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Abdeslam Amer. Le compositeur maudit
Tribune. "Notre industrie est en danger"
N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Histoire. L'Istiqlal tortionnaire ?
Société. Le haschich au service du jihad
Interview vérité. Abderrahmane Amalou Il était une fois l'assainissement
Reportage. La cité transit
Portrait. Abdeslam Amer. Le compositeur maudit
Tribune. "Notre industrie est en danger"

Par Karim Tazi*

Tribune. "Notre industrie est en danger"

Le SMIG marocain est deux fois
plus élevé que le SMIG égyptien (AFP)
Salaires minimums élevés, coût de l'énergie exorbitant, dirham surévalué… Dans l'industrie en général et celle du textile en particulier, "l'avantage comparatif" du Maroc n'est plus qu'un vieux souvenir. Un membre du patronat tire la sonnette d'alarme.


"Je ne sais pas s’il faut te féliciter ou te plaindre. En tout cas je te souhaite du courage". Tel est le texte du sms que j’ai reçu d’un de mes amis le lendemain de mon élection à la tête de l’AMITH. Appelez ça l’effet "Chine". L’ogre est lâché sur les
marchés mondiaux depuis le 1er janvier et il est vrai que les chiffres des deux premiers mois ne sont pas rassurants, puisque le Maroc a accusé une baisse de 20% de ses exportations. Il est indéniable que nous, textiliens, sommes devant un défi exceptionnel. Mais… nous ne sommes pas seuls.
La thèse que je défends dans cette tribune est que les problèmes de compétitivité de l’entreprise marocaine ne se limitent pas au secteur textile. Cette industrie, parce qu’elle est principalement exportatrice, a été confrontée plus tôt que les autres aux effets de la mondialisation, mais le démantèlement douanier aidant, tous les secteurs industriels marocains, y compris ceux tournés vers le marché local, seront concernés.
Ces difficultés découlent certes du retard pris par beaucoup de patrons marocains dans la modernisation de leurs entreprises, mais aussi et surtout de l’effet combiné de trois facteurs qui les dépassent largement. Il s’agit de la politique du dirham fort, de l’envolée des coûts salariaux et énergétiques et des nombreuses incohérences de la réforme tarifaire.
Sans céder à un quelconque alarmisme, on peut affirmer que ce qui est en jeu à terme ce n’est pas la survie de la "confection", mais celle d’une grande partie du secteur industriel et agro-industriel marocain.
Commençons par les coûts salariaux. Exprimé en euros, le SMIG marocain est à 180¤ contre 140¤ pour la Tunisie, 90¤ pour l’égypte, 160¤ pour la Turquie, 100¤ pour la Roumanie et 40¤ pour la Moldavie….
Ces chiffres parlent tous seuls. Pourtant je m’en suis tenu aux concurrents euro méditerranéens du Maroc. La comparaison avec les pays d’Europe de l’Est directement frontaliers de notre principal marché a aussi pour but de relativiser "l’avantage proximité" qui joue en faveur du Maroc par rapport à des concurrents plus lointains.
La question des coûts salariaux est d’importance car dans un pays où 50% de la population est analphabète ou très peu qualifiée, il y a une limite à ce que peuvent faire les industriels pour "monter en gamme" dans l’espoir de compenser les différences de salaire. Qu’on le veuille ou pas, les activités façonnières à faible valeur ajoutée resteront l’un des principaux débouchés pour toute main d’œuvre peu qualifiée. Le principal frein à la revalorisation des bas salaires marocains n’est donc pas la "rapacité" des patrons, mais bien la concurrence féroce imposée par la mondialisation à toutes les activités à faible valeur ajoutée.
De ce qui précède, on peut déduire sans risque de se tromper que si un réajustement monétaire ou une flexibilité salariale ne viennent pas atténuer l’écart entre le coût de la main d’œuvre marocaine et celui de la main d’œuvre de pays concurrents, ce sont des dizaines de milliers d’ouvriers et d’ouvrières marocains travaillant tant à l’export que pour le local qui risquent d’être victimes d’un redoutable "effet d’éviction". Ceci est à garder à l’esprit à un moment où la gestion désastreuse de l’entrée en vigueur du code du travail nous a amené à nous retrouver face à trois SMIG dont le plus élevé dépasse les 180 ¤ cités plus haut.
Examinons maintenant le coût de l’énergie, autre facteur important de toute activité industrielle. Le prix du kW/heure est de 0,08¤ au Maroc contre 0,05¤ en Tunisie et 0,02¤ en Egypte. Avec le démantèlement, c’est donc aussi l’avenir des fabricants marocains de ciment, d’acier, de céramique, de profilés d’aluminium, de plastique, de fils et de bien d’autres produits qui se trouve compromis.
L’effet de cet inquiétant décrochage de la compétitivité marocaine a d’ailleurs commencé à se manifester dans notre balance commerciale, qui a connu depuis deux ans une détérioration continue et dont rien ne permet de prédire la fin. Certes, il y a un effet pétrole, mais il ne peut occulter la baisse de nos exportations et la hausse régulière de nos importations.
Lorsqu’elles sont interrogées sur la problématique de notre déficit commercial, les autorités financières se contentent d’en minimiser la gravité en invoquant l’équilibre de la balance des paiements. C’est également au nom de cet équilibre qu’elles balaient d’un revers de la main les suggestions de dévaluation du dirham qui se font pourtant de plus en plus pressantes.
Cette attitude est elle économiquement et politiquement défendable ? Beaucoup d’observateurs ont affiché leur scepticisme face à la pratique qui consistait à boucler le budget de l’état par le fruit des privatisations. La pratique consistant à boucler les comptes extérieurs de la nation en tablant sur les transferts de nos compatriotes immigrés me paraît encore moins compréhensible, car sa logique purement comptable fait tout simplement fi de l’importance sociale des emplois maintenus ou créés par une industrie marocaine dont la compétitivité aurait été sauvegardée.
Les conditions de détresse économique et sociale qui ont poussé ces immigrés, dont les transferts nous financent aujourd’hui, à quitter leur pays n’ont pas besoin d’être rappelées. Beaucoup d’entre eux vivent en clandestins ou en exerçant des activités peu avouables. Il ne fait aucun doute que s’ils avaient eu le choix, la plupart auraient préféré vivre et travailler dans leurs pays et contribuer plutôt à mieux équilibrer sa balance commerciale.
En conclusion, pour le secteur du textile comme pour les autres secteurs industriels, le Maroc doit se battre avec les mêmes armes que ses principaux compétiteurs internationaux. Les coûts de facteurs de production, le coût du travail et la valeur du dirham doivent être en ligne avec ceux des pays directement concurrents du Maroc. Faute de quoi, le décrochage de compétitivité de l’économie marocaine, aggravé par l’échec reconnu de la politique de mise à niveau, aboutira à un effet d’éviction sur les emplois à faible qualification et une envolée du chômage touchant les catégories les plus fragiles de notre société. Les autorités ne peuvent différer davantage ce débat sous prétexte que les transferts des MRE permettent, aujourd’hui, de combler les effets du défaut de compétitivité de notre économie. La bataille de l’avenir est de créer le maximum d’opportunités d’emploi dans son propre pays. Le Maroc est mal armé aujourd’hui pour la gagner. Nous sommes donc tous des "textiliens".

* Président de l’Industrie Marocaine des métiers du textile et de l’Habillement

 
 
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