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N° 173
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Le pouvoir de l’initiative
(Hassan II se réservait l’action, contraignant ses élites à la réaction.
Et si, sous Mohammed VI, on changeait d’équation ?)

On ne l’écrira jamais assez : Hassan II a marqué ce pays. Il l’a modelé, conditionné, subjugué. Pour le meilleur, parfois, pour le pire, beaucoup plus souvent. Comment a-t-il fait ? En enlevant, torturant, assassinant ses opposants ? En terrorisant les survivants, et en corrompant les autres ? Ce n’est qu’une partie de la vérité. Le génie de Hassan II (et cette fois, ce n’est pas un slogan idiot à la Basri) aura été, en matière politique, de constamment garder l’initiative. Quitte à réprimer avec sauvagerie tous ceux qui prétendaient la lui ravir. C’était à lui, et à nul autre, de proposer. Aux autres de réagir… mais une fois les termes du débat posés par le roi. Hassan II se réservait l’action, contraignant ses élites à la réaction, les obligeant à se repositionner en fonction de ses idées à lui, plutôt que des leurs.
L’initiative est la clé du pouvoir. Notamment, voire principalement, en matière constitutionnelle. Là-dessus, Hassan II n’a jamais perdu la main, sachant pertinemment que c’était le seul moyen d’orienter le changement (inévitable) dans un sens qui servait ses intérêts. Marchant dans les pas de son père, Mohammed VI cherche à garder l’initiative, en faisant travailler ses propres équipes (dans le secret le plus absolu) sur un projet de Constitution réformée. Un jour, sans crier gare, ce projet sera rendu public. Alors, tous les acteurs politiques tomberont dans le piège classique : tenter de négocier, à partir de la mouture royale. C’est très exactement ce qui est en train de se passer pour la loi sur les partis.
L’objectif de cette édition spéciale de TelQuel intitulée "Réécrivons la Constitution", est de contribuer à conjurer cette malédiction. Sur nos colonnes, des penseurs et acteurs politiques prennent l’initiative de proposer de nouveaux articles constitutionnels, prenant de vitesse les conseillers royaux et leur travail secret. Quel que soit le résultat de ce dernier, il y aura eu un précédent. Bien sûr, nous ne nous faisons pas d’illusions excessives. Au mieux, le Palais fera semblant de n’avoir rien lu, au pire, il traitera cette initiative par le mépris, mettant en avant le peu de représentativité électorale de nos "constituants". Nous aurions pu, effectivement, faire débattre la réforme constitutionnelle par les leaders de l’USFP, de l’Istiqlal, du MP, etc. Parmi les grands partis, seul le PJD a joué le jeu. Quant aux autres, nous ne le leur avons même pas demandé. Ils n’auraient probablement pas accepté, de peur de fâcher le Palais (après 38 ans de Hassan II, nous en sommes là, pauvres de nous…). Même en supposant qu’ils aient accepté, ils n’auraient rien proposé de sérieux, ayant trop peur pour leurs intérêts et leur rente de situation politique. Nous avons donc choisi de faire appel à des experts et hommes politiques à l’influence certes réduite, mais au talent et à la sincérité indéniables.
L’initiative, que chacun se rassure, est toujours entre les mains du Palais (lire la colonne "Plus loin", en page 31). Mais cet exercice a désormais valeur pédagogique. Les Marocains peuvent prendre leur sort en mains, s’ils le veulent. Reconnaissons à Mohammed VI une chose, quand même capitale : si ce genre d’exercice est possible sous son règne, c’est que les Marocains osent parler. À lui, maintenant, d’accepter de les écouter.

 
 
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