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Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
Aventure. La leçon du désert
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
Aventure. La leçon du désert
Patrimoine. Hercule m’appartient !

Par Driss Ksikes

Portrait. Les complexes de Abbas

Abbas El Fassi faisant allégeance
à M'hammed Boucetta en 1998 (AFP)
Jamais l’Istiqlal n’aurait cru qu’il traînerait son chef de parti comme un boulet. Jamais les Marocains n’auraient cru devoir supporter les courbettes d’un ministre oisif et sans idées. Ils ne réalisent pas au fond qu’Abbas El Fassi a tout réussi par défaut.


"Le Makhzen ne met à personne la corde au cou. Il s’assure d’abord qu’elle lui va bien. Et Abbas El Fassi a souvent montré qu’il avait le tour de cou idéal". C’est un istiqlalien qui le dit. à raison, d’ailleurs. Le dirigeant du parti a multiplié les excès dans l’interview qu’il a accordée le mercredi 13 avril à 2M.
Premier acte, il a décrété que "les 30 millions de Marocains se sentent offensés par Ali Lmrabet". Pour avoir dit que les Sahraouis sont "réfugiés" et non "séquestrés" à Tindouf ? La formule pompeuse ne choque pas outre mesure ce militant chevronné : "El Fassi a toujours une formule démagogique à la bouche". Deuxième acte, il a longuement loué les mérites de Driss Jettou, l’affublant du titre de "meilleur Premier ministre de l’histoire du Maroc". Ce n’est peut être pas faux. Mais, "venant de lui, c’est de la pure hypocrisie. Il sait que Jettou ne l’apprécie pas trop et éprouve le besoin de se montrer obséquieux pour le rassurer", explique cet autre istiqlalien qui connaît bien son homme. Dernier acte, il s’en est pris à "la presse indépendante, qui se focalise trop sur le roi et l’armée, alors qu’il y a une sacralité à préserver". Ce militant de longue date reconnaît que "même un Fouad Ali El Himma n’aurait pas été aussi loin en public". Cela fait jaser au conseil national de l’Istiqlal, réuni le samedi 23 avril, en l’absence d’El Fassi, parti au Vatican (quatre jours plus tôt) assister à la messe d’inauguration du pape Benoît XVI. La propension d’Abbas El Fassi à faire des courbettes de manière aussi grossière, en irrite plus d’un Parmi les istiqlaliens. Sauf ceux qui le connaissent vraiment.

Le père collabo
Personne n’oubliera le jour où Abbas El Fassi s’est employé à éditer, à compte d’auteur et à titre posthume, le recueil de poèmes de son père, Abdelmajid El Fassi. "Il a pris soin, raconte l’un de ses collaborateurs, de mettre de côté tous les poèmes écrits à la gloire du sultan fantoche Ben Arafa et du gouvernement de Vichy et n’a gardé que ceux écrits, après coup, pour encenser Mohammed V". Sachant toute l’admiration que porte le roi actuel à son grand père, le ministre d’état sans portefeuille, s’était empressé de lui dédicacer une copie du livre pour prouver "sa bonne filiation". Or, s’il y a une épine qu’El Fassi a toujours eu du mal à s’enlever du pied, c’est bien d’être le fils d’un cadi collabo, qui rameutait les foules dans le Gharb en vue d’obtenir le soutien à Ben Arafa. Dès le début de sa carrière politique, Abbas el Fassi porte ce fardeau et cherche à s’en débarrasser. En 1961, étudiant à la faculté de Droit de Rabat-Agdal, il adhère au parti nationaliste et s’empresse de se rapprocher de Allal El Fassi, peu fier de son cousin Abdelmajid. Il se rapprochera du leader historique, à double titre. Il se rend utile en provoquant, avec une poignée d’étudiants réactionnaires, la scission istiqlalie de l’UNEM. Un coup d’épée dans l’eau, soit dit en passant. Ensuite, il demandera la main de la fille de "Si Allal", lequel la lui accordera volontiers. Son ascension politique coulera, ensuite, de source. Mais aujourd’hui encore, "lorsqu’il arrive à l’un des membres du comité exécutif de le taquiner en lui ressortant les positions de son père, il commence à sangloter pour qu’il lui fiche la paix", raconte l’un des leurs. Serait-il faible de nature ? Non, il évite constamment les confrontations. "Il n’a pas la capacité d’écoute et d’endurance de son prédécesseur, M’hammed Boucetta. Il lui suffit d'être dans une impasse pour qu’il s’énerve, s’emporte ou pleure", explique un istiqlalien.

Boucetta, le mentor
Outre la fille de Allal El Fassi, le jeune juriste doit également sa montée en puissance à Boucetta l’avocat. Au milieu des années 60, le cabinet de ce dernier est l’un des plus en vue. Lorsque le jeune El Fassi y est adoubé, il profite d’une conjoncture favorable. Abdelkrim Fellous, déçu du parti, démissionne avec fracas, du bureau exécutif et quitte, dans la foulée, le cabinet de Boucetta, dont il était un des piliers. Le jeune El Fassi gagne, alors, en importance par défaut. En 1971, l’Istiqlal tente en vain de récupérer le comité de lutte contre la torture et la répression, dans lequel on retrouvait des profils de gauche : Abdelhamid Amine, Anis Balafrej ou encore Mohamed Aït Kaddour. El Fassi, auquel seuls ses proches veulent bien prêter une querelle endémique avec les socialistes depuis ses années estudiantines, est élu à la tête d’une coquille vide, la Ligue marocaine des droits de l’Homme. Son nom commence alors à circuler parmi les jeunes cadres du parti, ministrables. En 1977, il est le seul trentenaire à faire son entrée au gouvernement de Osman. Merci qui ? à Boucetta et à sa parenté par alliance avec Allal El Fassi, mort adulé en 1974. "à l’époque, nous savions que derrière son amabilité, se cachait un prédateur, mais devant Hassan II, il a réussi à montrer patte blanche", raconte l’un des déçus de l’Istiqlal. Une fois nommé au ministère de l’Habitat, il servira les siens, istiqlaliens, en premier. Pas de malversations à son registre, visiblement, mais des lots de terrain à Hay Riad accordés moyennant un paiement modique à ses futurs obligés. Son maniement des deux langues, chose rare à l’Istiqlal, en plus de tous ses appuis familiaux et partisans, lui permettent d’être propulsé ambassadeur à Tunis puis à Paris. S’il ne brille pas dans la représentation diplomatique, dit-il à qui veut bien l'entendre, "c’est parce que Hassan II m’avait promis 100.000 dh par mois de dotation et qu'il n’a pas tenu sa promesse". La distance, par contre, lui donne de l’aura, au sein du parti. En 1989, il est élu au comité exécutif, quoique absent du congrès. Une fois, de plus, il évolue par défaut. Rentré de France, en 1994, il est quasiment oisif. La rivalité entre le chef du parti M'hammed Boucetta et son rival de toujours M'hammed Douiri, est à son comble. Les ténors du parti, conscients que le franc-parler et le caractère imprévisible de Douiri sont mal perçus au Palais, propulsent Abbas El Fassi au devant de la scène. Il deviendra alors, avec la bénédiction royale, secrétaire général du parti, par défaut (comme d’habitude). Makhzénien même en interne, il se prosterne en public devant son mentor et lui fait le baise-main. Le conseil des sages croit alors avoir sous la main un chef de parti malléable à merci. Et le Palais, un Ould l’Makhzen qui tient la boutique. "Entre les deux, El Fassi pense surtout à l’appui royal et cherche à prendre ses distances avec un Boucetta qui avait osé dire non à Hassan II", explique ce militant istiqlalien.

Le gouvernement, à tout prix
Au lendemain même de sa nomination en 1998, Abbas El Fassi est en négociation avec Abderrahmane Youssoufi pour sa part du gâteau gouvernemental. La décision concertée avec Hassan II de ne pas nommer de secrétaires généraux de partis en poste, met en rogne El Fassi. "En privé, il en était malade. Il ne cessait de revenir dessus et de s’en plaindre", raconte un de ses ex-collaborateurs. Au fond, il en voulait à Youssoufi pour deux raisons. La première est que l’ex-Premier ministre le traitait comme un "gamin" et préférait, par complicité, discuter avec Boucetta, même si ce dernier n’était plus en charge du parti. Cette attitude du vieux leader socialiste indisposait El Fassi. Et si ce dernier a décidé unilatéralement de ne pas reconduire Rachid Filali dans le gouvernement Youssoufi II, c’est bel et bien pour agacer son père, le sage Hachemi Filali. La seconde raison de la frustration d’El Fassi est qu’il se sentait à l’écart des coulisses du pouvoir. Exemple parmi d’autres, raconté par Larbi Messari, "Il m’en a voulu d’avoir remis une copie du projet du code de la presse à Youssoufi et non à lui". Résultat, il s’impose au premier remaniement venu. De son passage au ministère du Travail et des Affaires sociales, il a hérité du dossier qui aurait pu lui valoir sa mort politique : Annajat. D’autant qu’il "savait", indiscutablement. "à la veille de son passage sur 2M, nous nous sommes réunis chez lui et nous nous sommes mis d’accord pour qu’il dise que c’était un dossier sur lequel planaient des doutes et que nous allions mener notre enquête. à notre grande surprise, il n’en a pas tenu compte et a menti aux Marocains", raconte l’une des personnes présentes à l'émission.
Avec Jettou, El Fassi a tenu à garder son fauteuil de ministre, quitte à évincer les autres. Même sans portefeuille ? "Seule comptait pour lui la proximité avec le pouvoir et la possibilité de maintenir un train de vie de grand standing", explique l’un de ses confidents. Quitte à fermer les yeux, pour avoir la paix, sur les plus inacceptables des comportements. Témoin, cette anecdote rapportée par un ancien élu : "nous étions allés le voir pour invalider l’élection d’un président de commune istiqlalien notoirement corrompu. Il nous a répondu : ‘Il ne faudrait surtout pas envier un jeune qui réussit et devient prospère’". C'est aussi un peu sa propre hisstoire. Et son cauchemar : il est persuadé que tout le monde l'envie…


Biographie. Parcours politique

1940. Naissance à Berkane.
1961. élu président de l'union générale des étudiants du Maroc.
1964. Avocat, au barreau de Rabat.
1971. élu secrétaire général de la ligue marocaine des Droits de l'homme
1974. élu membre du comité exécutif du parti de l'Istiqlal ; reélu en 1978, 1982 et 1989.
1975-1977. bâtonnier de l'ordre des avocats de Rabat.
1977-1981. Ministre de l'habitat et de l'aménagement du territoire.
1981-1985. Ministre de l'Artisanat et des Affaires sociales.
1985-1990. Ambassadeur en Tunisie et délégué permanent du Maroc auprès de la ligue des Etats Arabes.
1990-1994. Ambassadeur en France.
1998. élu à l'unanimité secrétaire Général du Parti de l'Istiqlal.
2000. Nommé ministre de l'Emploi, de la Formation Professionnelle, du Dévelopement Social et de la Solidarité
2002. Nommé ministre d’Etat sans portefeuille.

 
 
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