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N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Entreprises et NTI. Les enjeux du logiciel libre

Linus Torvald,
inventeur de Linux (AFP)
Les entreprises marocaines sont frileuses face au logiciel libre. Une solution informatique libre d'exécution, de copie, de distribution, d'étude, de modification et d'amélioration. Elles auraient pourtant beaucoup à y gagner.


Le logiciel libre est devenu un débat de fond philosophique et économique dans les pays du Tiers-Monde. Philosophique, car il permettrait de réduire la fracture numérique qui sépare les pays développés des pays sous-développés. économique, car c’est un moyen de lutter contre la dépendance technologique
vis-à-vis des pays producteurs de logiciels payants. Des états comme le Brésil, le Mexique, le Chili, le Pérou, l’Inde ou la Chine, ont déjà opté pour des solutions informatiques issues du logiciel libre afin de développer le secteur des NTI. L’Europe elle-même, loin d’être dans le cas économique de ces pays, voit se multiplier les villes et les administrations qui migrent vers les solutions alternatives au logiciel payant. à titre d’exemple, la gendarmerie française utilise Openoffice, un logiciel de bureautique sans licence. économie pour le contribuable, 2 millions d’euros. Plus près de nous, la Tunisie s’est dotée d’un secrétariat d’état au logiciel libre pour encourager le développement du secteur informatique. Et au Maroc ?

Absence de politique de l’état
Le Maroc nage à contre-courant du phénomène. Les appels d’offres de l’état marocain ne sont toujours pas ouverts aux solutions informatiques alternatives. Ces derniers portent même la mention de marques de fabricants de logiciels payants, en contradiction avec la loi régissant les marchés publics. l’état dépense l’argent du contribuable dans des solutions informatiques coûteuses pour le contribuable. Ainsi, le ministère de l’économie s’est équipé d’un système de gestion des ressources humaines qu’il a payé 3 milliards de centimes. Il existait le même logiciel libre de tout droit. Un exemple entre autre de la gabegie de l’état, doublée d’une absence de vision à long terme. Les accords de libre-échange signés avec les états-Unis ont entériné ipso facto la législation américaine sur la propriété intellectuelle. En Europe, cette législation est sujette à polémique car, appliquée stricto sensu, elle autorise même le dépôt de brevet sur des idées. Si l’on s’en tient aux lois américaines, même Einstein aurait pu breveter son célèbre E=MC2. "Avec le système des brevets américains, le Maroc est condamné à être un éternel consommateur d’informatique et pas un créateur de logiciels", explique Hicham Faivre, l’un des membres de l’association de développement du logiciel libre. Ainsi, plus de 50 % du chiffre d’affaires des NTI provient de la revente de matériel informatique importé par 5 grossistes, sans aucune création de valeur ajoutée pour le Maroc. Pourtant les compétences sont là. Au Maroc, les cerveaux fuient le pays, trouvent du travail dans des grandes sociétés informatiques fabriquant des logiciels payants que le Maroc importe. Développer le libre par une politique incitative serait un moyen de retenir ces ingénieurs hautement qualifiés, selon certains spécialistes du secteur des NTI. Leur raisonnement est le suivant : la technologie du libre est ouverte (open source) . On vous donne les clés du logiciel : les codes sources. Le logiciel payant, non. Un peu comme si on vous vendait une voiture avec un capot scellé, donc sans possibilité d’accéder au moteur. Or, avec le logiciel libre, n’importe qui a le droit de mettre ses doigts dans la graisse. Et améliorer ce moteur ou le faire évoluer pour l’adapter aux besoins spécifiques de n’importe quelle entreprise ou administration. C’est autant de sources d’emplois possibles ou pistes pour la création d’entreprises pour toutes ces grosses têtes qui migrent. Mais le marché s’y prête-t-il ?

Des entreprises encore frileuses
"Quand j’ai crée ma société, je visais essentiellement le marché des PME PMI qui est sous équipé en solutions informatiques", explique Mouna Abakaria, dirigeante d’une petite société de services informatiques ,spécialisée dans les solutions open source. Le chiffre d’affaires du marché des logiciels ne dépasse pas les 500 millions de dirhams. Soit seulement 10 % du chiffre d’affaires du secteur des NTI ( hors opérateurs de télécommunications). Sa marge de progression est donc énorme, mais se heurte à l’écueil du piratage. Le logiciel libre victime de Derb Ghallef ? Un paradoxe qui n’en est pas un au fond. Le piratage des logiciels payants par les entreprises nuit aussi au logiciel libre en tuant l’un de ses avantages marketing : sa gratuité. "Le logiciel libre, c’est comme le sexe, c’est meilleur quand c’est gratuit" déclarent, péremptoires, plusieurs sites pro-logiciel libre. Certes. Mais cette notion même de gratuité a mauvaise réputation auprès des sociétés marocaines. On la confond avec mauvaise qualité. De plus, les sociétés informatiques spécialisées dans le logiciel open source sont des petites structures d’une dizaine de personnes. Elles ont du mal à obtenir la confiance des entreprises. Ces dernières s’inquiètent pour la maintenance et préfèrent se rabattre sur les grands noms du logiciel payant du type de Microsoft au service marketing très performant. "Les cadres informatiques de beaucoup de sociétés préfèrent se décharger ainsi de toute responsabilité. Pourtant, avec un logiciel open source, n’importe quel problème informatique peut être réglé via internet. Les solutions existent et sont consultables en ligne" précise un développeur de logiciels libres. De fait, le principal débouché des solutions open source se trouve être du côté des grandes sociétés de la place. Akwa Group ou Lynna Holding utilisent des serveurs tournant sur des systèmes de ce type. Mais leur choix est davantage dicté par des questions de sécurité et de fiabilité que par un souci d’économies d’échelle, à l’image de grandes multinationales comme IBM ou Procter & Gamble. Avoir les clés du moteur, c’est pour elles, le moyen de faire évoluer ce moteur en fonction de leurs besoins. Contrôler les codes sources de son système, c’est aussi contrôler sa sécurité.


Richard Stallman. Le gourou du libre

En visite au Maroc en décembre 2004, il a été accueilli par les quelques centaines de personnes s’intéressant à l’enjeu du logiciel libre comme le Christ du logiciel "free". Fondateur de la Free Software Foundation, Richard Stallman prend régulièrement son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole à travers le monde. Richard Stallman est le père du projet GNU linux. Ce système d’exploitation libre d’utilisation est basé sur linux, créé à l’origine par le Finlandais Linus Torvald en 1991 comme une alternative libre et gratuite aux noyaux pour système d’exploitation de type unix existant à l’époque. L’invention de ce système a coincidé avec le boom d’Internet, ce qui a contribué à populariser aussi bien la solution informatique alternative que son auteur : Richard Stallman. Aujourd’hui, le système d’exploitation bâti sur le linux est utilisé par tous les secteurs de l’industrie du fait de sa gratuité et de son adaptabilité. Du linux, on en trouve partout désormais. Dans les programmes de machines à laver, dans des téléphones portables, etc.

 
 
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