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N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Parlement. Les turpides d’une reconduction annoncée

Abdelouahed Radi (AFP)
La réélection d’Abdelouahed Radi pour la quatrième fois consécutive à la tête du Parlement révèle, à elle seule, toutes les failles du système marocain. Démonstration. L’USFP tenait à ce que son candidat rempile parce qu’il y a eu, en 2002, un accord tacite entre Driss Jettou et Mohamed El Yazghi pour que la présidence du Parlement leur soit acquise durant toute la législature. La promesse fait fi des contraintes réglementaires qui prévoient une élection à mi-parcours. Mais puisque l’USFP a menacé de "démissionner du gouvernement si le Parlement (lui) échappe", Jettou l’a soutenu. À l’Istiqlal, l’idée de mettre Abdelhamid Aouad dans la course a été prise, suite à une prise
de bec entre Abbas El Fassi et Mohamed El Yazghi. Le parti nationaliste a eu beau arguer de ses 50 élus (il devient le 1er parti de la majorité face à l’USFP qui a perdu 2 sièges), il n’a pas eu gain de cause. Jettou a essayé d’arbitrer le litige en proposant à Aouad de se désister s’il était devancé par Radi au premier tour. En vain. À l’UMP, par contre, Mahjoubi Aherdane a cédé à la pression du Premier ministre. Il est intervenu en personne, entre les deux tours, pour exiger in extremis le retrait de son candidat, Mohamed Maouni, au profit de Radi. Ce dernier a enfin réussi par 136 voix, grâce à un RNI, majoritairement acquis à la cause, à la passivité positive du candidat PJD, Lahcen Daoudi, qui n’a pas fait campagne et aux voix de l’UC et du PND (partis de l’opposition) convaincus par Radi lui-même. Quelle démocratie !


Harchi. Exil doré pour le général

L'épouse du général Harchi a plié définitivement bagages pour s’installer avec ses enfants à Paris. L'ancien patron de l'espionnage marocain a acheté un appartement de très haut standing dans le 16ème arrondissement. Preuve que la famille compte s’installer définitivement à Paris, les enfants du général seraient d’ores et déjà inscrits dans des écoles parisiennes. Le général, étrange coïncidence, devrait élire domicile à quelques mètres de la résidence de Driss Basri. Serait-il, pour autant, tenté par la dissidence quand on sait qu’il n’a pas particulièrement digéré sa mise à l’écart avant d’être définitivement remplacé par Yassine Mansouri à la tête de la DGED ? Peu probable.


Hommage. Paris, place Ben Barka

Paris devrait avoir, sous peu, sa "place Ben Barka", au cœur de Saint Germain Des Près, à deux pas de la brasserie Lipp, devant laquelle le leader tiers-mondiste marocain avait été enlevé en 1965. L’initiative émane du maire (socialiste) de Paris Bertrand Delanoë. Dans un texte soumis aux élus parisiens, il a précisé que l’enlèvement était "selon toute vraisemblance à l’instigation du ministère marocain de l’Intérieur, avec la complicité de fonctionnaires de police français agissant à titre personnel". Le projet devrait passer sans difficulté, les élus parisiens de droite ayant décidé de s’abstenir.


Coopération. Le baptême de Mansouri

Yassine Mansouri a effectué son premier baptême du feu militaire à Madrid, les 11 et 12 avril 2005. Le patron de la DGED était accompagné d’un staff militaire composé des généraux Abdelaziz Bennani, Bouchaïb Arroub et Moulay Driss Archane. La réunion qui coïncide avec la tenue des travaux de la 4ème Commission mixte hispano-marocaine devrait préparer le sommet militaire bipartite qui devrait se tenir entre les deux royaumes. Au menu, la coopération bilatérale militaire. Mais aussi, et surtout, la question hautement sensible des armes que devrait vendre l’Espagne au Maroc, notamment dans le domaine de l’équipement en haute technologie en aviation militaire.


Dakhla. L’armée disperse des pêcheurs

Jeudi 7 avril, l’armée a utilisé les gros moyens, usant de tirs en l’air de balles réelles, pour disperser des manifestants au nord de Dakhla. Il s’agit de marins utilisant près de 1400 barques non autorisées pour la pêche du poulpe. Avec une capture de 160 tonnes, ils s’acheminaient vers Dakhla pour écouler leurs marchandises. Les pêcheurs, disposant d’autorisation en bonne et due forme, leur ont barré la route. Des affrontements ont éclaté, donnant lieu à des actes de vandalisme. Le lendemain de ce fâcheux évènement, les généraux Bennani et Benslimane, en plus des ministres de tutelle Sahel et Laenser ont débarqué à Dakhla. Objectif : calmer le jeu et suivre la situation de près. à signaler que la télévision régionale de Laâyoune a couvert les événements, mais sur un ton très (trop ?) nuancé.


Terrorisme. Torture délocalisée

Depuis le 11 septembre 2001, on sait que les Américains "sous-traitent" la torture des présumés terroristes à des pays tiers dont la Jordanie, la Syrie et le Maroc, qui aurait reçu 17 "clients" à ce jour. On découvre aujourd’hui que ce système est tout sauf une pratique inavouable des Américains. Il aurait même un nom : "extraordinary renditions" (restitutions extraordinaires). Cela existait depuis 1990 pour les condamnés pour terrorisme, mais l’administration Bush a étendu le concept aux simples suspects. Les erreurs ne se comptent plus, et les témoignages commencent à filtrer. Pour l’instant, aucun n’est venu de chez nous…


Projet. Porto Alegre au Maroc ?

"L'anti-davos", réunion internationale des "alter mondialistes", se tiendra au Maroc en janvier 2006. Ainsi, du moins, en a décidé le conseil international du Forum Social Mondial, à Utrecht (Pays-Bas), le 31 mars dernier. Sauf que les autorités marocaines ne l’entendent pas de cette oreille. Officiellement, la dimension "politique" du FSM ne gêne pas l’état. C’est l’organisation qui poserait problème. Comment accueillir 30.000 personnes, dont 10.000 étrangers ? Et dans quelle ville ? Marrakech a été pressentie, mais on craint l’engorgement. Quant au délai (c’est prévu pour janvier 2006), il serait "trop court". Le Maroc, pourtant, est rodé à organiser, et en beaucoup moins de temps, des évènements comparables. Les négociations continuent…


Télévision. Laraïchi et les orphelins

Le reportage retransmis par la TVM le 2 avril sur l’orphelinat de Mohammedia a tellement irrité les autorités locales que les pensionnaires ont été, depuis, mis au régime sec. Le 13 avril, une autre équipe de la TVM s’est rendue à l’orphelinat après que la direction de l’orphelinat ait décidé de ne plus servir de repas aux orphelins. Sur le retour, le chef de l’équipe aurait reçu un coup de téléphone d'un interlocuteur non identifié, exigeant la remise de la cassette en mains propres au directeur de la RTM. Depuis, une équipe d’agents de sécurité se relaie devant la porte de l’orphelinat pour empêcher les journalistes de pénétrer à l’intérieur.


Santé. La méningite est de retour

La méningite tue encore une fois à Mohammedia. 16 cas auraient été diagnostiqués, d’après des sources médicales, dont trois décès signalés ces dernières semaines. La province n’en est pas à sa première épidémie. En 2002, déjà, l’amicale des médecins privés de Mohammedia avait adressé au délégué de la santé de la province une correspondance où il était précisé qu’ "il existe des cas de méningite à méningocoque à Mohammedia". Quand on sait que la contagion s'effectue par contact direct, notamment avec les gouttelettes qu'émettent les voies respiratoires des sujets infectés (nez, gorge), il y a de quoi s'inquiéter.


Casablanca. La guerre des kiosques

Sans attendre l’autorisation de la wilaya, le distributeur de journaux Sapress a implanté, à titre expérimental, deux kiosques modernes sur l’avenue des FAR, à Casablanca. Et a fait pression sur les gérants de deux anciens kiosques pour déménager… à d’étranges conditions. Alors qu’une convention immémoriale avec la ville leur garantissait de conserver leurs fonds de commerce, les kiosquiers se voient proposer des baux… d’un an (reconductibles sous certaines conditions). De plus, le distributeur se réserve le droit de commercialiser les devantures des kiosques (comme espaces publicitaires), sans rien reverser à leurs gérants. Résultat : un tollé général des kiosquiers, craignant que le système ne se généralise. 22 parmi eux ont envoyé des lettres à la wilaya, la mairie et le ministère de l’Intérieur, en protestation "contre l’injustice".


3 questions à Noureddine Affaya (Président de l’Association de recherche en communication interculturelle)

Selon l’étude que vous venez d’effectuer, 69% de Marocains ont une image positive de l’Espagne et la réciproque n’est pas établie. D’où vient ce contraste ?
Cette étude m’a permis de réaliser une chose fondamentale. à savoir que l’Espagne, même si elle se modernise et s’émancipe, traîne encore en son sein une vision archaïque du Marocain. Par contre, le Maroc, même si sa transition est bloquée, a plus d’ouverture et de pragmatisme dans sa relation avec l’Espagne.

Il n’empêche que des stéréotypes ont encore la peau dure parmi les Marocains au sujet du voisin ibérique …
C’est très relatif. Cela varie selon les régions et les relations qu’elles entretiennent (au passé et au présent) avec le voisin du Nord. Ceci dit, des clichés persistent. L’Espagne est à la fois partenaire et adversaire. On la juge intolérante, arrogante. On lui reproche sa propension à la provocation et son manque de compréhension.

Le contexte actuel, plutôt détendu, n’a-t-il pas orienté les réponses des interrogés Marocains ?
Il faut dissocier la réaction de l’élite de celle du peuple. Ce dernier communique, parle avec les Espagnols sans trop de préjugés. L’élite, elle, construit des jugements, et a une attitude réactive. Ceci dit, on a essayé de dépasser la conjoncture pour refléter au mieux les tendances de fond.



Billet : Le Palais et la presse (par Driss ksikes)

L'entourage royal s’attelle à remettre les lignes rouges à leur place. Chacun y va de sa touche personnelle. Certains en catimini, d’autres par voies détournées. Le chef du protocole et de la chancellerie royale, Abdelhaq Lemrini, lui, n’y est pas allé par quatre chemins. Il a réagi par écrit au dossier coquet réalisé par Al Jarida Al Oukhra sur les habitudes culinaires, vestimentaires, comportementales et maternelles de la princesse Lalla Salma. Sous une couche de délicatesse, soigneusement étalée, Lemrini tente de poser les jalons d’une normalité à venir dans les relations de la presse avec le Palais. Il édicte être seul habilité à parler de la vie privée de l’épouse du roi. A cette prétention de monopole symbolique, la publication de Ali Anouzla oppose une volonté légitime de dépasser cette exception marocaine qui nous plombe et nous interdit de stariser notre first lady. L’hebdomadaire se donne le droit de percer les alcôves du Palais pour rendre la femme du roi plus humaine. L’architecte de l’ancestral protocole du Méchouar ne l’entend pas de cette oreille. Il tient à ce que les bonnes vieilles traditions de pudeur et de non immixtion dans la vie interne de la famille royale prévalent. Les destinataires de sa missive refusent de s’aligner sur l’exception de la presse marocaine, condamnée à rester à l’écart de la vie royale, et revendiquent le droit d’être aussi voyeurs qu’un Paris Match. Mine de rien, Lemrini prévient le journal des risques qu’il encourt en faisant fi de ce recadrage protocolaire. En réponse, Al Jarida Al Oukhra lui reproche ce ton menaçant et lui rappelle que pour elle, la tradition compte beaucoup moins que la loi. Cet échange, à lui seul, résume le malentendu qu’il peut y avoir entre une presse qui se revendique exclusivement de la modernité et une monarchie qui se drape de coutumes pour rester hors du temps.



Billet : Champions du verbe (par Karim Boukhari)

J'ai toujours été épaté par la façon dont les footballeurs marocains commentent leurs performances. Les phrases sont géniales, toutes les mêmes. "Je dédie cette victoire à Sidna Jalalat al-malik (le roi)… On a gagné grâce à Dieu… Le ciel a répondu à nos prières…Nous avons vaincu en mouillant le maillot national". Les victoires sont dédiées d’abord au roi, forcément le premier sportif de la nation, accessoirement au peuple. La tactique est toute simple puisqu’elle consiste à jouer avec virilité (ar-rouh al-qitaliya). L’adversaire n’est qu’un ennemi qui ne porte pas de nom (al-khassm). Les matches sont présentés comme des batailles, des guerres où il s’agit, ni plus ni moins, que de vie ou de mort. Les pronostics sont les mêmes : "on va gagner inchallah". Les défaites sont systématiquement le résultat de la malchance, de l’arbitrage (africain de préférence) ou d’un signe du ciel. En décembre 1979, et en pleine guerre froide avec l’Algérie, le footballeur Limane déclara, à la veille d’un capital Maroc-Algérie : "Comme nos valeureux soldats combattent l’ennemi algérien dans nos provinces du Sud, nous allons, nous les footballeurs, le combattre et le vaincre sur le terrain". Valeureux Limane qui rêvait de tuer ses adversaires pour plaire à son monde et devenir un authentique champion. Mais le lendemain, l’Algérie a gagné 5-1 et tous les joueurs furent définitivement rayés de l’équipe nationale. Ils pouvaient craindre pire comme sanction… Plus près de nous, il y a quelques jours, l’entraîneur du Wydad a été agressé, à coups de godasses et devant les caméras de télévision, par l’un de ses joueurs. Commentaire du capitaine d’équipe, lu cette semaine dans Al-Mountakhab : "Je suis surpris par le geste de notre coéquipier… qui est un bon musulman". Allez, on ne consultera même pas notre Freud de poche pour en tirer des conclusions.



Vite !

Dans son dernier rapport sur le Maroc, Reporters Sans Frontières estime que la liberté de la presse au royaume souffre de trois interdits : "les affaires internes du palais, la question du Sahara occidental et les différents trafics dans lesquels sont parfois impliqués de hauts responsables du royaume". Ce n’est pas nouveau, mais c’est bon à rappeler.

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Le journaliste et politologue Mustapha Khalfi a été promu rédacteur en chef du quotidien Attajdid. L’offre lui a été faite il y a un an et demi, mais il avait sa thèse de doctorat à terminer. Aujourd’hui, la direction décide de restructurer le journal. L’ex-rédacteur en chef Mohamed Yatim devient conseiller de la rédaction. Objectif 2007.

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"Raison d’états". Tel est le titre du livre de l’ancien agent du CAB 1, Ahmed Boukhari, qui sera mis en circulation avant la fin avril. Le livre, qui est un recueil des témoignages de l’agent parus dans Al Ahdath Al Maghribiya, revient sur les dossiers Mehdi Ben Barka, Omar Benjelloun, Abbes Messaâdi, Cheikh El-Arab, les quatre truands français de l'affaire Ben Barka, etc.

 
 
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