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N° 174
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Religion. In Rock we trust

Delirious
Du 6 au 8 mai, un festival de rock chrétien à Marrakech ! Friendship Fest, de son petit nom, n’a pas encore eu lieu qu’il prête déjà le flanc à la critique. Et pour cause, derrière les riffs de guitare, des groupes de rocks "chrétiens" sélectionnés par les fondamentalistes de la Friendship Caravan, une plâtrée d’évangélistes du sud des Etats-Unis, tout aussi ouverts à la rébellion rock que des talibans. 25 d’entre eux seront d’ailleurs présents en marge du festival pour dialoguer avec des dignitaires musulmans. Tous les groupes invités vendent des albums par millions, ils sont chers à faire venir. Mais les Américains, très gentils avec le Maroc depuis quelques temps,
ont pris en charge les cachets de toutes ces stars du rock chrétien : 2 millions de dollars tout de même, mais quand on aime on ne compte pas. L’Association du festival de l’amitié, qui regroupe les acteurs politiques et touristiques marrakchis, ont défendu l’idée de ce festival très "orienté" au nom de la visibilité touristique du Maroc aux Etats-Unis. L’enjeu : vendre l’image du Maroc au lobby néoconservateur américain. Les Américains, quant à eux, soutiennent la manifestation au nom du rapprochement des peuples. L’enjeu : redorer l’image écornée des états-Unis au Maroc. Vous l’aurez compris, la musique n’est qu’un vecteur de propagande pour chacun. Et dans tout ça, le rock très accessoire. Libre à vous d’aller écouter "de la bonne musique qui vous rapproche du Nirvana(sic) tout en restant sur terre" comme le dit si finement le dossier de presse du festival.


Classique. Alizés écouter !

Le Printemps musical des Alizés, qui se tiendra du 5 au 8 mai, à Essaouira, ouvre le bal des festivals de la ville. Il a surtout réussi à gagner un public réputé difficile. Ce qui n'empêche pas la nouveauté. Pour la première fois, la rahba accueillera deux concerts. Et si l'acoustique est bonne, le festival de musique de chambre pourrait même s'y installer, en pleine médina. Un hommage sera rendu à Ahmed Essyad, compositeur à la renommée internationale, peu connu au Maroc. Autre moment fort, le chœur des trois cultures, composé de jeunes chanteurs du pourtour méditerranéen qui mélangeront hébreu, latin et arabe dans des compositions sophistiquées. Pour le directeur du festival, Mohammed Naji, il ne s'agit pas de concurrencer le festival de la musique gnaoua, chacun ayant son public, mais par petites touches, la programmation se veut ouverte, faisant la part de la musique contemporaine pointue, des œuvres de solistes ou de chants plus accessibles.


Théâtre. Khaled Tamer is back

Entre l’Institut français de Marrakech et la Compagnie Graines de Soleil, dirigée par l’excellent Khaled Tamer, la lune de miel se prolonge. Après l’Avare de Molière en 2002, le voilà de retour pour présenter dans la plus pure tradition de halqa marocaine, Angiola ou Les bonnes ménagères de Goldoni (le Molière italien). Soutenue par une grosse production, la pièce sera en représentation à l’IF de Marrakech les 11, 12 et 13 mai puis continuera un mois durant dans des régions aussi reculées que : Tahanaout, le lundi 16 ; Ghmat, le vendredi 20 ; Amzmiz, le samedi 21). Commencera alors la tournée classique dans les IF du pays.


Peinture. Alias Ilias

La galerie "Les Atlassides" à Marrakech, donne à voir Lifeblood de Ilias Selfati du 30 avril au 18 juin 2005. Considéré par les criques d'art comme un des peintres les plus prometteurs de la jeune garde, il y présente un aperçu de sa production, par bien des côtés, originale. Entre peinture figurative et techniques novatrices, l'artiste y fait montre d'une spontanéité toute en maîtrise. Mettant la coulure, la transparence, les taches au service de son imagination, il suggère par le pinceau des mondes où se croisent les paysages, les arbres, les chevaux, bref une Nature féconde qui tient autant du rêve que des souvenirs personnels. Après avoir passé quinze ans à se former et à voyager à l'étranger, Selfati, le natif de Tanger frappe un grand coup. Rien à voir avec les gribouillages affligeants de la basilique du Sacré Cœur à Casablanca.


Littérature. Fac et prison

La littérature carcérale fait son entrée à l’université. à l’initiative d’un groupe de recherche sur la littérature maghrébine et comparée, les Ahmed Marzouki, Salah Hachad, Khalid Jamaï sont conviés à une journée d’étude où ils croiseront le fer, à partir de leurs écrits-témoignages, avec des universitaires qui se sont penchés sur "la littérature carcérale". Les Abdellah Alaoui M’daghri, Mustapha Bencheikh et Abdelfattah Lahjomri, initiateurs de la rencontre, ont pour ambitition de "faire entrer la prison à l’université". Manière de faire descendre la littérature, telle qu’enseignée dans les amphis, de sa tour d’ivoire, et de la mettre en contact avec la dynamique actuelle. Rendez-vous le samedi 30 avril à la faculté de lettres d'Agdal, Rabat.


Cannes. Le Maroc à la croisette

Le Festival de Cannes 2005 s’ouvre au cinéma marocain. "Badis" de Aberrahman Tazi" "Mémoires en détention" de Jilali Ferhati" et "L’enfant endormi" de Yasmina Kassari, seront projetés sur la Croisette, le 14 mai, ainsi que 7 courts-métrages marocains. Le Maroc sur pellicule s’affichera dans le cadre de "Tous les cinémas du monde", une nouveauté introduite cette année. Une petite fenêtre ouverte sur les cinémas émergents. Le Maroc est dans ce cas. On y produit de plus en plus de films. Qui plus est, ils décrochent désormais des prix à l’étranger comme Yasmina Kassari à Montréal, en avril dernier, au 21ème Festival du cinéma africain et créole. Une délégation marocaine importante est attendue : réalisateurs, acteurs et producteurs.


Multimédia. Arabesques numériques

Miguel Chevalier présentera à l’Institut Français de Marrakech, à partir du 5 ma,i ses œuvres numériques, inspirées par la lumière des zelliges qui habillent de leurs arabesques et constellations les murs et les patios marocains. Cette exposition, qui vient suite à un travail en résidence au riad Denise Masson à Marrakech, est l’histoire d’une rencontre entre un explorateur du monde de la communication informatique et la ville ocre. L’artiste bouleverse l’image millénaire de Marrakech par ses interventions numériques et interactives. L’image pixelisée devient mouvante, éphémère, évanescente, traduisant "cette ivresse des nombres" évoquée par Baudelaire. Miguel Chevalier est considéré aujourd’hui comme un artiste plasticien majeur.


Expo. Un pont sur le Détroit

Inaugurée à Marrakech, en janvier, par Juan Carlos et Mohamed VI, l'exposition "Maroc-Espagne: une histoire en commun" joue les prolongations du 4 mai au 17 juin à l'Institut Cervantès de Tanger. Rétrospective s'étendant du VIIIème au XVème siècles, l'expo se décline en 35 pièces, manuscrits, pièces archéologiques, cartes, et objets divers provenant de musées des deux pays. Le commissaire de l'exposition Jerónimo Páez, directeur de la Fundación Legado Andalusí, insiste sur l'"air de familiarité entre le Maroc et l'Espagne" Et c'est ce que tend à montrer l'expo qui englobe la longue durée, du califat Omeyyade aux Almohades, et aux Mérinides.


Rencontre. Les mots du bled

Qu'apportent les artistes aux langues sans statut (arabe maghrébin et berbère) et aux pratiques réprouvées (les mélanges) ? Dans "les Mots du bled", Dominique Caubet, prof à Langues’O, interroge 13 artistes de la scène franco-maghrébine. Les auteurs (Algériens pour la plupart) montrent comment leur création s’enracine dans une, deux ou trois langues. Ils empruntent, déforment, s’approprient, redonnent une légitimité au dialectal et au berbère (souvent non reconnus dans leur pays d’origine) et brocardent, comme le chanteur Baâziz "l’arabétisation", une "analphabétisation".
Vendredi 13 mai, à 19h. Médiathèque du centre culturel français de Casa.


Documentaire

Moha oulhoucine Achibane, dit "Le Maestro", vient de se distinguer au festival "Al Jazeera" pour la production télévisée. Ce film documentaire marocain qui parcourt, en cinquante minutes, la vie de l’artiste populaire hors pair Moha Oulhoucine (88 ans), a raflé le Prix du jury. 60 films étaient en compétition.


Poèmes en musique

Mohamed Loakira, le poète, et Majid Bekkas, le musicien, uniront leur vers et leurs notes lors d’une rencontre placée sous le signe de la poésie et de la musique. L’occasion d’un dialogue entre les mots de l’un et les sons de l’autre. Samedi 7 mai à 18 h, à la délégation du ministère de la Culture de Casablanca, avenue Nador. Entrée libre.


Traduction

Les écrivains Souad Bahéchar, Boubacar Boris Diop, Abdelkébir Khatibi et Abdelfattah Kilito, traiteront de leur rapport à la langue fançaise Il s’agit de comprendre pourquoi, dans leurs itinéraires personnels, ils ont choisi cette langue pour s’exprimer par l’écrit. Le 3 mai, à 19h à l’IF Casablanca.



Humeur : A star is "bonne" (par Hassan Hamdani)

Pourtant, Nancy Ajram est loin d’être une "conne". Un journaliste marocain lui demandait quelle place elle accorda aux problèmes de la Nation arabe dans ses chansons. Nancy fut prise d’un fou rire. La question brillait trop par son intelligence. C’est un peu comme si l’on interrogeait Antoine Sfeir sur la profondeur de son décolleté. Non seulement confondre les deux relève de l’exploit, mais, qui plus est, l’apport de Nancy à la Oumma arabiya est évident. Il saute aux yeux comme ses seins quand elle rit. Nancy est la plus jolie soupape de sûreté aux frustrations du monde arabe. Une machine à fantasmes. Elle le sait, l’assume, se sacrifie comme un kamikaze palestinien. Lors de son concert à Marrakech, Nancy s’est "offerte" à des milliers de spectateurs en rut. Peu de mélomanes dans le lot. D’un coup de bassin sur scène, Nancy a recentré les débats de la nation arabe autour de ce qui l’intéresse vraiment : la culotte de la voisine. Une pauvre touriste française l’a d’ailleurs appris à ses dépends. Paris Match ne lui avait pas dit que les Marocains ne pointaient pas que du doigt. Nancy par contre, pas touche ! Rabat avait dépêché un garde du corps peu commode pour protéger la star du viol collectif. La lapidation, non. Les barbus étaient tendus à l’idée de sa venue… Mais pour les mêmes raisons que tous les mâles arabes en âge de procréer. Le Maroc au garde à vous devant Nancy, uni enfin autour de la même idée. Erigeons une statue à la watanouna callipyge, elle se prête à merveille aux "érections".



Le livre

Habib Mazini se livre à un exercice littéraire plus intime qu’à l’accoutumée. Dans Le jardinier du désert (titre évoquant la frustration de l’artiste), il nous invite aux pérégrinations d’un narrateur, poète à l’égyptienne, marié à une femme effacée, analphabète, qu’il entreprend nonchalamment de tromper. De statut d’amant, le personnage passe à celui d’assassin patenté. L’originalité de ce livre policier est que la trame ne se déroule pas de façon chronologique. Au lieu de privilégier l’enquête pour démêler l’écheveau, le roman est une série de confessions du coupable, livrées au commissaire. Au lieu de procéder à l’analyse "qui a fait quoi", le roman propose une introspection dans les méandres psychologiques du personnage "pourquoi l’a-t-il fait ?".

Habib Mazini. Le Jardinier du désert (Afrique Orient)




Agenda

Rétrospective du peintre Hassan El Glaoui jusqu’au 20 mai à la Matisse Art Gallery de Marrakech. Chevauchées et fantasias, portraits, natures mortes, constituent les principaux thèmes de ce peintre figuratif qui œuvre dans le domaine pictural depuis plus de 50 ans. Hassan El Glaoui est le fils de Thami El Glaoui, le puissant pacha de Marrakech. Il s’est lancé dans la peinture malgré l’opposition de son père.

"Le signe dans l’art marocain et les costumes régionaux en miniature" à la Villa des Arts jusqu’au 26 mai.

Danse Butô avec l’artiste allemande Regina Goerger, le 30 avril à 18 h à la source de l’Oum R’bia. Le Butô est une danse avant-gardiste japonaise née dans les années 50 et influencée par les avant-gardes européennes, et notamment le surréalisme.

Projection du film d'animation La Prophétie des Grenouilles, à la salle Gérard Philipe de l'IF Rabat. Samedi 30 avril à 19h, et mercredi 4 mai à 16h15 pour les enfants.

Mellakh expose à la Marrakech Arts Gallery jusqu’au 14 mai.

"J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne" de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Joel Jouanneau, Jeudi 5 et vendredi 6 mai à 20h30, Complexe Touria Sekkat.

L’ensemble artistique de Chine la "Petite Fleur rouge" dansera le 1er mai à la salle couverte d’Agadir à 10h30 et 16h.

43ème Festival de la Rose du 6 au 8 mai à Kelâat M’gouna et Ouarzazate. Avec cette année, le chanteur libanais Yuri M’rakadi, Nass El Ghiwane, Raïssa Tabaamrante, Saïd Mosker, l’humoriste Mohamed Sadaka et des troupes de folklores locales.

 
 
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