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Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états
N° 173
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états

Par Driss Bennani

Télévision. Good morning Sahara !

(DR)
Partie de rien, lancée dans la précipitation, Laâyoune TV fait du bruit. Au point de faire de l’ombre à la maison mère (TVM). Bulle télévisée ou véritable success story, retour sur le parcours d’une petite chaîne qui dérange.


L'entrée ne paye pas de mine. Une barrière branlante, un sol endommagé et une vieille tente militaire défraîchie. Comme tous les édifices publics dans cette région sensible du pays, elle (l’entrée) est pourtant gardée par quelques policiers et militaires armés. Au-delà de la muraille externe, et passé le
gentil barrage d’entrée, seul un vieux petit bâtiment de quelques mètres carrés se dresse – timidement presque - au milieu d’un immense terrain vague. à côté, une grande antenne parabolique nargue le ciel, dégagé, en ces premiers jours de fortes chaleurs à Laâyoune. Au-dessus de la petite porte d’accès, un vieux logo décoloré représentant une carte géographique du pays, grossière et approximative, renseigne sur les occupants des lieux. Bienvenue à Laâyoune TV.
Voici au moins une chaîne de télé dont on a vite fait le tour. à l’intérieur, quelques pièces, de taille variable, abritent la salle de rédaction et les bancs de montage, la régie finale, le studio et la retransmission. "Nous sommes en train de faire des extensions pour ne plus être à l’étroit, mais c’est vraiment un souci de moindre importance". L’homme qui parle a été sollicité au moins trois fois par ses collaborateurs avant de finir de banales explications sur l’état d’avancement des travaux de construction. Lui, c’est Mohamed Laghdaf Eddah, directeur de la chaîne. Il est le premier à sourire de son histoire avec cette chaîne. Pour commencer, il trouve "amusante" cette appellation - Laâyoune TV - dont l’ont gratifié les médias, alors qu’il est "responsable d’un simple décrochage de quelques heures". Puis il revient sur son histoire favorite : les débuts de la chaîne. Caricaturaux pour ne pas dire autre chose.

Télé express
En moins de dix jours, cet ancien correspondant de l’Agence France Presse devait monter la première station régionale du pays et qui, de plus, se trouve au Sahara. Très vite, des équipes sont recrutées parmi les jeunes de la région, des moyens folkloriques dépêchés depuis Rabat dans de vieux cars, et des techniciens et cadres de la maison mère envoyés sur place pour la formation des nouvelles recrues. Laâyoune TV réussit son premier test. Elle émet à l’occasion de "la célébration de la Marche verte". Et est captée même à Tindouf. à Laâyoune, Smara, Dakhla ou Boujdour, les habitants locaux sont les premiers surpris. "Alors qu’elle avait tout d’une télé de propagande officielle (lancée un 6 novembre, franchement !), la station s’est vite révélée être une véritable chaîne de proximité", explique un habitant de Laâyoune. La chaîne donne la parole aux Sahraouis : Aux anciens occupants d’Agdz et de Meggouna, elle réserve une émission spéciale, alors que les autres programmes d’informations et de débats de la chaîne font systématiquement appel aux jeunes et nouvelles élites du Sahara. Les Sahraouis, même les plus endurcis, sont sous le charme. Qu’importe que les décors soient kitch, que les ajustements de couleurs et de lumières ne soient pas toujours au point, ou que certains animateurs ne soient pas si télégéniques que ça. Les Saharouis sont contents de se voir à l’écran, de reconnaître leurs villes, d’entendre parler de leurs problèmes administratifs et sanitaires dans leur dialecte local. Sans superlatifs pompeux et surtout sans réaffirmer, à tout bout de champ et dix fois dans le même sujet, "la marocanité des provinces du Sud et l’indéfectible attachement des Sahraouis à leur roi".
Il ne le dit pas ouvertement, mais il semble bien qu’en dix jours, la liberté de manœuvre ait été le seul grand principe négocié entre le patron de la chaîne et les responsables à Rabat. Voulant trop bien faire, les jeunes équipes de la chaîne poussent, souvent, assez loin le bouchon, allant jusqu’à fâcher les élus de tout le Sahara. "On dirait que la chaîne fait une fixation sur ce qui ne marche pas. Elle est la première à couvrir les grèves, les sit-in, à dénoncer le laxisme des responsables. En plus d’ajouter de l’eau au moulin propagandiste du Polisario, elle détruit en quelques minutes ce que nous avons bâti pendant 30 ans", affirme Hamdy Kelli Henna, puissant vice-président du conseil municipal de Laâyoune. Il avait été à l’origine d’une pétition qui ambitionnait de réunir 40.000 signatures pour faire tomber Laghdaf Eddah, accusé - c’est le comble - de servir les thèses indépendantistes.
L’usage du passé n’est pas fortuit. Quelques jours après le lancement de cette pétition, Laâyoune TV devient un sujet de débat national. Mercredi dernier, une question a même été posée au Parlement au ministre de tutelle Nabil Benabdallah. La pétition a été retirée de la circulation voici quelques jours, et tout laisse à croire (les responsables ont préféré ne pas se prononcer) que les élites fâchées du sud ont été rappelées à l’ordre.

Guerre des ondes
Cette petite histoire est pourtant pleine d’enseignements. On se demandait si la liberté de ton de la chaîne n’était qu’un accident de départ, un dégât collatéral né de la précipitation du lancement. Il apparaît bien aujourd’hui que non. Les Sahraouis sont, contrairement aux Marocains du nord, une population très politisée (du fait du conflit politique qui se prolonge). Ici, on ne rate aucun rapport de l’ONU sur le Sahara et on reste attentif au flot d’informations qui viennent d’un côté comme de l’autre de la frontière. Tout comme Laâyoune TV, la radio du Polisario ou ses innombrables sites d’informations réalisent de bons scores d’audience également. à moins d’avoir l’épaisseur des faiseurs d’opinion américains, manipuler une population aussi sensible, informée et méfiante relèverait du fantasme.
"En créant cette chaîne et en lui permettant autant de liberté de ton, le Maroc anticipe la propagande du Polisario. Au lieu de camoufler un sit-in et pousser les habitants locaux à s’en informer auprès du Front, l'évènement sera couvert par la chaîne qui donnera la parole aux protestataires, mais également aux responsables. D’ailleurs, depuis la création de la chaîne, l’instrumentalisation par le Polisario des événements du Sud a sensiblement diminué. Et puis, n’oubliez pas qu’à Tindouf, autant de liberté sur les ondes ne laisse pas indifférent", analyse un observateur sahraoui. Le Front ne reste pas les bras croisés non plus. Il annonce le lancement de sa chaîne de télévision pour l’année prochaine. En mode vidéo, elle ne sera pas captée au Maroc mais viendra, au moins, bousculer les taux d’audience de Laâyoune TV à Tindouf. La guerre des ondes est lancée…
à Laâyoune TV, les jeunes équipes carburent encore à l’enthousiasme et surfent allégrement sur la vague de leur remarquable départ. Mais tiendront-ils à la longue ? Quoi qu’on en dise, la station reste une chaîne amateur, en manque de moyens tout aussi bien techniques, financiers qu’humains. Aura-t-elle tout cela sans être bêtement récupérée politiquement ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

 
 
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