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N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Enquête. À quoi sert Driss Jettou ?

(AFP)
Il aimerait bien jouer pleinement son rôle de Premier ministre. Mais entre la jalousie du Palais, les cabales des courtisans et les rancœurs des partis politiques, il en est réduit à jouer aux équilibristes…


Samedi 2 avril 2005, Mohammed VI effectue une visite surprise à l’orphelinat de Aïn Chock. Il y découvre les aberrations financières que l’on sait. Scandale, audit, procès, etc. Encore un coup d’éclat du "roi des pauvres". Et Driss Jettou, dans tout ça ? Les finances des orphelinats relèvent du gouvernement,
pourtant, on n’a pas vu l’ombre du Premier ministre durant toute l’affaire. Encore un désaveu royal du chef de l’exécutif ? Voire… Selon des sources bien informées, Jettou (avec son ministre du Développement social Abderrahim Harouchi) n’est pas étranger à la visite surprise de Mohammed VI. Il l’aurait même directement inspirée, soufflant au roi les informations alarmistes qui l’ont poussé à se déplacer. Mais puisque le Premier ministre "savait", pourquoi n’a-t-il pas agi lui-même ? Tout simplement parce qu’il n’en avait pas le pouvoir. Tout Premier ministre qu’il soit, il n’était pas de taille à faire face à des lobbies mafieux comme ceux des "associations musulmanes de bienfaisance" (sic !). C’est en tout cas le message qu’on martèle à Rabat, dans les travées du pouvoir. Alors, faible ou astucieux, notre Premier ministre ? Est-il marginalisé par le Palais, ou est-il son discret auxiliaire ? En un mot, Driss Jettou a-t-il du pouvoir ?
Tout dépend de ce que l’on entend par le mot "pouvoir". Au Maroc, cela renvoie en fait à la marge de manœuvre dont on dispose par rapport au Palais. Et cette marge de manœuvre dépend étroitement des dossiers à traiter. Le Premier ministre n’est jamais plus à l’aise que dans les dossiers économiques où il s’agit de négocier avec plusieurs partenaires. à son actif, notamment, le fait d’avoir "fait passer" le code du travail, après un blocage qui avait duré 20 ans (!!). Comment a-t-il fait ? Il a transposé au gouvernement les techniques de gestion qui lui avaient permis, dans une autre vie, de devenir un businessman prospère. "N’oublions pas que Jettou est un commerçant, rappelle un homme d’affaires qui le connaît bien. Il est dans sa nature de travailler par objectifs, de se fixer une marge de gain et de concéder du terrain à ses vis-à-vis (s’il le faut) pour arriver à ses fins". Jettou le commerçant s’impose aussi une logique d’évolution. "Aujourd’hui, il est vendeur de chaussures, demain, il en devient le fabricant. La notion de développement du patrimoine est très présente dans son esprit", ajoute la même source. Cette méthode l’a fortement servi face aux partis politiques et aux syndicats. Mais elle a aussi ses limites : elle ne s’applique pas aux bastions du Makhzen. Le Premier ministre l’a appris à ses dépends quand, en mai 2003, il avait prétendu négocier le budget de l’armée. "L’armée avait ses ordres de grandeur, lui avait ses contraintes budgétaires", rapporte ce haut fonctionnaire qui avait participé à l’élaboration de la loi de Finances 2004. "Il a tenté une négociation, mais l’armée a très peu apprécié. On ne négocie pas les impératifs de la défense nationale. On les exécute". Du coup, le Premier ministre aurait été sèchement rappelé à l’ordre par le Palais et le budget des Forces Armées Royales serait passé, sans un dirham de moins que prévu. Et le brave "Premier manager" s’est fait des ennemis parmi les sécuritaires – ce qui, au Maroc, n’est pas une situation enviable.
Moins enviable encore est sa situation de chef d’une majorité gouvernementale (issue des urnes) à laquelle il n’appartient pas. Son statut d’apolitique continue à lui coller à la peau comme une malédiction. Contrairement à ce qui se disait à sa nomination, cela ne lui facilite pas la tâche pour gérer un gouvernement hétéroclite strié d’irréductibles haines inter-partisanes. Du coup, explique cet ancien ministre socialiste, "l’exécutif est formé de quatre groupes dont deux échappent au Premier ministre, un troisième ne lui est d’aucune utilité et un quatrième qui regroupe sa jeune garde et dans lequel figurent des ministres ayant l’appui du Palais" (lire encadré ci-dessous). C’est donc avec la "jeune garde" que Jettou travaille le mieux – d’autant plus qu’elle s’occupe de dossiers que le roi suit personnellement. C’est le cas de Karim Ghellab pour les infrastructures (port de Tanger-Med, autoroutes…), de Adil Douiri pour le tourisme, de Taoufiq Hjira pour l’habitat… Les "grands politiques", comme on pouvait s’y attendre, restent hors jeu : El Yazghi "réfléchit" à l’aménagement du territoire depuis 1998 sans rien produire de notable, Laenser gère les affaires courantes à l’agriculture, Abbas Fassi tourne en rond sans objectif… ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler un gouvernement cohérent et efficace.
Les ennemis de Jettou ne ratent jamais une occasion de le brocarder sur ce thème. Comme le note méchamment l’un d’eux, "le Palais l’a utilisé pour maîtriser le jeu politique et exécuter un plan de développement, mais Jettou n’est que le soldat qui monte au front, une sorte de marionnette mue par des fils invisibles".

Dans l’antichambre du roi
Aussi étrange que cela puisse paraître, cette situation ingrate n’est pas pour déplaire au Premier ministre. "Jettou se plaît dans ce jeu, car lui aussi tire profit de la carte royale", poursuit notre source. Les négociations qui ont précédé le remaniement gouvernemental de juin 2004 en attestent. "à chaque bout de phrase, Jettou n’hésitait pas à marteler que c’était le désir du roi de placer telle personne et d’en écarter telle autre", se souvient un ministrable déçu. Or, de source sûre, le remaniement a été piloté par Jettou de manière (quasi) autonome. Il a bien sûr présenté les nouveaux noms à l’approbation royale, mais il avait largement l’initiative. Entre complicité et servitude, la frontière n’est jamais vraiment claire… Tout dépend des dossiers. Certains, normalement de son ressort, lui échappent clairement. Ainsi du projet de loi sur les partis, clairement attribué par Mohammed VI à Fouad Ali El Himma. Sur ce dossier, le Premier ministre (avec le ministre de l’Intérieur El Mostafa Sahel) n’est donc que l’exécutant d’une politique décidée par le ministre délégué à l’Intérieur. évidemment, Driss Jettou ne pense pas une seconde à protester. Le plus probable est qu’il s’en accommode sans problème…
Cette répartition des tâches pourrait sembler, après tout, idoine. L’important n’est-il pas que les choses avancent ? Mais il y a une ombre au tableau : tout cela est, très largement, implicite. Et pour tout dire, jamais clair, aussi fin connaisseur du Makhzen que puisse être le Premier ministre. Contrairement à son père, Mohammed VI ne reçoit que rarement ses ministres en audience, la règle s’appliquant autant au Premier d’entre eux. Plusieurs sources s’accordent à soutenir que le "ould eddar" qu’il est ne peut accéder à "moul eddar" que par l’entremise des maîtres de l’antichambre. Lesquels ? C’est probablement un des secrets les mieux gardés du sérail. Sous Hassan II, paradoxalement, les choses étaient beaucoup plus simples. Mais Mohammed VI, une fois intronisé, n’a pas mis longtemps à barricader sa porte. En l’absence de contact direct, Driss Jettou en est réduit à sonder, à tâtonner, à essayer de deviner les intentions du roi par des moyens détournés. "Cela transparaît dans son attitude, confie l’un de ses proches. Parfois, il affiche une confiance sereine et d’autres fois, il se montre hésitant, irrésolu". La variable est évidemment son degré de connaissance de la volonté royale. "Parfois, poursuit notre source, il en arrive même, faute de relais, à demander à certains de ses amis personnels de faire jouer leurs propres contacts avec le sérail pour voir ce que pensent les courtisans royaux de tel ou tel dossier". Triste…
On le disait plus haut, le degré de "connexion" de Jettou avec l’entourage royal est cyclique. Lui aussi traverse des périodes de mise au ban, voire de désaveu flagrant, à la limite de l’humiliation. Au lendemain du tremblement de terre d’Al Hoceima, la première impulsion du Premier ministre avait été de se rendre sur le site pour réconforter les sinistrés. L’ordre de ne pas bouger de Rabat est tombé avant qu’il n’ait eut le temps de remuer un orteil. Le Premier ministre ne saurait montrer sa compassion avant le roi. Même si le roi, en l’occurrence, a mis plus de quatre jours avant de débarquer sur le site de la catastrophe – par crainte de répliques sismiques, avait-on expliqué à l’époque. Résultat : le pauvre Jettou n’a été autorisé à se rendre à Al Hoceima qu’une dizaine de jours après le séisme. Et encore, dûment chaperonné par Zoulikha Nasri, conseillère royale ès solidarité. évidemment, le "sale boulot" consistant à organiser l’aide gouvernementale aux sinistrés avec une enveloppe budgétaire nettement insuffisante, a été confié au Premier ministre. Aujourd’hui encore, à Al Hoceima, il n’est pas rare d’entendre : "Le roi était là avec nous au moment du drame, mais le gouvernement, en nous accordant des budgets ridicules, n’a pas appliqué ses instructions". Dur dur, d’être Premier ministre au Maroc…

Son crime : être populaire
"Pour comprendre les rapports du roi avec ses Premiers ministres, il suffit d’observer les rapports des walis avec les maires. Les seconds se démènent pour améliorer la situation, mais ils ne doivent en retirer aucune popularité", analyse un homme d’affaires proche du gouvernement. C’est peut-être le crime majeur de Driss Jettou : malgré son absence de base partisane, malgré les chausse-trappes des courtisans, il est indiscutablement populaire. Ses rondeurs diplomatiques, sa politesse instinctive et son contact permanent avec la société civile, le patronat et les syndicats, lui ont valu un appui populaire indéniable. Il organise des dîners chez lui une fois par mois en moyenne et adore mélanger les invités : journalistes, hommes d’affaires, cadres associatifs influents... L’hôte est jovial, humble et toujours à l’écoute. Sa gestuelle et sa manie de prendre les gens par la main, voire de les enlacer, en séduisent plus d’un. Pur équilibriste, Driss Jettou est devenu le centre d’un petit monde qui croit fort en lui. Son réseau s’est affermi et sa toile s’étend désormais à toutes les sphères, économique, sociale et politique. Son intention de faire de ce réseau une source de légitimité n’est pas avérée. Et pourtant, elle est présumée réelle par les courtisans, très agacés par la popularité du Premier ministre. D’après l’un d’eux, "le roi n’apprécie pas que le Premier ministre se cherche une légitimité autre que celle qu’il lui a octroyée". Tout est dit. Et voila comment son aptitude à fédérer, normalement la première qualité demandée à un chef de gouvernement, s’est retournée contre Driss Jettou.
C’est son implication dans les élections patronales qui a mis le feu aux poudres. Nous sommes en juin 2003, Hassan Chami, un très proche ami de Jettou, ravit la présidence de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) à Adnan Debbagh, soutenu par Mounir Majidi, "Monsieur portefeuille royal", ainsi qu’une brochette de patrons proches d’El Hima (Akhennouch, Bensaleh…). "C’était une bataille pour éliminer l’un des plus forts soutiens de Jettou, explique ce patron qui a suivi le scrutin de près. Il s’agissait moins de récupérer le patronat – franchement, le Palais en avait-il besoin ? – que de couper le cordon entre Driss Jettou et son fief traditionnel". Mais Chami passe malgré les intrigues, Jettou se renforce, et l’idée d’une CGEM légitimant Jettou fait son chemin. "Cet été là, témoigne notre source, la relation entre Jettou et le Palais s’est fortement détériorée et la presse aux ordres d’El Himma et d’autres courtisans a enclenché une véritable campagne de déstabilisation du Premier ministre. C’était petit et irresponsable". Circonstance aggravante : pour témoigner son affection à la CGEM, Jettou avait inauguré le forum entreprises-associations organisé par le patronat, allant même jusqu’à féliciter pour son action le célèbre militant associatif Abdellah Zaâzaâ, un des principaux artisans du forum. Le hic, c’est que Zaâzaâ est un républicain convaincu. Cela n’avait strictement rien à voir avec son engagement associatif, mais l’argument a été largement repris par les ennemis de Jettou. Et la cabale avait enflé de plus belle…
Mais tout cela est aujourd’hui dépassé. Et Jettou a retenu la leçon. Sollicité pour parrainer une initiative comparable du patronat en faveur des sinistrés d’Al Hoceima, il y a quelques mois, Jettou avait fait comprendre à ses amis, discrètement, qu’il était de leur côté, mais qu’il était sage qu’il ne se mette pas, cette fois, personnellement en avant… Sur ses dossiers fétiches, le Premier ministre a clairement repris du poil de la bête. "Depuis la signature, fin 2004, de l’accord sur l’Assurance Maladie Obligatoire, il semble confiant et ses relations avec le Palais sont au beau fixe", observe un proche. La preuve : la non interférence de l’entourage royal dans l’élection du président de la première chambre du Parlement, la semaine dernière. Selon toute vraisemblance le roi a laissé carte blanche au Premier ministre. Et ce dernier a réussi à maintenir Abdelouahed Radi au perchoir, suite à un accord avec l’USFP. Au détriment de l’Istiqlal, principal trublion de cette élection, et tout particulièrement de son secrétaire général. Abbas El Fassi en veut énormément à Driss Jettou. Il estime que ce dernier l’a berné lors de la formation du gouvernement, en 2002. C’est en effet Jettou qui, pour calmer l’ambition irraisonnée d’El Fassi, lui avait proposé le poste de ministre d’état sans portefeuille, lui promettant de l’impliquer sur des dossiers d’envergure, voire de lui confier régulièrement "l’intérim de la primature". Il n’a évidemment pas tenu ces promesses – ce qui, connaissant El Fassi, était la seule chose sensée à faire. Le Premier ministre, du coup, est contraint de cohabiter avec un n°2 (protocolaire) qui lui voue une haine tenace. Ce n’est ni la première, ni la dernière de ses contraintes…

Que deviendra-t-il en 2007 ?
Que deviendra Jettou après les législatives de 2007 ? Personne ne se pose la question, peut-être même pas l’intéressé lui-même. A Priori, sa seule issue serait de se mettre en réserve de la monarchie et d’attendre une nomination royale à un poste honorifique quelconque… à moins que les islamistes du PJD ne l’emportent - éventualité très probable. Tout aussi probable est l’hypothèse que Mohammed VI leur refusera les rênes du gouvernement. Dans cette perspective, faute d’imagination du Palais, et faute d’hommes de son envergure (hormis peut-être le conseiller royal Meziane Belfqih), il n’est pas exclu que Jettou rempile… Connaissant le personnage, il est plus que possible que cette perspective, au fond, l’ennuie. Et qu’il fantasme, en secret, sur un retour sans fanfare à son métier d’industriel de la chaussure…


Un gouvernement, quatre clans

Comment le Premier ministre gère ses hommes, en fonction de leurs chapelles

Les "souverains"
Les Ali El Himma, Taïb Fassi Fihri, Mohamed Benaissa et autre Ahmed Toufiq, ministres "de souveraineté" n’ayant de comptes à rendre qu’au roi. Par la nature des dossiers qu’ils gèrent, ils échappent au contrôle du Premier ministre. Un seul politique intègre ce club fermé : Mohamed Bouzoubaâ dont le département, la Justice, relève directement du roi. Les dossiers de la Moudawana, de l’accord de libre-échange avec les états-Unis ou encore du Sahara sont suivis à ce niveau. Jettou n’est que rarement consulté.

Les ténors
Les ministres-leaders de partis politiques, que le Premier ministre ne peut se permettre de bousculer : Mohamed El Yazghi, Mohand Laenser, Abbès El Fassi. Jettou les ménage autant qu’il peut. Quand il a quelque chose à négocier avec eux, il préfère les voir en dehors des conseils de gouvernement, pour ne pas avoir à les contredire en public. Par ailleurs, ils ne produisent rien de vraiment notable. Leur présence garantit le maintien de la majorité, sans plus.

Les "bof"
Les ministres qui siègent au gouvernement… parce qu’ils devaient y siéger. Il s’agit de personnalités partisanes que Jettou a été obligé d’accepter dans son équipe au moment des négociations sur la formation du gouvernement. Selon cette lecture, ils ne sont d’aucune utilité. Les Mustapha Mansouri, Saâd El Alami, Mohamed Boutaleb… et d’autres, que Jettou est obligé de tolérer parce qu’il a une coalition partisane à maintenir.

Les technocrates
La garde rapprochée de Driss Jettou : Karim Ghellab, Mohamed Bousaïd, Adil Douiri et Toufiq Hjira. Ils prennent en charge des dossiers très techniques que le roi cite expressément dans ses discours. Leur rythme de travail est infernal. Mohammed El Gahs vient d’intégrer ce groupe de forçats : l’ancien protégé d’El Yazghi concrétise des projets à partir de rien et avec des ressources très faibles.


Match. Les 2 "Premiers" de M6

Impossible d’échapper à la comparaison entre les deux Premiers ministres qui ont servi Mohammed VI, Abderrahman Youssoufi et Driss Jettou. Le premier avait débuté son mandat sous Hassan II, qui lui laissait les coudées franches… tout en le laissant se colleter à l’omniprésent Driss Basri. Une fois Mohammed VI arrivé et Basri parti, le champ d’intervention de Youssoufi a été sensiblement réduit par le jeune roi, déçu de l’expérience de l’alternance. C’est à partir de là que l’idée du "gouvernement de l’ombre" a commencé à s’imposer.
La situation a changé avec l’arrivée de Jettou aux affaires. Sur un plan technique, le Premier ministre a carte blanche (pour appliquer les orientations royales). Mais qu’il émane du Palais ou non, aucun projet économique gouvernemental n’échappe à Jettou. En revanche, des dossiers comme celui de la Moudawana, dans lesquels Youssoufi osait mettre son grain de sel, sont clairement hors de la compétence de Jettou. En résumé, le partage des tâches entre le roi et son deuxième Premier ministre, s’il n’est pas optimal, est relativement plus clair que sous le mandat Youssoufi.


Dernier mot.
Compétence et marge de manœuvre
(par Khalid Tritki)

Au fond, pourquoi existe-t-il tant de zones d’ombres dans la relation entre notre roi et son Premier ministre ? Est-ce le poids de l’Histoire, la nature des hommes ou tout bonnement un calcul politique ? Personne ne peut répondre à cette question. Le fait est qu’au lieu d’engendrer des relations de travail claires et efficientes, le jeu politique au Maroc est amoureux de la complexité… pour la complexité.
Pour le commun des mortels, il y a ceux qui travaillent et ceux qui engraissent à force de ne rien faire. Pour les observateurs avisés, il y a ceux qui aboutissent à des résultats par des méthodes rationnelles et ceux qui s’emmêlent les pinceaux, s’obligeant à l’inertie. Pour les journalistes, il y a un roi qui veut avancer, et un Premier ministre qui se creuse les méninges pour le satisfaire. Populaire ou pas, cela ne compte pas, pour cette drôle de démocratie qu’est le Maroc. Ce ne sont pas les urnes qui ont choisi Driss Jettou, ni la moitié des ministres qui gravitent dans son sillage. Le jour où on arrivera (ou plutôt où on reviendra, si l’on retient le précédent Youssoufi) à une primature tirant sa légitimité des urnes, le premier des ministres aura plus de poids… mais peut-être pas la compétence de Driss Jettou. Entre les deux, que choisir ? La compétence, évidemment. Pourvu qu’on la laisse s’exprimer et qu’on ne lui mette pas des bâtons dans les roues, sous prétexte qu’elle se cherche une légitimité auprès du patronat ou de la société civile, bref, en dehors du Palais. Le roi restera le roi. Espérons juste que le Premier ministre pourra, enfin, être le Premier ministre.

 
 
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