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Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Télévision. Good morning Sahara !
Mineurs. Le bout du tunnel
Portrait. Les mille vies de Zakya Daoud
Animation. "mikhi" dans tous ses états

Par Hassan hamdani

Animation. "mikhi" dans tous ses états

(DR)
Le Festival d’animation de Meknès a fêté ses 5 ans cette année. à cet âge, on n’est pas encore sérieux. Et c’est tant mieux. L’ambiance est celle d’une cour d’école où de grands gamins font durer leur enfance.


Le jeune homme court, franchit les portes grandes ouvertes de l’Institut français de Meknès, se précipite dans les jardins, guidé par le beat aérien du "one more time" de Daft Punk. Sur l’écran géant en plein air, Interstella 5555, opus réalisé par Leiji Matsumoto sur la musique du groupe français, crève la nuit
meknassie. En toile de fond, une mosquée et la ville basse. L’instant est divin, destructuré, merveilleusement beau. Daft Punk, pris en flagrant délit d’égotisme, sublime ses souvenirs d’enfance : Albator et le synthé Bontempi. Le public présent ne ressemble pas à une secte de clubbers restés coincés dans l’univers des mangas des années 70, mais Interstella a scotché aussi bien les gamins assis sur la pelouse que les jeunes ados aux souvenirs d’enfance encore récents. Le vaisseau spatial Interstella 5555 s’est d’ailleurs posé à Meknès sans étonner personne. En 5 ans d’existence, le Ficam (Festival international du cinéma d'animation de Meknès) a habitué son public, de plus en plus nombreux (10.000 personnes en 2004), à ces moments dignes de la Twilight Zone autour d’un art aussi varié que populaire. La cuvée 2005 fut à ce titre un grand cru. Elle a fait un tour d’horizon du genre en programmant des films d’animation grand public comme Oséam - Grand prix du festival d’Annecy en 2004 - et Corto Maltese, ou des œuvres plus "difficiles", comme les contes de la mère poule, trois bijoux d’animation iranienne réalisés en fil de laine. "Nous avons voulu dès la première année du festival présenter des films de tous horizons, réalisés dans une large palette de techniques (pâte à modeler, marionnettes, papier découpé, 3D etc..) afin de souligner la diversité du genre" explique Mohamed Beyoud. Animateur à l’Institut français de Meknès, ce dernier est à l’origine du festival. Meknès ne déteste pas Walt Disney ou les grosses productions américaines. Le festival a d’ailleurs programmé Shrek en avant-première, voici deux ans. Mais à côté de ces blockbusters, le festival a sa petite quinzaine des réalisateurs. Cette quinzaine est déclinée sous forme de cartes blanches accordées à des professionnels du secteur de l’animation. C’est ainsi qu’Olivier Catherin de l’Association internationale du film d’animation a présenté aux élèves des écoles de Meknès une sélection de courts-métrages allant du film expérimental rythmé par la musique de Bela Bartok au film biélorusse ( "L’éléphant et les quatre aveugles"), utilisant la technique du sable sous verre. L’accueil ne fut pas unanime, mais aura eu au moins l’intérêt d’intriguer le public en montrant que le terme générique de dessins animés ne rend pas toute l’inventivité de l’animation. Cette inventivité serait supérieure au cinéma classique selon Louis Briceno un jeune réalisateur de 33 ans d’origine chilienne : "J’ai toujours voulu faire du cinéma, mais je n’aimais pas le principe des écoles de réalisateurs, qui vous formatent d’entrée. La pâte à modeler vous donne une liberté de création presque totale" explique Louis Briceno. La liberté, par exemple, de filmer les aventures d’une patate en décapotable sport lancée à la poursuite d’un escargot. Un moment de pure folie impossible à raconter tellement c’est déjanté. à Meknès, le temps du festival, on voit d’étranges choses sur écran et l’on croise de troublants loustics comme Rémi. Cet illustrateur de presse collaborait à Hara Kiri et Charlie Hebdo, deux références françaises de la BD adulte satirique. Rémi exposait son "Paranorama" sous une tente caïdale dans les jardins de l’Institut. Les machines exposées, aux noms barbares, reproduisaient les premières techniques du cinéma d’animation. Elles existaient bien avant l’invention du cinéma par les frères Lumière. "Je déteste les bulles dans la bande dessinée. Avec ces techniques, il n’est pas utile de parler. C’est du mime en quelque sorte" explique Rémi. Du mime trash comme le chien qui pond sa crotte, du mime à message comme cette machine à compter les dollars. On ne fréquente pas Hara Kiri sans en garder un vieux fond anarchiste.
Meknès est un festival hors les murs, dans l’âme, sans stars, sans badge VIP, sans champagne, sans réceptions officielles. Il faut dire que le seul sponsor fabrique des confitures, un ingrédient qui ne se prête pas aux fêtes débridées et arrosées. A Foundouk Hana, dans la vieille médina, les séances réunissent des spectateurs de milieux populaires. Les salles de cinéma de la ville sont aussi mises à contribution. Le cinéma Camira, un petit bijou art déco des années 30, a accueilli cette année la rétrospective des frères Frenkel, les pionniers du cinéma d’animation arabe. Mish Mish, le héros créé par les Frenkel Brothers, a concurrencé dans les années 30 et 40 Mickey Mouse et Betty Boop auprès du public égyptien. Fabriqué avec trois fois rien par les frères Frenkel dans l’atelier de meubles de leur père, Mish Mish avait disparu de la circulation, avant que Bruno Ederra ne retrouve sa trace à Paris. Les copies étaient conservées par Didier Frenkel, petit-fils de l’un des créateurs du personnage. Bruno Ederra, un gamin suisse de 68 ans, est la mémoire vivante du cinéma d’animation. Il a fréquenté toutes les pointures du genre, avant qu’ils ne deviennent des stars : Paul Grimault, Michel Ocelot (l’auteur du succés mondial "Kirikou et la sorcière", présenté lui aussi en avant-première au Ficam en 2002) et Carot et Jeunet, célèbres réalisateurs français dont l’univers particulier s’est d’abord exprimé dans le film en pâte à modeler. Projection de films rares donc, impossibles à voir ailleurs. "Je répertorie et met en fiche tous les films d’animation à travers le monde. Avant de venir au festival de Meknès, je ne connaissais qu’un seul film d’animation marocain" explique Bruno Ederra. à Meknès, Bruno Ederra a découvert la nouvelle vague marocaine. Ses rangs sont encore très clairsemés. Ils comptent quelques "pionniers" comme Saïd Bouftas, et d'autres jeunes qui se démènent pour vivre leur passion. Il y a une lueur d’espoir cependant. Les courts-métrages marocains programmés cette année étaient d’un niveau supérieur à ceux de l’année dernière, aussi bien au niveau de la technique que du scénario. Parmi les œuvres présentées, "le Renard et le corbeau" de Nabil Rami, une adaptation en 3D de la fable de Jean de la Fontaine réalisée grâce à des techniques utilisées pour la première fois au Maroc. Nabil Rami est un cas d’école. Il a débarqué comme une fleur au festival de Meknès il y a 3 ans après avoir lu l’annonce presse dans un journal. Depuis, il a créé une boîte de production spécialisée dans la 3D et s'attaque maintenant au marché de la pub, comme à celui de la télé. C’est le principal débouché à l’heure actuelle pour tous les créateurs de films d’animation. Un débouché pas si dégagé que ça, les boîtes de production ne vivent que des quelques rares commandes publicitaires. Le climat de l’animation est morose, le dessin animé réservé aux pubs de confiture ou aux capsules éducatives, mais le festival tente tout de même d’instiller une petite graine de fantaisie dans la tête des étudiants. Chaque année, des stages de formation animés par des professionnels initient des élèves de l’école des Beaux-Arts de Casablanca, de Tétouan et d’ArtCom Casa aux techniques du story-board et du scénario. à l’exception d’une filière bande dessinée à Tétouan, le mikhi est le parent pauvre des filières artistiques marocaines. L’école Supérieure de Gestion de Casablanca a pourtant senti le filon, avec la libération du paysage audiovisuel à venir. L’école devrait créer d’ici deux ans un pôle audiovisuel autour du film d’animation.
Le Festival s’est achevé mercredi avec la projection de "The Wall" en plein air. Un film à l’image de la 5ème édition. Tout en musique, en slapsticks. Space parfois, même.

 
 
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