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Par Driss Bennani et Hassan Hamdani
Dossier. Objectif mariage
Archaïque, compliqué, lourd, contraignant, coûteux, le mariage n'en reste pas moins une institution solide, bien installée et attrayante. Ses adeptes se comptent par millions. Comment fonctionne cette machine ? Peut-on, ou plutôt veut-on y échapper ?
La Moudawana a-t-elle changé quelque chose au mariage ? "évidemment, elle a tout changé", voit-on déjà répondre énergiquement les plus endurcis parmi les défenseurs du nouveau texte. Droit au domicile familial pour la femme, |
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responsabilité collégiale du ménage, le divorce au lieu de la répudiation, l'absence du tuteur et la liste est, heureusement, encore longue. Mais tout cela a-t-il pour autant désacralisé le mariage en tant qu'institution sociale ?
Les mêmes défenseurs endurcis marquent un temps de pause. Abstraction faite du niveau de scolarité et des origines socioprofessionnelles, le mariage reste la tendance est générale - encore une fin en soi. "Le but ultime d'une vie, avec le travail", selon Hachem Tyal, psychiatre.
Objectif ou obsession ? Il n y a généralement, pour y parvenir, qu'un pas (ou un âge) à franchir. Dans le référentiel religieux, encore indissociable du contexte social, le mariage est décrit comme "la moitié de la religion". "Un bon musulman ne l'est donc réellement qu'une fois marié. En se mariant, on dit souvent qu'il parfait sa religion. Ce qui fait du mariage un impératif religieux", explique un professeur de théologie. Dans la société, le célibataire est un "zoufri" qui a encore envie de "tsalguit". Lisez un coureur de jupons encore loin des 400 coups réglementaires. Une célibataire, vivant seule et recevant amis et collègues est une fille facile, "qui n'a pas trouvé hommes pour la mater" et qui doit envier "lallat'ha" (ses modèles) qui vivent rangées dans leurs foyers , couvant mari et enfants. "Qu'elle profite donc de son temps de liberté parce que bientôt, elle sera une "bayra" dont plus personne ne voudra". "Quoi qu'on dise, tranche d'emblée Aboubakr Harakat, psychologue, nous vivons encore au sein d'une société traditionnelle qui ne tolère pas une relation entre un homme et une femme hors de l'optique de l'union sacrée. Il ne faut pas se leurrer cette conception est souvent intériorisée par les jeunes amoureux eux-mêmes". Et puis le mariage (ce n'est pas fini), c'est aussi -surtout diront certains- cette grosse machine financière, tribale, ethnique et sociale qui se met en branle, dès lors que les deux conjoints décident de rendre publique leur union.
A l'école du mariage
Aux oubliettes donc, cette image idyllique du foyer douillet où les deux conjoints vivent d'amour et d'eau fraîche. Le mariage est une institution sociale, stricte, compliquée, contraignante, archaïque mais solide. Alors, comme pour les autres choses de la vie, fait-on un apprentissage du mariage ? Cela dépend de ce que la nature aura fait de nous. Un garçon, c'est bien simple, n'entend parler de mariage que dans le cadre de taquineries souvent salaces (qu'il s'empresse de rejeter d'ailleurs). Plus tard, il sera l'homme. Mais pas le père, encore moins le mari. Une fille, c'est différent. Très tôt, elle doit apprendre à être "responsable". Très vite également, elle sera initiée à la cuisine, au ménage et au baby-sitting, voire à l'obéissance et à la sauvegarde de l'honneur familial parce qu'elle est destinée à être femme et mère. La pratique est encore courante dans certaines familles traditionnelles, une fille peut même être promise, dès sa naissance, à un cousin du même âge ou un peu plus âgé qu'elle. Les deux familles feront tout ensuite pour que les deux enfants se découvrent des atomes crochus.
Fille ou garçon, les deux se rejoignent cependant quand il s'agit du modèle à suivre. Modèle unique parce que limité à celui du père et de la mère. "Faute de comparaison entre plusieurs modèles, l'enfant intériorise le fait que la seule relation qui peut unir un homme à une femme, est le mariage", démontre le sociologue Jamal Khalil qui se rattrape, "le seul autre modèle possible est celui de parents divorcés, très mal perçu par la société et donc rejeté". à ce stade, la pression sociale est encore balbutiante.
Puis vient l'adolescence. L'âge de toutes les découvertes, à commencer par celle de soi-même. "Avant, il y a de cela deux générations, c'était à ce stade que les unions étaient scellées autant pour les garçons que pour les filles, arrivées en âge de procréer. Aujourd'hui, il y a les études et la mixité à l'école qui retardent l'échéance", observe Harakat. Rien de particulier à signaler, passez à l'étape supérieure. Celle des études universitaires et très vite, de la vie active. On a alors entre 25 et 30 ans, un emploi stable et plus ou moins bien rémunéré, une autonomie financière et toujours pas de partenaire. Pour un homme, ça ne pose pas vraiment de problème. "Malek âliha ? à 25 ans, on est encore jeune pour être marié, tu n'as encore rien vu !", s'est vu répondre ce jeune Casablancais lorsqu'il a annoncé à sa maman son désir de se marier après sa première année de travail. Encore trop jeune pour voir quoi au juste ? Plus de femmes, tout simplement. "à cet âge, on n'a pas encore
eu assez d'expériences, même sexuelles", répète-t-on dans les cercles familiaux, même les plus fermés. "A 25 ans, l'homme bénéficie d'un délai de grâce", selon l'expression de Harakat. Délai qui peut se prolonger jusqu'à 35 ans ou plus, l'âge où on estime qu'on a assez vu de femmes pour se suffire d'une seule. Officiellement, on dira toujours que c'est aussi le temps pour se construire, se stabiliser et apprendre à assumer ses responsabilités. Il n'en reste pas moins que dans l'imaginaire collectif, le mariage marque pour un homme une rupture entre deux vies. Celle du jeune noceur et celle de l'homme responsable et rassasié, à la limite de la "fatigue".
Kayen shi Maâqoul ?
Pour la femme par contre, point de grâce. C'est déjà beaucoup qu'on l'ait laissée tranquillement finir ses études, il ne faut pas trop en demander non plus. à 25 ans, on est déjà "vieille fille" dans certains milieux, surtout populaires où la femme n'a pas poursuivi d'études supérieures et n'attend plus que "zmanha" (littéralement, "son devenir", concrètement, son homme). Même instruite et occupant un poste important, une femme subit d'énormes pressions à cet âge. Et deux fois sur trois, elle cède même quand elle n'est pas elle même demandeuse. "à 25 ans, une jeune fille a suffisamment intériorisé l'image de la femme et de la mère qu'on lui a enseignée pour éprouver une fois son premier objectif atteint (les études), l'envie de fonder une famille, de trouver un partenaire et de faire un bout de chemin à deux. à cet âge-là, une fille a encore besoin de rêve et d'idéal qu'elle croit entretenir en se mariant ", nuance Aboubakr Harakat. "En plus, ajoute cette sociologue de Rabat, dans le langage populaire, une fille est toujours la fille, la femme, la mère ou la sur d'un mâle. Elle n'a d'existence dans l'espace public que par sa relation à un homme".
Sans tourner à l'obsession mais baignant dans l'idéal, tous les mâles qui l'entourent deviennent des candidats à l'union et quand une relation se prolonge avec l'un d'entre eux (quelques mois suffisent), elle se voit déjà questionnée : "iwa, âynou fshi maâkoul" (Alors, cherche-t-il quelque chose de sérieux ?) quand ce n'est pas elle qui fait le premier pas. Si c'est le cas, la relation est alors tolérée (elle n'est du moins pas empêchée) du moment que l'option du mariage pointe à l'horizon. "Le mariage n'est que la formalisation d'un état de fait", fait remarquer Harakat. La formalisation d'unions (pas forcément sexuelles) librement consenties qui précèdent le mariage, "une manière d'être en règle vis à vis de la société, de sortir de la clandestinité". évidemment, il y a les rebelles, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, adeptes de l'amour libre. Mais alors, "il faut une force psychologique très forte pour assumer cette rupture avec la société", analyse Jamal Khalil.
L'explication peut paraître grossière, mais à partir de 30 ans (et plus), la femme atteint ce que les spécialistes appellent "le seuil biologique". Clairement, cela veut dire que si elle attend davantage d'années, elle risque de ne plus enfanter. Ajoutez à cela la frustration d'une famille qui marie ses filles l'une après l'autre et vous comprendrez pourquoi à cet âge, la pression tourne au harcèlement. A vrai dire, les familles n'ont même plus à faire pression. Passé un certain âge, une femme sent indéniablement "l'urgence ou le besoin de se marier". Bouchra est fille d'un haut gradé, elle a passé 10 ans à l'étranger avec la même personne."Le jour où on a pensé au mariage, sa famille a refusé et il a cédé. J'avais 33 ans. J'avais l'impression d'avoir perdu 10 ans de ma vie pour rien. Un sentiment bizarre dont je ne me croyais pas capable. J'ai alors commencé à chercher un mari, à chater sur Internet. J'ai fini par le trouver, un médecin bien installé, prétendu homme d'affaires. Six mois plus tard, j'ai découvert que j'étais mariée à un menteur fini. En plus, je n'arrêtais pas de lui trouver des défauts à force de le comparer à mon ex. Mais bon, je n'avais pas trop le choix. C'était mon destin et il fallait l'assumer".
Homme cherche bonne (femme)
Si le célibat se prolonge par contre, les parents se résignent à accepter le mektoub (le destin) de leur fille, ne manquant pas une occasion (mariage, baptême, etc.) pour s'en apitoyer et toute la famille avec. L'homme aussi a un seuil, sociétal celui-là. Un homme mûr, à l'aise financièrement et qui vit seul paraît louche. Le délai de grâce a alors expiré. Souffre-t-il d'un problème ? Aime-t-il réellement les femmes ? Faut-il l'emmener visiter tel ou tel autre marabout ? L'une de ses conquêtes de jeunesse lui a-t-elle jeté un sort, le pauvre ? Ceci quand il n'est pas le premier à estimer que "baraka (ça suffit), il est temps de trouver une gentille femme qui s'occupe de lui, qui repasse ses habits, prenne soin de son ménage et lui assure une bonne descendance". En fait, il s'agit de se fondre dans la foule, de ne plus rester en dehors du cercles des hommes respectables, de revêtir l'habit social. Quitte à jouer la comédie. "Quand mon cousin (44 ans) a demandé sa femme en mariage, il s'est présenté comme un gentil médecin rangé et sans histoires. Aux parents conservateurs de son épouse et à cette dernière, il a caché qu'il buvait de l'alcool, et même le simple fait qu'il fumait. à ce jour, il continue de se brosser les dents avant de rentrer chez lui et n'envisage pas encore de dire la vérité ne serait-ce qu'à sa femme, alors que sa propre famille est au courant", témoigne Said. Un véritable cas psychologique, révélateur d'une attitude schizophrène. Cet homme n'a pas réussi à faire la rupture entre ses deux vies. Tout en aspirant au rang d'homme marié et donc respecté, il n'en a pas pour autant fini de "tirer son 401ème coup". Dès lors, pourquoi s'est-il marié ? Qu'est-ce qui l'y a poussé ? Tyal avance l'explication des "règles implicites". à 44 ans, notre homme sait que (c'est sa règle implicite dans ce cas) "à son âge, il faut se marier pour mériter sa place dans la société". Inconsciemment, il y a adhéré.
Je t'aime, ma famille non plus
Jeunes ou moins jeunes, hommes et femmes finissent par y arriver : la rencontre familiale. "à ce stade, note Jamal Khalil, ce ne sont plus deux individus qui se marient mais deux tribus, deux régions ou deux ethnies. Chaque membre de la tribu estime alors avoir droit au chapitre. Chacun cherche son propre modèle et dénigre le modèle choisi par le marié ou la mariée". Un exemple pour illustrer cela, ce sont les enfants d'un veuf qui lui choisiront sa nouvelle femme. Quelque part, ils reproduisent ainsi l'image de leur mère.
Passé ce cap (il y a certainement des exceptions), une bataille enragée commence pour en mettre plein les yeux à la nouvelle belle famille. Quand la famille de la fille est plus aisée, il se trouvera toujours une parente du mari pour donner la réplique : "Nous lui donnons le meilleur des hommes. Et puis, c'est elle qui lui a couru après". Et vlan, l'équilibre des forces (faussé par la fracture sociale) est ainsi rétabli.
Puis très vite, on en vient aux détails. Qui payera la cérémonie ? Qui amènera quoi ? Là encore, les deux mariés sont généralement gentiment écartés. "C'est une affaire de grands". Mais alors, pas question de lésiner sur l'orchestre, la neggaffa qui se fournit chez Cartier et qui ne rate pas une édition de "Caftan", le chocolatier le plus select du moment, les cartons d'invitation qui gazouillent en s'ouvrant, etc. Quitte à ce que cela coûte le prix d'un appartement ou une année de vie du nouveau couple, les médisants ne doivent pas trouver à y redire.
Toute cette machine s'enclenche très tôt. Juste après le premier rendez-vous officiel ou les fiançailles. Ne dit-on pas qu'une nuit de mariage nécessite une année de préparation ? Mais alors, peut-on arrêter cette machine ? Se rendant à l'évidence que le candidat choisi n'est pas forcément celui qu'on recherche, peut-on crier stop ? Peut-être mais alors, c'est à ses risques et périls. Eventualité n°1 : la machine est plus forte que vous. Vous avez franchi le pas, vous l'assumerez. Vous refusez alors de voir la réalité, attendant des lendemains meilleurs. Eventualité n°2 : vous êtes courageux, contre famille et belle famille, vous imposez votre choix de rupture. C'est alors le clash, votre ex future belle famille le prend comme un affront et vous l'assumerez. "J'avais demandé ma cousine en mariage. Et c'est elle qui a arrêté le processus sans plus d'explication. Dans la famille, il y a eu un black-out total. Depuis cinq ans maintenant, le sujet n'a encore jamais été évoqué, du moins pas devant nous. Aujourd'hui, on se retrouve dans les mariages et lors des fêtes, on se dit bonjour mais tout le monde attend le moment fatidique : celui du mariage de l'un d'entre nous. La gêne est encore totale. D'ailleurs, depuis ce jour là, je n'ai plus jamais mis les pieds chez la famille de ma cousine", raconte Ahmed, aujourd'hui trentenaire et toujours célibataire.
Contrairement au pauvre Ahmed, vous avez passé l'étape de la cérémonie avec brio. Du haut de vos âmmarias respectives, portées par d'énergiques épaules payés au prix fort par le père de la mariée, vous avez salué, très mal assis, les centaines de convives qui, ravis de la qualité des mets et de la prestation de l'orchestre, sont prêts à remettre le couvert quand vous voudrez. Au milieu de tout cela, vous ravissez votre dulcinée et disparaissez lui conter fleurette en toute intimité. Le réveil est enchanteur, le petit déjeuner royal et le voyage de noces se présente sous les meilleurs auspices. à votre retour, vos parents (si vous êtes le mari) organisent une soirée, non moins fastueuse, pour célébrer votre retour de noces. Par malchance, tous vos invités se sont accordés pour vous offrir des soupières. Si votre banquier n'est pas très regardant, il vous fera de nouveaux crédits pour meubler la maison, acheter le frigo, l'aspirateur, le grand écran, le salon marocain et la chambre d'amis
pour la belle famille. |
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Vivre à deux avant le mariage. ça change quoi ?
Pour commencer, disons que forcément, on apprend à mieux se connaître. Ce concubinage que les plus conservateurs de ceux qui le pratiquent appellent pré-mariage se propage dans les grandes villes, surtout quand les parents des deux amoureux vivent loin du lieu de travail de leurs rejetons. Généralement, tout le monde a forcément ses petits soupçons, qu'il préfère taire du moment qu'une date a été fixée pour le mariage, et que tout va bientôt rentrer dans l'ordre. Dans l'esprit de nombreux concubins de ce genre, ils ne font rien de grave, ils se considèrent déjà comme mari et femme. Le contrat de mariage n'est pour eux qu'une formalisation administrative d'un état de fait établi. D'ailleurs, en tête du même contrat de mariage, n'est-il pas vulgairement inscrit "Aqdou niqah" (contrat de consommation sexuelle légale) ?
Leur union, les deux tourtereaux l'ont déjà librement consentie. Ils attendent simplement d'en finir avec les préparatifs de la cérémonie qui, à force de grossir, finit par se confondre avec leur mariage. C'est plus rare, mais il se peut que leurs deux familles acceptent expressément la vie à deux des enfants en instance de mariage, tout en gardant un il lointain mais scrutateur sur leurs faits et gestes. Mais alors, la vie à deux permet-elle de vivre mieux une fois mariés ? "Pas forcément", tranche le psychiatre Hachem Tyal. "Quand le couple franchit le pas du mariage, les règles changent. En signant le contrat, chacun des deux partenaires adhère à plusieurs règles sociales (plus de virées avec les copines (copains) célibataires, la belle mère n'apprécierait pas) et se donne le droit d'être plus exigeant". |
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Agences matrimoniales. Rencontres du 3ème type
L'agence matrimoniale, activité récente au Maroc, a bien du mal à se faire une place au soleil sur le marché juteux du mariage. Union 3000 est la seule agence de ce type sous nos tropiques. Ouverte il y a 8 ans, elle a un fichier clientèle qui atteint à peine les 1000 inscrits, auxquelles il faut retirer 40 % cent détrangers peu concernés par les débats matrimoniaux marocco-marocains. Deux tiers de femmes pour un tiers dhommes parmi ces inscrits. Qui recherche le conjoint idéal par cet intermédiaire ? Les "cadrettes" trentenaires et dynamiques forment le gros des troupes féminines. Chez les hommes, lâge se situe plutôt aux alentours de la quarantaine, ce sont en général des " bons partis". Lagence sest adaptée aux mentalités marocaines. Cest ainsi que les femmes inscrites ont souvent à préciser létat de leur hymen lors de leur inscription, puisque près de 50% des hommes faisant appel au service dUnion 3000 lexigent. Les hommes sont plus motivés que les femmes et trouvent la perle rare, "sérieuse, de bonne famille, de 10 ans moins âgée, jolie", au bout du 3 ème rendez-vous. Bref, rien de nouveau sous le soleil, malgré la nouveauté du procédé. Pour les femmes, cest une autre paire de manche. Elles sont plus exigeantes et regardantes. Voir trop parfois. La petite secrétaire, la vingtaine pimpante, remplit son dossier avec en tête limage dun homme idéal plus âgé quelle, installé dans la vie. Elle est prête à débourser 5000 dirhams de frais dinscription si cet investissement peut laider à gravir léchelle sociale par la magie de lunion à deux. Cependant, cette jeune fille est un joli arbre qui ne doit pas cacher la forêt. Beaucoup parmi les hommes et lses femmes inscrits demandent avant tout à rencontrer des gens "ouverts desprit et de culture moderne". Autant dextra-terrestres qui nont pas trouvé E.T. par les moyens traditionnels. |
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Hijab. Le voile de la mariée
Tout à coup une fille du quartier se met à porter le voile du jour au lendemain. Cela ne surprend plus personne dans le derb : elle a atteint lâge du mariage et lannonce à la cantonade
silencieusement par ce simple bout de tissu. Il peut y avoir, bien évidemment, derrière cet acte des considérations religieuses, mais elles sont elles-mêmes partie prenante dans le choix de la dulcinée chez les hommes. Lhomme, qui repère dans son quartier une fille "maâqola", sous prétexte quelle a couvert sa chevelure damazone, sait en réalité à quoi sen tenir. Il croisait déjà la même fille en allant faire son tiercé le matin, et, avait déjà repéré la courbure de ses lignes et tout le toutim qui fait la joie des maris priapiques. Le but véritable du voile nest donc pas de tromper son futur mari sur son passé. Avec ou sans voile, cest souvent le cas, les filles vivent leur sexualité quelle soit épanouie ou embryonnaire. Désirant se marier, les filles usent du fichu sur la tête comme un symbole de leur sérieux retrouvé. Pour lhomme, ce même bout de chiffon est une garantie sur lavenir. Une sorte de ceinture de sécurité contre les dérapages incontrôlés. Cest aussi lassurance pour lhomme dépouser une fille présentable qui ne lui foutra pas la honte en famille. |
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Lexique. Les mots pour le dire
Les parents conseillent souvent au fils de prendre une fille "sghira bach tlaâ âla ydou" (quelle grandisse entre ses mains). Et sur ses genoux aussi, une fois bien élevée. Avant lunion, la fille doit être "bmiktha" (avec son plastique). Cependant, les garçons savent le cellophane fragile pour avoir eux-mêmes abîmé lemballage de plusieurs ex-petites amies. Personne nétant dupe, ils revoient assez vite leur ambition à la baisse. Leur future femme a été touchée par dautres. Mais lhonneur est sauf tant quelle na pas dépassé "99 derba" (99 coups) disent les plus polis. Elle nest pas "msserha" (ramonée), on fera avec le reste car, comme au théâtre, la 100 ème représentation est le vrai moment de gloire. Quand les familles entrent en conciliabule, le premier jour, pour marquer le territoire de chacun, on se lance des vérités à la figure parce que "nhar lewwele kaymout lmouche" (le chat meurt le premier jour). Une fois la 100ème jouée, le langage entre de plain-pied dans lunivers carcéral. Une secrétaire divorcée se plaint davoir quitté "lhabsse bache tglesse fbabou" (elle a quitté la prison pour sasseoir à sa porte). Une vieille fille ou en instance de le devenir attend "zmanha" (son temps, son devenir). Lui veut "Yjmaâ rassou" (ramasser sa tête, se ranger).
Réunies entres amies, la fille lance, taquine : jai laissé "Albaâl" (le mâle, en arabe classique) se démerder seul à la maison. En quittant le domicile du père, la nouvelle mariée sentend susurrer par la tante ou la grand mère: "wouldek âlache trebba, rajeleke âlache twoullef" (ton fils, tu léduqueras, ton mari, tu lhabitueras). Lors de votre cérémonie, lorchestre chantera "Datou w datou, wellah ma khallatou" (elle la eu, elle la eu, cest sûr, elle ne la pas laissé). Au retour de son voyage de noces, le jeune marié subira les taquineries de ses copains : "safi, jamâatlek rjline ?" (elle ta ligoté les pieds ?), "qoulbatek had lmsikhita" (elle ta eu la coquine). Bonne chance. |
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Dernier mot. Mari âge (Par Yasmina Rhoulami)
"Iwa, Hta layen, Hada ejehd ? Tu as un bac plus sept, tu travailles depuis des mois, moi à ton âge, jétais mariée depuis longtemps et javais déjà deux enfants!". Laquelle dentre nous, na pas eu à subir ces phrases assassines dont nos mères, grand-mères, tantes et cousines, nous bassinent ? à croire que lon a une date de péremption qui dit attention, à ce train là, tu vas te retrouver bayra et aucun homme ne voudra de toi.
Bonjour la déprime ! Mais quest ce quelles croient, que lon a envie de se retrouver vieille fille et de ne pas goûter aux joies de la vie de famille ?
On a beau jouer les résistantes, se croire différentes, mais laquelle dentre nous, na pas rêvé dêtre sacrée reine de la soirée, admirée du haut de sa âamariya, encensée par une foule en délire, transportée par les rythmes envoûtants de la daqqa marrakchia, des "ddahawddaha" et autres "fdar baha". On a toutes envie de rencontrer lhomme de notre vie, de lui dire Oui et de fonder une famille. Mais pas à tout prix.
Car le mariage est un engagement qui suppose mûre réflexion. Et les gens confondent souvent le mariage et la soirée censée le célébrer. Ils vont passer des mois à choisir le traiteur, le chanteur, le coiffeur, la neggafa ; et à préparer trousseaux, caftans et hdiya. Pour quau bout du compte, et quelles que soient les idées géniales et originales quils auront dégotées, ils soient critiqués par les invités : "la mariée était aussi blanche quune geisha, lorchestre, wili chouha, quant au dîner, il était trop froid, vraiment hchouma". Voila ce qui restera de la soirée qui aura coûté le prix dun appartement. Alors chères mères, grand-mères, tantes et cousines, nous savons que cest parce que vous nous aimez, que vous voulez tant nous voir casées. Mais si vous nous aimez vraiment, laissez nous donc prendre le temps dy réfléchir suffisamment et de ne pas nous marier parce que cest le moment. Si nous ne nous marions pas avec le premier venu, cest simplement que nous ne voulons pas que notre mariage se solde par un divorce au bout de six mois.
Et si par êtes alléchées par lidée de vous trémousser sur fond de chaabi et de charqi eh bien nous nous ferons une joie de vous offrir une "qssara aala hqha wtriqha", en attendant le jour béni où on aura trouvé l'Homme qui va avec. |
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