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Par Rim Zaïdi
Mineurs. Le bout du tunnel
Libres. Les six mineurs dImini condamnés à 10 ans de prison, après un sit-in qui avait mal tourné il y a un an, semblent sortis du cauchemar. Depuis le début, leur défense criait au complot antisyndical. Retour sur un détournement de mineurs.
C'est la fin dun cauchemar. Lundi 18 avril, les six mineurs dImini, condamnés un an plus tôt à purger dix ans derrière les murs de la prison de Ouarzazate, ont été libérés. Enfin. Après le débordement dun sit-in qui, le 15 avril 2004, avait coûté la vie à un mineur du syndicat adverse - Ahmed Berkouni, blessé à |
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lissue du conflit et décédé neuf jours plus tard - ils avaient été mis aux fers pour "homicide involontaire, entrave à la liberté de travail, vol et utilisation darme blanche". Rien de moins. Et dans des circonstances on ne peut plus douteuses.
Ayant toujours clamé leur innocence, ces hommes commençaient, malgré les nombreux soutiens, à désespérer dêtre un jour entendus. Entendus sur quoi ? Sur la manipulation dont ils crient avoir été lobjet, et dont le but était, selon eux, de casser le mouvement syndical. Sur ce qui est devenu, au fil de la polémique, laffaire dImini. Une affaire opposant avec virulence, pendant un an, deux parties pour deux versions dune vérité, aussi injoignables que deux aimants mis face à face. Dun côté, lancienne Direction de la mine appuyée par les autorités locales et des représentants de lUnion marocaine du travail (UMT) ; de lautre, les mineurs regroupés au sein de la Confédération démocratique du travail (CDT). Vue dun peu plus haut, cétait bien létat et le peuple que la scène opposait.
Rappel des faits
Remontons le temps. Le 15 avril, des mineurs ayant rejoint précédemment la CDT et leurs familles sont regroupés pacifiquement autour du transformateur électrique dOugoug. A 15h, ce même jour, cent vingt personnes, étrangères à la mine, sont arrivées en camion de Ouarzazate sur lemplacement du sit-in, rejoignant les ouvriers du syndicat adverse, l'UMT, ainsi que le secrétaire général Ahmed Hamden et des fonctionnaires locaux. Des jets de pierre jaillissent, débouchant sur une altercation générale. Ahmed Berkouni, mineur UMT présent aux évènements et blessé lors du conflit, est évacué vers lhôpital provincial de Sidi Hssein. Dix jours plus tard, le 24 avril, Berkouni décéde. Sa mort constituait le chef dinculpation principal contre les mineurs incarcérés. Daprès le commissariat de police ayant recueilli la plainte de la victime, lui et ses proches ont identifié les personnes qui lui auraient porté les coups et qui ont été, par la suite, inculpées avant dêtre condamnées.
Mais les zones dombres sont légion. Qui étaient ces cent vingt personnes présentes de manière impromptue sur les lieux, comme sorties de nulle part ? Selon des sources issues de la Délégation de lénergie et des mines, de lAMDH ainsi que de lhôpital provincial, c'était des chômeurs, des anciens détenus, des zonards, en somme, nayant rien à perdre. Par la suite, vingt-trois dentre elles ont déposé plainte pour abus de confiance et escroquerie après le 15 avril : encore aujourdhui, elles témoignent avoir été approchées par des membres de la Direction de la mine et des fonctionnaires locaux pour figurer sur le tournage dun film à proximité de la mine (sic) moyennant 150 à 500 DH la journée. Dans les faits, pas de film. Pour Mohamed Achahoud, secrétaire général local de lAMDH appartenant au comité de soutien des mineurs incarcérés, "cétait une milice improvisée qui a été appâtée pour casser le sit-in et créer des débordements, si possible graves, sur la base desquels lincrimination des mineurs gênants deviendrait possible". Nasset Lhoucine, ancien directeur de la mine, soutient quil sagissait de "travailleurs auxquels les manifestants ont barré la route avec des cailloux et des pioches".
Interrogé avant la libération des détenus, intervenue le 18 avril dernier, sur sa perception de cette affaire aux recoins troubles, M. Lhoucine a répondu : "Jai quitté la direction il y a plus de trois mois, pour raisons personnelles. On nétait pas payés depuis deux ans, on ma volé tout ce que javais
Je ne suis plus cette affaire". Cela, en sexcusant presque, et sans mentionner sa convocation au tribunal pour la séance de lundi 18 avril, et à lissue de laquelle les mineurs ont été rendus à la liberté. Il y était pourtant bien présent, aux fins de confrontation avec les témoins de la défense. Parmi eux, deux membres des cent vingt "figurants" qui ont affirmé que la Direction avait proposé 3.000 DH à plusieurs hommes pour attester de la présence du leader syndical CDT Mohamed Khouya lors du sit-in, alors que, de lavis de quelque cent quarante témoins, il était ce jour-là à son domicile. Daprès les personnes présentes au tribunal, cest cette confrontation témoins direction de la mine, lors de la séance du 18 avril, qui aurait été le facteur déterminant de la libération des mineurs.
Chronique dune mort annoncée ?
Cela, sans occulter lautre point trouble de cette affaire : Ahmed Berkouni était diabétique. Hospitalisé pendant deux semaines dans un état critique, il était sorti la veille même des évènements. Selon le Dr. Jabrane qui lavait pris en charge avant le sit-in, "Berkouni était stabilisé lors de sa sortie. Il sest dirigé le lendemain vers la mine dImini et serait tombé sur une bagarre. Daprès le rapport dautopsie demandé par le procureur du roi et fait à Ibn Rochd de Casablanca, il est décédé dune hémorragie post-traumatique". également des suites dun manque doxygène sur terrain diabétique, poursuit le rapport. Opéré avec 3,35g de diabète, son cas clinique sest ensuite compliqué, avant que le décès sensuive.
"Nous savons de source crédible que la direction et les autorités ont assuré la sortie de Berkouni de lhôpital la veille du sit-in, car ils savaient quaprès, il ne sen sortirait pas indemne", assène Mhamed Khouya, frère de lun des détenus. Le 17, linfirmier-major qui soccupait de Berkouni a été muté à Kenitra. Selon une source locale, la fille de Berkouni travaillerait aujourdhui à la Direction de la mine, comme compensation. "Cette histoire de tournage
cest un coup monté", confiait-on récemment à lhôpital provincial. Appelé quelques jours avant la libération, Mhamed Khouya martelait : "Le rapport dautopsie nest pas faux, Berkouni a été frappé. Mais par qui ? Moi je sais, cest la "future" version, celle de la vérité".
Aujourdhui, après avoir refusé d'écouter la défense et face aux incohérences de laccusation, la justice a tranché
et imposant un sursis de deux ans aux accusés, pour tasser l'affaire, définitivement. Car aujourdhui, pour ces accusés, une chose prime : poursuivre les auteurs du complot, haut placés, trop haut placés
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Affaire. Un conflit salarial pour genèse
La mine dImini, qui relève de la Société chérifienne des études minières (SACEM), est entrée en procédure de redressement dès novembre 2001. La masse salariale subit de plein fouet, en octobre 2002, la décision de la Direction : le travail à temps partiel avec réduction de 50% des salaires (le salaire moyen dun ouvrier dans ce bassin minier est denviron 4.000 DH). Des départs volontaires sont proposés, moyennant une indemnité (30.000 DH pour un ancien, selon un mineur). Les mineurs contestent la mesure comme contraire à la loi et prise unilatéralement. En fait, le Syndic du Tribunal de commerce de Casablanca, mandaté par le gouverneur, a entériné le plan de redressement. Selon M. Adjou, délégué de lénergie et des mines à Ouarzazate, la masse salariale a été réduite du tiers, provoquant un mouvement de grèves dès décembre 2002 puis des sit-in répétés sur fond dopposition syndicale entre UMT (pro-Direction) et CDT (manifestants). Cest dans ce contexte quont eu lieu les évènements du 15 avril 2004. |
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