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N° 174
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Islamistes. Les Américains négocient au Maroc

George W. Bush (AFP)
Une rencontre s'est déroulée entre le 17 et le 21 avril à huis clos à Marrakech, entre des personnalités américaines et des opposants islamistes du Proche et du Moyen-Orient. Le choix du Maroc serait dû, croit-on savoir, à des considérations d’ordre sécuritaire, le royaume étant jugé "plus sûr" que d’autres pays arabes… Ces briefings ont permis aux deux parties de parler de certaines questions géostratégiques, entre autres l'occupation américaine en Irak, le conflit israélo-palestinien et la situation politique en Syrie, en Jordanie et en égypte. D'une manière générale d’autres thèmes, comme la culture, les médias et la justice ont fait l’objet d’une attention particulière. Parmi les
participants, on trouve notamment Mohammed Kebaïssi, membre du comité des oulémas sunnites irakiens, le chef du parti d'opposition égyptien Al Wassat, Abou Alaa Madi, ainsi que des seconds couteaux des Frères musulmans syriens. Ce qui présage certainement des changements politiques imminents dans les pays précités, quand on sait que le 4 avril dernier, le chef des Frères musulmans de Syrie, Ali Sadreddine al-Bayanouni, actuellement en exil à Londres, avait publié un communiqué dans lequel il appelle "l’armée (Syrienne) à être un auxiliaire du changement pacifique en Syrie". De là à conclure que le Maroc servirait, d’ores et déjà, à une base de lancement pour le fameux plan imaginé par l’administration Bush pour le Proche et Moyen Orient, il n’y a qu’un pas. Qu’il serait prématuré de franchir !


Prisonniers de guerre. Assez !

Ils l’ont fait. Une quarantaine d’anciens prisonniers civils (marocains) du Polisario ont organisé un sit-in, en début de semaine, à Rabat. Une grande première. La manifestation a eu lieu devant le ministère de l’Intérieur avant de se déplacer devant le Parlement. L’un des fonctionnaires, membre de la cellule Sahara au ministère de l’Intérieur, leur a expliqué, selon nos sources, que "leur dossier concerne le gouvernement en entier et pas le seul département de l’Intérieur". Les manifestants ne bénéficient pour la plupart que d’une maigre solde versée par l’entraide nationale et qui ne dépasse guère les 1000 dh par mois. Leur situation précaire, et le confort dont jouissent certains de leurs anciens tortionnaires retournés au Maroc, sont les principaux motifs de leur colère.


Cyber espionnage. La DGST vise le Sud

Les services de la DGST ont lancé une vaste campagne de surveillance dans les cyber cafés des quartiers chauds d’Agadir et région. L’opération couvre notamment Inezgane, Aït Melloul, Anza et Aït Ourir. Grâce à cette cyber surveillance, nos espions comptent ainsi pister les correspondances et les mouvements des islamistes, nombreux, qui s’activent dans la région. Pour information, rappelons que la cellule d’Aït Ourir avait été démantelée au lendemain des attentats du 16 mai 2003 et que ses membres avaient été condamnés à des peines allant de deux à dix ans de prison.


Sahara. La minurso rempile

Comme prévu, le mandat de la Minurso vient d’être prorogé pour une nouvelle durée de six mois à partir du 1er mai. La décision a été prise dans le cadre de la résolution 1598, adoptée jeudi, à l’unanimité, par le Conseil de sécurité des Nations unies, à l’unanimité. Elle répond, en fait, au vœu exprimé officiellement par Kofi Annan. Théoriquement, et si l’on s’en tient au texte de la résolution et au nouveau mandat de la Minurso, le Maroc et le Polisario se retrouvent avec un nouveau délai de six mois (jusqu’au 31 octobre) pour l’organisation d’un référendum. C’est la raison d’être même de la Minurso…


Déontologie. Une instance, enfin !

Le Syndicat national de la presse marocaine a finalement mis sur pied une haute instance chargée de la déontologie. Bloquée depuis des mois, faute de statuts finalisés, la structure a élu un bureau, présidé par le juriste et ancien directeur de l’Institut de journalisme, Alami Machichi. Les membres de ce bureau (journalistes et membres de la société civile) s’attelleront dans un premier temps à étudier les requêtes en souffrance qui se sont entassées depuis longtemps. Elles proviennent de citoyens, élus et autres particuliers concernant des cas de diffamation, injures ou droits de réponse. Le modus operandi reste à définir.


Patrimoine. Choukri pillé par les siens

La famille Choukri se déchire pour le modeste héritage de l’écrivain. Son frère Abdelaziz s’était introduit, il y a quelques semaines de cela dans l’appartement de Choukri pour récupérer des objets personnels de l’écrivain et les vendre à des collectionneurs allemands. Ses deux sœurs ont, depuis, engagé un avocat et entamé une action en justice pour tenter de récupérer les biens de leur frère : des peintures rares, des papiers administratifs et des manuscrits. Le tout dans l’indifférence générale du ministère de tutelle, de l’union des écrivains, etc. L’écrivain maudit appartient à une famille modeste du Rif. Il avait publié ses premiers poèmes au début des années 1960 au Maroc et n’a jamais quitté son modeste appartement de Tanger, où il a vécu jusqu'à sa mort, provoquée par un cancer.


Terrorisme. Saïd Al-Maghribi est tombé

C'est Le Figaro qui a sorti la nouvelle. Le journal révèle que la DST a interpellé à Paris et à Marseille, dimanche et lundi derniers, six personnes soupçonnées de "jihad" en Irak. Le coup de filet a permis d’interpeller un islamiste marocain recherché depuis plusieurs années, connu sous le nom de Saïd Al-Maghribi. Ce Marocain de 39 ans était en contact avec des réseaux implantés en France. Mais ses connaissances ne se limitent pas à ce cercle européen. Selon des sources policières, il s’est rendu à la fin des années 90 en Afghanistan dans les camps d’entraînement des partisans de Ben Laden. Il y aurait rencontré plusieurs responsables d’Al-Qaïda. Depuis, le Marocain est reparti en Géorgie où il a tenté de passer en Tchétchénie. Sans y parvenir. Il se serait fait repérer en Turquie. à son retour en France en 2003, l’homme s’est enflammé pour le djihad irakien. D’après Le Figaro, deux des personnes arrêtées étaient sur le point de l’accompagner pour des "missions" en Irak.


Fusion. Dîner de gauche

La Gauche socialiste unifiée et Fidélité à la démocratie sont en train de finaliser leur fusion. Le mercredi 27 avril, ils ont organisé au Restaurant Nostalgia (cela reflète un état d’esprit) un dîner débat auquel a pris part le gotha de l’élite de gauche. Mohamed Sassi y a plaidé pour une "révolution partisane", qui se redonne le droit à l’opposition et redonne sens aux principes de la social-démocratie. Les interventions qui ont suivi partaient, hélas, dans tous les sens. Mais la machine est lancée. Le 8 mai, une réunion plus restreinte et ciblée réunira les militants directement concernés. Ordre du jour : clarification du contrat entre la majorité future et les tendances minoritaires. C’est clair, les intentions sont nobles. Pour le reste ? Wait and see.


Partis. Le Badil fait grève

Les islamistes de Al Badil Al Hadari ont décidé d’entamer une grève de la faim illimitée à partir du 5 mai prochain, pour réclamer le récépissé qui donnerait officiellement naissance à leur formation politique. La décision a été prise au cours de la réunion du secrétariat général du parti, qui s’est tenue le samedi dernier. Dirigé par Mustapha Moâtassim, porte-parole d’Al Badil Al Hadari, le groupuscule islamiste se dit "plutôt proche de la gauche sinon de la social-démocratie" et milite également pour " la liberté d’initiative et l’économie libérale".


Justice. Des orphelins en colère

Suite au black out dont ils ont souffert, les pensionnaires de la maison de bienfaisance islamique de Mohammedia ont décidé d’ester en justice. Le dossier remis à Me Abderrahim Jamaï regroupe des plaintes faisant état de personnes maltraitées, de décès par négligence et de transport abusif à l’asile. Le recours à la solution judiciaire intervient après que le ministère de tutelle ait tardé à réagir suite à une enquête diligentée sur place. Le syndrome de Aïn Chock aidant, les plaignants attaquent aujourd’hui l’entraide nationale, l’association gérante et la wilaya de la ville. Affaire à suivre.


Marrakech. Les victimes de Nancy

Nancy Ajram n’aura pas fait que des heureux à Marrakech. Déplacés pour laisser place au concert de la star libanaise, la centaine de restaurateurs de la place Jemaâ El Fna se plaignent de ne pas avoir pu travailler ce soir-là. Ils s’estiment aujourd’hui lésés par la mairie de Marrakech qui leur loue leurs stands. Un samedi normal, la recette se monterait à 3000 dirhams environ. Ce samedi là, elle s’annonçait exceptionnelle. Marrakech était bondé de touristes marocains, en week-end prolongé de l’Aïd El Mouloud. Un petit dégât collatéral dû à la tornade Nancy.


Associatif. Scandale à Béni Mellal

Notre confrère Amale Samie a été convoqué, le 26 avril, par la police judiciaire de Béni Mellal qui lui a présenté des tirages de pages publiées par le site "Tamazgha.fr" domicilié en France et contenant, entre autres, un texte anonyme posté sur un forum ouvert, s’en prenant à la monarchie marocaine dans des termes indécents. Il risque d'être poursuivi pour crime de lèse-majesté. Le journaliste, qui a également été entendu par la gendarmerie, passe, en outre, le 4 mai devant le tribunal de 1ère instance de Béni Mellal pour répondre des accusations de racisme, incitation au tribalisme, trouble à l’ordre public, etc. "On me persécute, on harcèle mon association (ASIDD) et la population qui y a adhéré, pour avoir monté une école et défendu les intérêts des plus faibles. C’est scandaleux". D’accord à 100 %.


Diffamation. Basri débouté

"La presse marocaine est libre !". Les deux avocats de Maroc Hebdo International (MHI) ne cachaient pas leur satisfaction vendredi 22 avril à Paris après le jugement qui a débouté Driss Basri de sa plainte en diffamation contre l’hebdomadaire. "Il a voulu museler la presse, mais rien ne nous empêchera de parler", a déclaré Maître Noureddine Habibi Alaoui à TelQuel. Le tribunal de Paris a en effet innocenté Mohamed Selhami et Abdellatif Mansour, respectivement directeur de la publication et journaliste de l’hebdomadaire, que Basri poursuivait pour un article le mettant en cause dans le développement de l’intégrisme islamiste au Maroc.


3 questions à Kamal Lahbib (Dirigeant du mouvement alter-mondialiste au Maroc)

Où en sont vos négociations avec le gouvernement marocain pour la tenue, en 2006, d’un sommet du Forum Social Mondial (FSM) dans le royaume ?
Elles sont au point mort. Nous attendons toujours la réponse des autorités marocaines. Mais nous ne sommes pas les seuls à attendre. Le comité international du FSM attend aussi… Le délai d’une réponse avant le 30 avril sera de toute façon dépassé, mais on ne pourra pas attendre éternellement.

Que gagnerait le Maroc à abriter un tel événement ?
Il gagnerait à deux niveaux au moins. Le Maroc officiel clame que le pays est en phase de démocratisation. En abritant ce sommet de contestation (face à la mondialisation), il fera preuve d’une réelle ouverture à l’autre, à l’opposition, à la différence, au dialogue…etc. En un mot à la démocratie. Au niveau du crédit à la fois interne et externe, cela représente beaucoup. Et puis le mouvement démocrate, et social, marocain, aura enfin l’occasion de faire entendre sa voix. Même les Européens nous soutiennent dans cette démarche.

Comment expliquer le soutien des Européens ?
Par la proximité d’abord. Marrakech n’est pas Porto Alegre ou Bombay. Au-delà, la symbolique du Maroc est très forte : c’est une terre d’Islam, assez proche, géographiquement au moins, des conflits armés (Irak, Palestine) et idéologiques (islamisme…etc) qui intéressent l’Europe et la planète entière.



Billet : Mal élus, mal aimés (par Driss ksikes)

Nos parlementaires se rebiffent. La semaine dernière, les Pjdistes se sont dit offusqués par l’attitude de Saâd El Alami. Le ministre istiqlalien avait démasqué l’un des leurs, l’accusant d’utiliser le courrier institutionnel pour lui soutirer des faveurs personnelles. Quelques jours plus tard, les conseillers de la deuxième chambre s’en sont pris à Al Ahdath Al Maghribia, qui avait fait état d’une enquête diligentée contre leur vice-président, Abderrahmane Labdek, pour extorsion de fonds. Dans l’amalgame d’une séance houleuse, ils ont déploré la marge de manœuvre dont use la presse indépendante et le peu de cas qu’elle fait de leur statut d'immunité. Ces accusations qui fusent de toutes parts et accablent les élus demandent certes à être étayées. Mais en attendant, un parlementaire soupçonné de corruption, pendant l’exercice de ses fonctions, ne peut être ménagé. Parce qu’à la base, élus et conseillers ont mauvaise presse. Leurs tares présumées ? L’achat de voix, la transhumance, la demande de hausses de salaires indues, le manque d’implication, l’acceptation du statut quo, l’affairisme, les coups bas. Tous les parlementaires ne sont pas de cet acabit. Mais la plupart étant mal élus, serviles en plus, acceptant le rôle banal de caisse d’enregistrement, il est prévisible qu’ils soient mal aimés. Dilemme : un procureur du roi devrait-il tenir compte de l’image de l’élu dans la société et dans la presse ou de celle qui lui est dévolue dans les modèles classiques de la démocratie ? Un pseudo élu en sous-démocratie aurait-il droit à la même immunité dont jouit un vrai élu ? Tout dépend du risque qu’il prend. Quant il n’a pas d’emprise réelle sur la décision politique, un élu ne représente plus que lui-même. Alors qu’il ne vienne surtout pas sacraliser son institution pour se mettre à l’abri. Ça ne passera pas.



Billet : Crise de langue (par Karim Boukhari)

Cette anecdote : 2 M a reçu le projet d’une émission en berbère, son comité de lecture n’y a rien compris, alors la chaîne a invité l’auteur du projet à bien vouloir le traduire en arabe ou en français avant de la lui (re)soumettre. Vous trouvez cela normal ?
On peut considérer l’anecdote sous un angle officiel et palabrer jusqu’au nouvel an berbère sur l’amazighité, le linguisme, les quotas, etc. Bien à vous ! Pour aller plus vite, on se contentera de jongler avec la chose en nous mettant à la place de tout le monde. Oui, tout le monde. Les journalistes et techniciens berbérophones de la chaîne sont moitié amusés moitié choqués, dans tous les cas incapables d’être du moindre secours à l’auteur. à la direction, on est fier d’avoir à monter un projet en berbère et embarrassés de n’avoir aucun berbérophone pour décider de son intérêt. Au comité de lecture, on se tourne les pouces en attendant la version arabe, ou française, du projet. La suite n’en sera que plus dure : que faire de ce projet, une fois traduit ? L’accepter les yeux fermés parce qu’il est berbérophone, et que l’état encourage la "bérbèrophonie" ? Ou le refuser parce qu’il est berbérophone, et que le comité de lecture est incapable d’évaluer un projet dont il ne comprend pas la langue ?
Le projet, dans tout cela, aura emprunté des cheminements incroyables avant d’atteindre sa destination finale : la télévision ou la poubelle. S’il se concrétise, c’est qu’il aura été traduit du berbère à l’arabe ou au français, avant d’être retraduit en berbère pour être tourné. C’est très compliqué. Pour la chaîne, pour l’auteur, pour le public qui aura à consommer le produit final. Mais c’est à l’image, humble et anecdotique, des difficultés de ce pays face à des questions trop longtemps ignorées… Bon courage à tout le monde.



Vite !

La Constitution réécrite par les experts réunis par TelQuel (n°173) ne laisse pas indifférent. Au Conseil constitutionnel, haute instance chargée de la question, il a été décidé que tous les membres examinent de plus près les propositions de nos "constituants" et fassent part de leurs remarques. L’idée de réforme suit son chemin. Même dans les sphères de l’Etat.

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Le secrétaire général du Conseil des communautés israélites au Maroc, Serge Berdugo, ne semble plus en odeur de sainteté dans les hautes sphères du pouvoir. Il aurait, selon des sources dignes de foi, tenté d’obtenir, en vain, une entrevue "royale" pour dissiper les nuages qui planent sur la gestion financière du patrimoine de la communauté. Berdugo est catalogué par ses adversaires, nombreux dans la communauté, "d’homme du système Basri".

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La RASD aura bientôt son "parlement". Les travaux de construction devraient démarrer avant fin mai. C’est à Tifariti que le bâtiment serait érigé, sur une superficie globale supérieure à 1000 m2. La réalisation du projet a été confiée à une société espagnole. Du côté des officiels polisariens, c’est Mahfoud Ali Beiba qui semble superviser le projet.

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Notre confrère et aîné, Mustapha Karchaoui, a succombé le jeudi 28 avril suite à une longue maladie. Ancien directeur d’Al Ittihad Al Ichtiraki, membre fondateur d’Al Adath Al Maghribia, ce socialiste proche de Mohamed el Yazghi, avait quitté le bureau politique de l’USFP pour préserver sa probité intellectuelle. Elle est restée intacte.

 
 
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