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N° 173
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem s'interroge : au nom de quoi le système lui demande-t-il de payer des impôts ?

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C’est à Orly, alors qu'il attendait son avion de retour vers Casablanca que l'ineffable Zakaria Boualem a fait la connaissance d'Albert. La particularité d'Albert, c'est de ne pas avoir une tête d'Albert du tout. C'est normal, puisqu'il s'appelait il y a encore quelques semaines Lhoucine. Après avoir obtenu sa nationalité française plus facilement qu'il n'avait obtenu le bac, Albert le néo-gaulois s'apprête à rentrer au Maroc définitivement. Arrêtons nous un instant sur cet adverbe, "définitivement". Il est intéressant de constater qu'il ne s'emploie que pour les Marocains, ou à la limite pour les pays du tiers monde. C'est vrai, quoi. Un Français qui, après avoir passé six ans aux états-Unis, souhaite rentrer en France, ne rentre pas "définitivement". Il rentre, c'est tout. Il peut décider, au bout de six mois, de s'installer en Russie, au Burkina Faso ou au Qatar, même si on peut raisonnablement se demander ce qu'il irait foutre au Qatar. Un Marocain, lui, rentre définitivement, avec toute l'angoisse diffuse que cet adverbe charrie dans son sillage.
Albert raconte à Zakaria Boualem comment il s'y est pris pour rapatrier ses affaires, un déménagement d'une centaine de kilos. Dans un premier temps, il a songé à faire appel à un ex-compatriote, épicier soussi de son état. L'homme lui proposait un transport intégré, de la porte à la porte, pour la somme de 269 euros, payables à la réception à Casablanca. En grand admirateur de Roland Barthes, il avait fixé son prix en
respectant la théorie qui veut que "tout ce qui est précis est réputé réel". Albert avait toutefois rejeté cette option, et il s'était décidé pour la très makhzénienne solution proposée par la RAM. Royal Air Mouchkil avait, dans un effort qu'on imagine intense, conçu une offre spéciale pour les retours définitifs de RME. En passant par la RAM, Albert en a eu pour 400 euros. Plus trente euros pour faire venir les bagages à l'aéroport. Cela ne l'a pas refroidi : depuis qu'il était Français, il était devenu un peu légaliste.
Les problèmes ont surgi à Casablanca, (comme d'habitude, serait-on tenté d'écrire). Sur place, notre Albert, accompagné de Zakaria Boualem, très heureux de suivre un feuilleton aussi passionnant et dont il n'est pas le héros - a découvert que la douane lui réclamait la modique somme de 50 dirhams par kilo. Une dépense surprise de 5000 dirhams, un truc très contrariant.
Du coup, Zakaria Boualem enquête sur cette taxe subite. Il pose des questions au douanier :
- C'est quoi, comme taxe ?
- La douane, 50 dirhams par kilo.
- Mais par kilo de quoi ?
- De n'importe quoi. C'est un forfait.
- Ahhh, en effet c'est un forfait. Si je ramène un kilo de diamants ou un kilo de caleçons, c'est le même prix ?
- Oui, exactement 50 dirhams le kilo.
- Mmmm...
Comme à chaque fois qu'il est confronté à un impôt, Zakaria Boualem ne peut s'empêcher de se poser la question : au nom de quoi le Système me demande-t-il cette somme ? Pourquoi faudrait-il payer 50 dirhams par kilo de caleçons ? La réponse est très simple: pour enrichir le Système, c'est tout. Pendant que Zakaria Boualem réfléchit, Albert négocie. Depuis qu'il est revenu au Maroc, il est redevenu un Lhoucine, administrativement et comportementalement.
Il ne met pas longtemps à obtenir une réduction : la douane réclame maintenant 30 dirhams par kilo. C'est mieux, mais c'est encore trop. Lhoucine se décide à payer, regrettant déjà sa funeste décision de rentrer au pays, et notant au passage que dans le mot pays, il y a le mot payer (Lhoucine est un poète). Il sort sa carte bancaire, son chéquier, et demande au douanier :
- Vous préférez la carte ou le chèque ?
- Liquide, cash. Pas de chèque.
Rappelons pour terminer cette histoire sur une note d'espoir que le Système encourage à travers des communiqués officiels l'utilisation des chèques au détriment du liquide. Rappelons que personne n'a prévenu Lhoucine de ce petit détail de la procédure.

 
 
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