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Par Khalid Tritki
Patronat. Chami gagne la bataille des statuts
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Hassan Chami, président
de la CGEM (DR)
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LAssemblée générale extraordinaire a voté pour la réforme des statuts. Hassan Chami a bien mené campagne et a bien tiré parti de la nature hybride des votants.
C'est fait. La réforme des statuts de la Confédération patronale (CGEM) est passée, mardi 19 avril, à une écrasante majorité. Sur les 1.633 votants, plus de 1.200 ont plébiscité les nouveaux statuts. "Lopposition" na obtenu que 300 voix, soit 18% des votants, après élimination des bulletins nuls et blancs. La campagne, jugée soft, menée par léquipe de Hassan Chami, le |
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patron des patrons, a porté ses fruits. Les grandes associations et fédérations ont apporté leur soutien à la cause de la réforme. Les secteurs de la pêche et du textile ont effectué un raid électoral. Celui du tourisme n'a pas été en reste. Latmosphère du vote était presque calme. N'était cette impression de fausseté fortement ressentie, lAssemblée Générale Extraordinaire (AGE) naurait rien connu de spécial. Tous les membres ou presque, sévertuaient à donner limage d'une équipe soudée, acceptant laffrontement des idées dans une sphère où la démocratie serait la règle. Des accolades, des embrassades, des rires, bref une fraternité en trompe-lil masquant une guerre froide dont le véritable enjeu est le contrôle de la CGEM. En un mot, le pouvoir.
La réforme des statuts sappuie sur deux éléments forts. Elle renforce le rôle de la présidence et des instances élues et remodèle la configuration des votes (lire encadré p.44). Il est vrai que la nouvelle mouture qui établit la puissance du vote selon la taille de lentreprise, a pour objectif de gonfler les recettes de la Confédération. Dotée aujourdhui de moins de 10 millions de dirhams, elle aura, à partir de janvier 2006, un budget de 14 millions de dirhams. Cette estimation ne tient compte que dun taux de recouvrement de 80% (si toutes les entreprises payaient, le budget serait de 17 millions de dirhams). Il nen demeure pas moins que la réforme renforce le pouvoir des grandes entreprises. Larbi Guedira, le numéro deux de Maroc Telecom, présent à lAGE, a bien résumé la préoccupation majeure des mastodontes de la Confédération : "il est anormal quune entreprise qui réalise des milliards de dirhams de chiffre daffaires ait le même poids quune PME". Tout lesprit de la réforme se résume à ce point : L'élection du président en juin 2003 a prouvé que la structure du vote ne permettait pas aux grandes entreprises d'exercer pleinement leur influence. Elles ont bien essayé, mais leurs calculs ont été faussés par le poids dune association regroupant des TPE (très petites entreprises). Dans labsolu, le nombre des voix des petites et moyennes entreprises dépasse celui des grandes structures. Même avec 10 voix par grande entreprise, les petites demeurent dominantes. Sauf que cette logique na pas sa place dans une lutte pour le pouvoir. Le comportement devant les urnes dépasse la simple addition des voix. LAGE de mardi dernier nous en a donné un petit aperçu.
Les activistes, les arrivistes et les je-men-foutistes
Le vote pour la réforme des statuts de la Confédération patronale porte en lui une explication de la structure des votants. En gros, il faut faire la distinction entre les militants, les opportunistes et les indifférents. La CGEM a ses hommes dévoués qui militent pour son renforcement et son indépendance par rapport à Rabat. Karim Tazi et Hemmad Kessal, entre autres, en font partie. Il est vrai que les deux hommes ont des profils diamétralement opposés, mais ils ont la même pugnacité. Leurs méthodes sont différentes, leurs discours également. Dans le fond, chacun d'eux a sa propre vision de la CGEM et se mobilise, souvent au détriment de ses propres affaires, pour arriver à ses fins. Pour Karim Tazi, président de lAssociation Marocaine des Industries du Textile et de lHabillement (Amith), le but est ladhésion, "non pas aux statuts tels quils sont déclinés, mais au processus de changement quil faut encourager, car la CGEM est la seule structure capable de nous défendre". Les statuts sont, pour lui, secondaires. Le feu de la bataille est au sein des commissions de la CGEM. "Il faut y être, se battre pour faire avancer les choses et défendre les intérêts de lentreprise", martèle-t-il. Hammad Kessal, président de la fédération des PME a une autre approche. Pour lui, léquipe aux commandes traîne un passif historique et a démontré quelle était incapable de défendre la PME. "La structure du vote telle quelle a été réformée, permettra de reproduire les mêmes tendances à la tête de la confédération", estime-t-il. Entre ces deux militants, il y a les arrivistes, ceux qui votent pour faire plaisir à un grand donneur dordre, pour être là au moment du partage du gâteau. Ils sont nombreux et brillent par leur absence au moment des crises, ou quand le débat bat son plein. Leur position au moment du vote est étroitement liée à leur carnet de commandes, à limage du citoyen lambda qui vend sa voix. Certains grands groupes figurent parmi cette catégorie. Ils ne sont jamais là, mais lorsquil sagit de la prise de contrôle, ils se mobilisent et font preuve dune force de frappe déstabilisatrice. Si le nombre des voix était tributaire du degré de militantisme, ces grands groupes n'auraient aucun pouvoir de vote. Ils profitent souvent de la neutralité des je-men-foutistes, ces indifférents pour qui la CGEM nest quun club de riches sans impact. "Il vaut mieux y être pour sinformer. Point barre", répète lun dentre eux. Entre les militants et les arrivistes, la bataille sera rude au moment de lélection du prochain président en juin 2006. Chacun dentre eux a son candidat. La campagne démarrera bientôt et elle portera certainement sur les missions qui incombent à la CGEM. Et cest là où le bât blesse...
Les présidentielles, déjà entamées
Lors de la présentation de sa réforme, Hassan Chami a glissé quil était possible que la vice-présidence générale soit attribuée à la fédération des PME. Qui dit vice-présidence générale, dit lintérim à la tête de la Confédération, avec tout ce que cela implique comme pouvoir. Le patron des patrons a précisé, bien entendu, que le candidat à la présidence patronale doit présenter son dauphin au moment de la campagne électorale. Décryptage : si la fédération de la PME veut être à la droite de Dieu, elle doit composer avec le futur président. Lidée est séduisante ; toutefois, quelle chance a-t-elle de se concrétiser ? En affaires, comme en politique, rien nest impossible, surtout que le Maroc est la terre des alliances contre-nature. Lalliance entre frères ennemis simpose, si la CGEM veut échapper aux faucons de Rabat. Dans les couloirs de la Confédération, des mauvaises langues attribuent à Hammad Kessal des connexions avec les groupes qui ont tenté de contrôler le patronat. Surtout que le président de la fédération des PME avait, au même titre que les grands groupes, voté pour Adnane Debbagh lors des précédentes élections. Cétait alors une alliance de conjoncture. La donne a changé depuis, mais la position des grands reste la même. Ils reprochent à la CGEM de ne pas prendre position dans des dossiers qui les touchent directement. Exemple : labsence d'une position claire au moment du débat sur la taxation des coopératives. Une mesure que lONA défendait en usant de tout son pouvoir dinfluence. Le même mutisme est reproché à la CGEM concernant le dossier pétrolier, opposant Aziz Akhennouch (à la tête des distributeurs pétroliers) au raffineur national. Une alliance dans ce climat est donc inévitable pour assurer lindépendance de la Confédération par rapport aux groupes proches du pouvoir. |
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Statuts. Les six points clé de la réforme
1) Pour le vote, les anciens statuts prévoyaient une voix par entreprise, 5 à 20 voix pour les fédérations et associations nationales et 5 à 10 voix pour les Associations régionales. Les nouveaux statuts donnent 1 à 10 voix pour une entreprise, en fonction de sa taille. Celle réalisant plus de 500 millions de dirhams a 10 voix contre 80.000 dirhams de cotisation. Les fédérations externes ont 20 voix, les associations nationales 10, et les associations régionales 5.
2) Une entreprise pouvait sinscrire dans 2 fédérations, avec droit de vote. Actuellement elle peut toujours figurer dans deux fédérations, mais elle n'a un droit de vote que dans une seule, afin de respecter le pouvoir établi par le règlement intérieur. Sagissant des groupements associatifs, une entreprise ne peut adhérer qu'à une seule fédération.
3) Les anciens statuts ne prévoyaient pas de procédures de révocation du président de la CGEM. Les nouveaux les instaurent. Une demande doit être ainsi faite au conseil dadministration (CA) dinscrire cette question à lordre du jour par 2/3 des adhérents ayant le droit de vote. La barre est donc placée assez haut.
4) Concernant lempêchement temporaire du président, lancien texte donnait la possibilité à limporte lequel des quatre vice-présidents de le remplacer. Désormais, le président sera flanqué dun vice-président général pour gérer les affaires courantes et préparer les élections à la présidence.
5) Auparavant, le président pouvait coopter 33% des membres du bureau de la Confédération. Désormais, il naura droit quà 25%. La cooptation se fera par vote à la majorité simple. Notons que le président dispose toujours dune majorité acquise au sein du bureau. Le vote nest donc quune formalité.
6) Le Bureau pouvait représenter la Confédération dans tous les actes tendant à la réalisation de son objet social. Actuellement, le Bureau est investi de pouvoirs plus étendus. Le CA décide la création, lexternalisation ou la dissolution de fédérations sectorielles internes. Il en va de même pour les commissions. Il arrête le budget de la CGEM, élit les membres cooptés, élabore et conçoit la politique générale et la stratégie de la CGEM quil juge aptes à réaliser ses objectifs, ainsi que les actions à mettre en uvre pour les atteindre. Le CA nomme les représentants de la CGEM dans les différentes institutions dans lesquelles elle est représentée. |
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