Sujet
Actu Économie
Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états
N° 173
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états

Par Rim Zaïdi

Mineurs. Le bout du tunnel

(AIC Press)
Libres. Les six mineurs d’Imini condamnés à 10 ans de prison, après un sit-in qui avait mal tourné il y a un an, semblent sortis du cauchemar. Depuis le début, leur défense criait au complot antisyndical. Retour sur un détournement de mineurs.


C'est la fin d’un cauchemar. Lundi 18 avril, les six mineurs d’Imini, condamnés un an plus tôt à purger dix ans derrière les murs de la prison de Ouarzazate, ont été libérés. Enfin. Après le débordement d’un sit-in qui, le 15 avril 2004, avait coûté la vie à un mineur du syndicat adverse - Ahmed Berkouni, blessé à
l’issue du conflit et décédé neuf jours plus tard - ils avaient été mis aux fers pour "homicide involontaire, entrave à la liberté de travail, vol et utilisation d’arme blanche". Rien de moins. Et dans des circonstances on ne peut plus douteuses.
Ayant toujours clamé leur innocence, ces hommes commençaient, malgré les nombreux soutiens, à désespérer d’être un jour entendus. Entendus sur quoi ? Sur la manipulation dont ils crient avoir été l’objet, et dont le but était, selon eux, de casser le mouvement syndical. Sur ce qui est devenu, au fil de la polémique, l’affaire d’Imini. Une affaire opposant avec virulence, pendant un an, deux parties pour deux versions d’une vérité, aussi injoignables que deux aimants mis face à face. D’un côté, l’ancienne Direction de la mine appuyée par les autorités locales et des représentants de l’Union marocaine du travail (UMT) ; de l’autre, les mineurs regroupés au sein de la Confédération démocratique du travail (CDT). Vue d’un peu plus haut, c’était bien l’état et le peuple que la scène opposait.

Rappel des faits
Remontons le temps. Le 15 avril, des mineurs ayant rejoint précédemment la CDT et leurs familles sont regroupés pacifiquement autour du transformateur électrique d’Ougoug. A 15h, ce même jour, cent vingt personnes, étrangères à la mine, sont arrivées en camion de Ouarzazate sur l’emplacement du sit-in, rejoignant les ouvriers du syndicat adverse, l'UMT, ainsi que le secrétaire général Ahmed Hamden et des fonctionnaires locaux. Des jets de pierre jaillissent, débouchant sur une altercation générale. Ahmed Berkouni, mineur UMT présent aux évènements et blessé lors du conflit, est évacué vers l’hôpital provincial de Sidi Hssein. Dix jours plus tard, le 24 avril, Berkouni décéde. Sa mort constituait le chef d’inculpation principal contre les mineurs incarcérés. D’après le commissariat de police ayant recueilli la plainte de la victime, lui et ses proches ont identifié les personnes qui lui auraient porté les coups et qui ont été, par la suite, inculpées avant d’être condamnées.
Mais les zones d’ombres sont légion. Qui étaient ces cent vingt personnes présentes de manière impromptue sur les lieux, comme sorties de nulle part ? Selon des sources issues de la Délégation de l’énergie et des mines, de l’AMDH ainsi que de l’hôpital provincial, c'était des chômeurs, des anciens détenus, des zonards, en somme, n’ayant rien à perdre. Par la suite, vingt-trois d’entre elles ont déposé plainte pour abus de confiance et escroquerie après le 15 avril : encore aujourd’hui, elles témoignent avoir été approchées par des membres de la Direction de la mine et des fonctionnaires locaux pour figurer sur le tournage d’un film à proximité de la mine (sic) moyennant 150 à 500 DH la journée. Dans les faits, pas de film. Pour Mohamed Achahoud, secrétaire général local de l’AMDH appartenant au comité de soutien des mineurs incarcérés, "c’était une milice improvisée qui a été appâtée pour casser le sit-in et créer des débordements, si possible graves, sur la base desquels l’incrimination des mineurs gênants deviendrait possible". Nasset Lhoucine, ancien directeur de la mine, soutient qu’il s’agissait de "travailleurs auxquels les manifestants ont barré la route avec des cailloux et des pioches".
Interrogé avant la libération des détenus, intervenue le 18 avril dernier, sur sa perception de cette affaire aux recoins troubles, M. Lhoucine a répondu : "J’ai quitté la direction il y a plus de trois mois, pour raisons personnelles. On n’était pas payés depuis deux ans, on m’a volé tout ce que j’avais… Je ne suis plus cette affaire". Cela, en s’excusant presque, et sans mentionner sa convocation au tribunal pour la séance de lundi 18 avril, et à l’issue de laquelle les mineurs ont été rendus à la liberté. Il y était pourtant bien présent, aux fins de confrontation avec les témoins de la défense. Parmi eux, deux membres des cent vingt "figurants" qui ont affirmé que la Direction avait proposé 3.000 DH à plusieurs hommes pour attester de la présence du leader syndical CDT Mohamed Khouya lors du sit-in, alors que, de l’avis de quelque cent quarante témoins, il était ce jour-là à son domicile. D’après les personnes présentes au tribunal, c’est cette confrontation témoins – direction de la mine, lors de la séance du 18 avril, qui aurait été le facteur déterminant de la libération des mineurs.

Chronique d’une mort annoncée ?
Cela, sans occulter l’autre point trouble de cette affaire : Ahmed Berkouni était diabétique. Hospitalisé pendant deux semaines dans un état critique, il était sorti la veille même des évènements. Selon le Dr. Jabrane qui l’avait pris en charge avant le sit-in, "Berkouni était stabilisé lors de sa sortie. Il s’est dirigé le lendemain vers la mine d’Imini et serait ‘tombé’ sur une bagarre. D’après le rapport d’autopsie demandé par le procureur du roi et fait à Ibn Rochd de Casablanca, il est décédé d’une hémorragie post-traumatique". également des suites d’un manque d’oxygène sur terrain diabétique, poursuit le rapport. Opéré avec 3,35g de diabète, son cas clinique s’est ensuite compliqué, avant que le décès s’ensuive.
"Nous savons de source crédible que la direction et les autorités ont assuré la sortie de Berkouni de l’hôpital la veille du sit-in, car ils savaient qu’après, il ne s’en sortirait pas indemne", assène Mhamed Khouya, frère de l’un des détenus. Le 17, l’infirmier-major qui s’occupait de Berkouni a été muté à Kenitra. Selon une source locale, la fille de Berkouni travaillerait aujourd’hui à la Direction de la mine, comme compensation. "Cette histoire de tournage… c’est un coup monté", confiait-on récemment à l’hôpital provincial. Appelé quelques jours avant la libération, Mhamed Khouya martelait : "Le rapport d’autopsie n’est pas faux, Berkouni a été frappé. Mais par qui ? Moi je sais, c’est la "future" version, celle de la vérité".
Aujourd’hui, après avoir refusé d'écouter la défense et face aux incohérences de l’accusation, la justice a tranché… et imposant un sursis de deux ans aux accusés, pour tasser l'affaire, définitivement. Car aujourd’hui, pour ces accusés, une chose prime : poursuivre les auteurs du complot, haut placés, trop haut placés…


Affaire. Un conflit salarial pour genèse

La mine d’Imini, qui relève de la Société chérifienne des études minières (SACEM), est entrée en procédure de redressement dès novembre 2001. La masse salariale subit de plein fouet, en octobre 2002, la décision de la Direction : le travail à temps partiel avec réduction de 50% des salaires (le salaire moyen d’un ouvrier dans ce bassin minier est d’environ 4.000 DH). Des départs volontaires sont proposés, moyennant une indemnité (30.000 DH pour un ancien, selon un mineur). Les mineurs contestent la mesure comme contraire à la loi et prise unilatéralement. En fait, le Syndic du Tribunal de commerce de Casablanca, mandaté par le gouverneur, a entériné le plan de redressement. Selon M. Adjou, délégué de l’énergie et des mines à Ouarzazate, la masse salariale a été réduite du tiers, provoquant un mouvement de grèves dès décembre 2002 puis des sit-in répétés sur fond d’opposition syndicale entre UMT (pro-Direction) et CDT (manifestants). C’est dans ce contexte qu’ont eu lieu les évènements du 15 avril 2004.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés