quon
ait livresse. (Abdelkrim Reddadi)
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Abdelkrim Reddadi est photographe à ses heures perdues. Il a accumulé, depuis 1985, des clichés qui reflètent la banalisation au Maroc de "l'american way of life". Quoi qu'on en pense et malgré une opinion largement hostile à l'administration Bush
Les téléspectateurs des cafés populaires sont choqués tous les jours devant le continuum des images de la guerre en Irak diffusées par Al Jazeera. Le flot des réactions verbales face à ce tout en images de lhyper puissance américaine ne laisse pas de place au doute. Les Marocains dans leur grande majorité |
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désapprouvent cette "Amérique impérialiste" qui agit comme une "puissance sioniste". Autant de formules catégoriques, rudes, scandés par des mots, entre vérités partielles et opinions partiales, pas très différentes en ce sens des news de CNN. Mais les flashs infos dAl Jazeera simpriment sur un écran de cinéma déjà bien encombré en images- presque autant quune queue devant le consulat des états-Unis, un jour de loterie green card. Dans la vie de tous les jours, lAmérique guerrière cohabite dans limaginaire collectif marocain avec une Amérique pacifique et fantasmée du "bien-être, de la vie facile et du rêve" comme la saisi Abdelkrim Raddadi. Ce photographe amateur, professeur danglais, est un bon connaisseur des états-Unis. Il travaille à Dar America, entre deux cultures, son regard est transversal. Depuis 1985, Abdelkrim Reddadi "clichete" cette "american way of life" dont rêvent les Marocains et qui s'affiche sur des devantures de magasins aux 4 coins du Maroc. Les 2000 photos rassemblées par Abdelkrim Raddadi dessine une Amérique où la capitale na jamais été la prosaïque Washington D.C, le centre du pouvoir américain, mais un lieu imaginaire, le centre du rêve marocain, situé en un point flou entre la pâtisserie Florida à Tanger, le restaurant Las Vegas à Agadir, lusine de confection Hollywood à Casablanca et la NASA, magasins de chaussures situé dans la même ville. Même le 11 septembre et la nouvelle croisade qui sen est suivie na rien changé à la géostratégie du petit commerce et très grand commerce: à la rentrée suivante 2002, 4 cartables sur 5 était à consonance américaine à Derb Ghalef. LAmérique est partout, elle se niche à chaque coin de rue. Pour sen convaincre, il suffit dentrer un nom aussi commun que Miami sur le site de lOffice Marocain de la Propriété Industrielle ( OMPI) pour que saffiche une dizaine de petits commerces ayant cette dénomination. Dont une boucherie perdue dans un quartier populaire de Berrechid. "La principale exportation des états-Unis, cest sa culture populaire au travers de ses symboles et de ses représentations" explique Abdelkrim Raddadi. Le "moul ezzeriâa" qui affiche des posters de Tom Cruise, le jeune Casablancais fier de sa casquette des Los Angeles Lakers ou le café snack Chicken Corner , vendeur de bocadillos, sont les importateurs( pas du tout exclusifs) dune série de belles cartes postales que les états-Unis leur ont exporté de "bon cur". De la sous culture, une Amérique whitetrash parfois même. Ainsi, Macdo, haut lieu de rendez-vous de la bourgeoisie marocaine, est un produit pour obèses pauvres aux états-Unis. "Le rêve américain est vendu par ses signes les plus typiques" explique Abdelhaï Diouri, peintre et spécialiste de la science des signes et de leurs interprétations (la sémiologie). Ainsi, le "mikhi" est très tendance dans les écoles primaires qui sappellent "Institution Walt Disney". Lenfance cest vaste, alors on déforme limaginaire de lautre, on le télescope avec tout et nimporte quoi. Et on le redessine sur support libre de tout droit dauteur. Ce ne sont pas les héritiers de Walt Disney qui iraient porter plainte contre ce magasin de bureautique ayant Donald pour enseigne. Dautres fois, on recrée une atmosphère de néons cliché comme ce café "Leaving Titanic" qui clignote sur lavenue Amgala à Casablanca, conférant à cette artère populaire un je ne sais quoi du strip de Las Vegas. Cest que "lAmérique a toujours très bien travaillé sa visualisation" rajoute Abdelhaï Diouri. Les strates de strass se superposent et ne seffacent plus parfois. La boutique de fringues Dallas à Safi garde le souvenir dune série télé des années 80 racontant les affres dune famille sétripant dans " lunivers impitoyable " du pétrole ( Bush en a fait un remake planétaire depuis). La toponymie sauvage des lieux retrace elle-même cette culture télévisée américaine saupoudrée: zanqat Dallas au Hay Mohammadi est une allée commerçante où lon vend à même la terre du rêve américain au milieu de culottes de Hajjate. LAmérique a si bien travaillé sa visibilité quelle parle même aux analphabètes. Coca Cola ou Marlboro ne sont plus depuis longtemps des marques à lire, mais des images à regarder. Mais donner à voir 10/10, ce nest pas pour autant donner à entendre 5/5. Au Maroc, pays de culture orale, lorthographe est auditive le plus souvent. Il y a ainsi autant de versions du mot "sandwishes" quil y à de sandwichs. Cest un des exemples les plus visibles de lincompréhension des concepts que lon importe. Ce nest pas la seule. à titre danecdote, un mois après la première guerre du golfe en 1991, tout un village perdu du Haut Atlas sest retrouvé coiffé de casquettes USA fluos achetés au souk hebdomadaire. On peut revêtir un vêtement sans en saisir la signification, ou nen reprendre que laspect qui vous intéresse, en faisant abstraction des autres, explique la sémiologie. Pour parler clair, quelquun peut se couvrir la tête dune casquette à la gloire des états-Unis, mais uniquement par crainte du soleil. Mais bon, cela faisait tout de même beaucoup de couvre chefs exotiques arrivés opportunément très loin de leur point dorigine.
Le Maroc semble faire exception parmi les pays arabes. Il serait le seul à digérer de manière si populaire et si rapide la culture américaine si lon en croit Abdelkrim Raddadi : "Je nai rien vu de tel dans les pays du Golfe persique, en Algérie ou en Tunisie. On peut certes y constater une présence américaine au travers des grandes marques comme Coca Cola ou Macdonalds, mais en aucun cas une quelconque récupération dimaginaire par le petit commerce local." Pourquoi lexception marocaine, en ce cas ? La vision idyllique de lAmérique pays de cocagne naît chez les Marocains avec le débarquement américain. Le "Miricani", grand, aux yeux bleus, popularisé par Hussein Slaoui dans sa chanson "Oké Oké come on bye bye" nest pas arrivé seul. Il transbahutait des barges de débarquement tout un style de vie qui allait immédiatement trouver résonance chez les Marocains. Entre autres : Pall Mall, Lucky Strike, Whisky, chewing-gums et les...fripes. Signe révélateur, les Casablancais achetaient les surplus de fringues américaines alors que beaucoup dentre eux refusaient de shabiller à leuropéenne par opposition au protectorat. LAméricain nétait pas vu comme un occupant, mais comme un libérateur qui distribuait des "kouache" et du lait en poudre autour des bases où il était cantonné. De plus, au risque de passer pour un thuriféraire télécommandé des "rapports amicaux ancestraux qui ont toujours existé entre nos deux pays", force est de constater que le Maroc na pas (encore) de pétrole, donc (encore) aucune raison de se fâcher avec le grand méchant loup de Tex Avery. Le Maroc a été dailleurs lun des premiers pays à reconnaître les états-Unis dAmérique libérées du colonisateur britannique. Tout compte fait, une monarchie qui reconnaît la première démocratie au Monde, cela ne pouvait que créer des rapports ambigus. |
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