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N° 172
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria tombe sur cette annonce : "Gay musclé cherche jeune arabe pour une soirée épicée"

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Entamant sans vergogne sa seconde semaine de présence sur le sol français dans l’indifférence générale, Zakaria Boualem s’est lancé à la découverte de la vie nocturne parisienne. Je dis bien de la vie nocturne parisienne, et non pas de la parisienne tout court, puisque celle-ci s’est rapidement révélée très difficile d'accès. Zakaria Boualem a ainsi découvert que pour espérer un contact physique avec une Parisienne, il fallait commencer par l’intéresser, puis la faire rire avant de la faire pleurer, l’inviter au restau tout en entretenant le mystère, exhiber son côté mâle sans renier sa part de féminité, etc, etc. Bref, il faut la séduire, donc utiliser son cerveau. Or, il se trouve que c’est un organe que Zakaria Boualem débranche dès qu’il met le pied dans un bar. Horrifié par l'ampleur de cette tâche à l’issue incertaine et se souvenant soudain qu’il était marié, Zakaria Boualem a aussitôt renoncé à ce projet ambitieux. Il s’est alors mis en tête de se faire des amis, histoire de ne pas boire tout seul. Nouvel échec. Comment entamer une conversation avec de parfais inconnus, en territoire étranger ? Le Parisien sort avec ses potes et ne comprend pas qu’un Zakaria Boualem vienne le déranger. Pire encore : en adoptant ce type d'attitude désespérée, il passe pour un poulpe. Petite parenthèse sémantique pour signaler que Zakaria Boualem désigne sous ce vocable surprenant les homosexuels en tout genre. Ne me demandez pas d'où ça vient, ni si c’est péjoratif, je n’en sais rien. Ce que
je sais, par contre, c’est que notre homme, le Guercifi hardcore, s’est retrouvé un soir, par le hasard de ses pérégrinations nocturnes, dans un quartier particulièrement animé du nom de "Marais". Ledit quartier, rapidement, s’est révélé être un véritable aquarium à poulpe. Et à la vue de deux hommes enlacés, Zakaria Boualem a faillit s'évanouir. Il a appelé à sa rescousse Jilali Boualem, le saint des saints, assorti de Sidi Yahya, l’homme des situations difficiles, flanqué de Moulay Brahim, pour multiplier les chances de succès. Il les a implorés, donc, de mettre fin à ce spectacle de fin du monde. Dit autrement, il est parti en courant, tentant un Ctrl-Alt-Suppr sur son cerveau choqué pour effacer toutes ces images de poulpes. Dès le lendemain, il s’est intéressé à cette délicate question, et il est tombé sur un article qui, dans un journal des plus respectables, expliquait que l’homophobie était un délit en France. Zakaria Boualem a ensuite appris que l’homophobie était, selon le petit Larousse 2001 "le rejet de l'homosexualité, l’hostilité systématique à l'égard des homosexuels". Ces deux informations, mises bout à bout, ont plongé notre homme dans une angoisse sans nom : il était hors la loi sans le savoir. Entendons-nous bien : Zakaria Boualem n'a jamais eu l’intention d'agresser le moindre poulpe. Ni verbalement, ni physiquement. Il n’est pas assez naïf non plus pour imaginer qu’il s'agisse d’une spécialité française. Mais, malgré tout, l’impact visuel de deux hommes enlacés le choque. Il n’y peut rien. à Guercif, où un homme sans moustache est louche, on n’embrasse même pas une fille, alors un garçon ! Il se pose alors des questions : "Suis-je homophobe ? Vais-je aller en prison ?... Peut-on m’en vouloir d'être choqué ? Si oui, comment doit-je faire pour ne pas être choqué ?" Pour couronner le tout, il est tombé sur une petite annonce, dans le même journal respectable, qui disait mot pour mot : "Gay musclé cherche jeune arabe pour une soirée épicée". Et la parano du Guercifi a repris le dessus, violemment. Il voit des poulpes partout, des poulpes musclés et arabophiles, un truc terrible dont il ignorait jusque-là l’existence. La solution, désormais, s’imposait d’elle-même : s’enfermer dans sa chambre d’hôtel dès la tombée de la nuit.

 
 
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