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Par Karim Tazi*
Tribune. "Notre industrie est en danger"
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Le SMIG marocain est deux fois
plus élevé que le SMIG égyptien (AFP)
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Salaires minimums élevés, coût de l'énergie exorbitant, dirham surévalué
Dans l'industrie en général et celle du textile en particulier, "l'avantage comparatif" du Maroc n'est plus qu'un vieux souvenir. Un membre du patronat tire la sonnette d'alarme.
"Je ne sais pas sil faut te féliciter ou te plaindre. En tout cas je te souhaite du courage". Tel est le texte du sms que jai reçu dun de mes amis le lendemain de mon élection à la tête de lAMITH. Appelez ça leffet "Chine". Logre est lâché sur les |
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marchés mondiaux depuis le 1er janvier et il est vrai que les chiffres des deux premiers mois ne sont pas rassurants, puisque le Maroc a accusé une baisse de 20% de ses exportations. Il est indéniable que nous, textiliens, sommes devant un défi exceptionnel. Mais
nous ne sommes pas seuls.
La thèse que je défends dans cette tribune est que les problèmes de compétitivité de lentreprise marocaine ne se limitent pas au secteur textile. Cette industrie, parce quelle est principalement exportatrice, a été confrontée plus tôt que les autres aux effets de la mondialisation, mais le démantèlement douanier aidant, tous les secteurs industriels marocains, y compris ceux tournés vers le marché local, seront concernés.
Ces difficultés découlent certes du retard pris par beaucoup de patrons marocains dans la modernisation de leurs entreprises, mais aussi et surtout de leffet combiné de trois facteurs qui les dépassent largement. Il sagit de la politique du dirham fort, de lenvolée des coûts salariaux et énergétiques et des nombreuses incohérences de la réforme tarifaire.
Sans céder à un quelconque alarmisme, on peut affirmer que ce qui est en jeu à terme ce nest pas la survie de la "confection", mais celle dune grande partie du secteur industriel et agro-industriel marocain.
Commençons par les coûts salariaux. Exprimé en euros, le SMIG marocain est à 180¤ contre 140¤ pour la Tunisie, 90¤ pour légypte, 160¤ pour la Turquie, 100¤ pour la Roumanie et 40¤ pour la Moldavie
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Ces chiffres parlent tous seuls. Pourtant je men suis tenu aux concurrents euro méditerranéens du Maroc. La comparaison avec les pays dEurope de lEst directement frontaliers de notre principal marché a aussi pour but de relativiser "lavantage proximité" qui joue en faveur du Maroc par rapport à des concurrents plus lointains.
La question des coûts salariaux est dimportance car dans un pays où 50% de la population est analphabète ou très peu qualifiée, il y a une limite à ce que peuvent faire les industriels pour "monter en gamme" dans lespoir de compenser les différences de salaire. Quon le veuille ou pas, les activités façonnières à faible valeur ajoutée resteront lun des principaux débouchés pour toute main duvre peu qualifiée. Le principal frein à la revalorisation des bas salaires marocains nest donc pas la "rapacité" des patrons, mais bien la concurrence féroce imposée par la mondialisation à toutes les activités à faible valeur ajoutée.
De ce qui précède, on peut déduire sans risque de se tromper que si un réajustement monétaire ou une flexibilité salariale ne viennent pas atténuer lécart entre le coût de la main duvre marocaine et celui de la main duvre de pays concurrents, ce sont des dizaines de milliers douvriers et douvrières marocains travaillant tant à lexport que pour le local qui risquent dêtre victimes dun redoutable "effet déviction". Ceci est à garder à lesprit à un moment où la gestion désastreuse de lentrée en vigueur du code du travail nous a amené à nous retrouver face à trois SMIG dont le plus élevé dépasse les 180 ¤ cités plus haut.
Examinons maintenant le coût de lénergie, autre facteur important de toute activité industrielle. Le prix du kW/heure est de 0,08¤ au Maroc contre 0,05¤ en Tunisie et 0,02¤ en Egypte. Avec le démantèlement, cest donc aussi lavenir des fabricants marocains de ciment, dacier, de céramique, de profilés daluminium, de plastique, de fils et de bien dautres produits qui se trouve compromis.
Leffet de cet inquiétant décrochage de la compétitivité marocaine a dailleurs commencé à se manifester dans notre balance commerciale, qui a connu depuis deux ans une détérioration continue et dont rien ne permet de prédire la fin. Certes, il y a un effet pétrole, mais il ne peut occulter la baisse de nos exportations et la hausse régulière de nos importations.
Lorsquelles sont interrogées sur la problématique de notre déficit commercial, les autorités financières se contentent den minimiser la gravité en invoquant léquilibre de la balance des paiements. Cest également au nom de cet équilibre quelles balaient dun revers de la main les suggestions de dévaluation du dirham qui se font pourtant de plus en plus pressantes.
Cette attitude est elle économiquement et politiquement défendable ? Beaucoup dobservateurs ont affiché leur scepticisme face à la pratique qui consistait à boucler le budget de létat par le fruit des privatisations. La pratique consistant à boucler les comptes extérieurs de la nation en tablant sur les transferts de nos compatriotes immigrés me paraît encore moins compréhensible, car sa logique purement comptable fait tout simplement fi de limportance sociale des emplois maintenus ou créés par une industrie marocaine dont la compétitivité aurait été sauvegardée.
Les conditions de détresse économique et sociale qui ont poussé ces immigrés, dont les transferts nous financent aujourdhui, à quitter leur pays nont pas besoin dêtre rappelées. Beaucoup dentre eux vivent en clandestins ou en exerçant des activités peu avouables. Il ne fait aucun doute que sils avaient eu le choix, la plupart auraient préféré vivre et travailler dans leurs pays et contribuer plutôt à mieux équilibrer sa balance commerciale.
En conclusion, pour le secteur du textile comme pour les autres secteurs industriels, le Maroc doit se battre avec les mêmes armes que ses principaux compétiteurs internationaux. Les coûts de facteurs de production, le coût du travail et la valeur du dirham doivent être en ligne avec ceux des pays directement concurrents du Maroc. Faute de quoi, le décrochage de compétitivité de léconomie marocaine, aggravé par léchec reconnu de la politique de mise à niveau, aboutira à un effet déviction sur les emplois à faible qualification et une envolée du chômage touchant les catégories les plus fragiles de notre société. Les autorités ne peuvent différer davantage ce débat sous prétexte que les transferts des MRE permettent, aujourdhui, de combler les effets du défaut de compétitivité de notre économie. La bataille de lavenir est de créer le maximum dopportunités demploi dans son propre pays. Le Maroc est mal armé aujourdhui pour la gagner. Nous sommes donc tous des "textiliens".
* Président de lIndustrie Marocaine des métiers du textile et de lHabillement
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