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N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Fukuyama et Laroui, sur le sens de l'Histoire

Francis Fukuyama (AFP)
La Fondation Al Saoud a fêté en grandes pompes son 20ème anniversaire en organisant, les 8 et 9 avril derniers, un colloque scientifique sur le thème : "Le sens de l’Histoire". Le panel, très relevé, a permis au public d’étudiants, de professeurs et d’anonymes casablancais d’écouter de vive voix des grands noms des sciences sociales : Abdellah Hammoudi, récent auteur de Une saison à la Mecque, François Hartog, Abdou Filali Ansary, Abdelmajid Charfi entre autres. Très attendu, après la parution de son dernier best-seller, Le Maroc et Hassan II, où il relate ses relations avec le monarque décédé, Abdellah Laroui ne s’est pas déplacé. C’est Ali Benmakhlouf qui a fait la lecture de sa
magistrale communication sur "La rationalité en Histoire". Il y énumère, en érudit, les fondements de ses choix libéraux. Si Francis Fukuyama était, lui, bien présent, il a préféré dans son intervention, La fin de l’Histoire, 16 ans après, revenir sur sa thèse controversée. Selon lui mal comprise par ses détracteurs, il en a déroulé les différentes articulations entre les variables, économique (libéralisme de marché), politique (démocratie), puis culturelle (modernité). Pour les critiques, il s’est malheureusement contenté d’une reprise de celles qu’il réfutait déjà dans son livre paru en français, chez Flammarion en 1992 : L’exception islamique, la fracture entre l’Europe et les états-Unis. Il semble que cette "réactualisation" légère de la thèse n’a pas convaincu Abdessalam Cheddadi qui s’est lancé dans un exposé "virulent", dixit le modérateur de la séance. Cependant, le débat a tourné court, la critique portait juste sur l’économisme du professeur Fukuyama, supposé trahir son penchant pour l’idéologie libérale. Il ne prendra pas la peine d’y répondre. La bonne surprise de la journée venait du Sénégal. Souleymane Bachir Diagne, philosophe à l’université de Northwestern à Chicago, a séduit par un exposé clair, intelligent, défendant une vision prospective du sens de l’histoire, par opposition aux tentations qui cherchent ce sens dans un passé mythique, idéalisé. Un discours qui sonne comme une cinglante critique des lectures historiennes salafistes.

Y.A.A



Récit.
"Mon Kaiser à moi"


Berlin-Casa-Rabat, le livre édité par le directeur du Goethe Institut, Dieter Strauss, est le résultat de voyages croisés menés par trois écrivains et un photographe allemands au Maroc (Ulrike Draesner, Mathias Goritz et Steffen Kopetzky avecMichael Danner) et trois auteurs et un photographe marocains en Allemagne (Hassan Hilmy, Latifa Baqa et Jalal El Hakmaoui avec Fouad Maazouz). Derrière la démarche, une volonté constructive de pousser les intellectuels des deux bords à dépasser les stéréotypes et les leitmotiv qui figent l’image de l’autre et alimentent les malentendus culturels. El Hakmaoui, par exemple, a toujours identifié l’Allemagne au Kaiser, Beckenbauer, avec son élégance, sa capacité à aller de l’avant à arrêter l’attaque de l’autre, etc. Une fois sur place, il n’a pas retrouvé cette image et s’est efforcé de s’en débarrasser pour mieux saisir la dynamique sociale actuelle. Les formes d’écriture choisies par les uns et les autres sont libres, variant du journal à la chronique. Les clichés sont des gros plans ou des vues panoramiques qui traduisent le souci de saisir le mode de vie de l’autre. Le tout est un exploit interculturel patent.

Ed. Goethe institut et Azzaman

 
 
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