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Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
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Par Abdellatif El Azizi

Société. Le trafic des palmiers

(DR)
Le palmier est devenu la nouvelle poule aux œufs d’or. Afin de satisfaire les nantis du pays, cet arbre donne lieu à des trafics en tout genre qui paupérisent les fellahs de la région et accentuent dangereusement la désertification. Enquête à Zagora.


Le nec plus ultra pour les nouveaux riches, au Maroc, c’est de se procurer des palmiers, si possible, adultes, afin d’avoir l’indicible plaisir de se promener dans les allées de leurs jardins, ornées de ces nouveaux "trophées".
Tous ces "palmophiles" avérés ne sont pas forcément des gangsters de grand chemin. Ils ignorent bien souvent que ces arbres sont le fruit d’un odieux trafic dont les pauvres paysans de Zagora sont les véritables victimes. En effet, achetés sur place à moins de 200 DH, aux fellahs démunis, le palmier est revendu jusqu’à 6000 dhs à Marrakech ou à Casablanca. Certains traversent même la frontière pour "alimenter" une fièvre du palmier qui touche également les pays voisins.
Le trafic a démarré vers le milieu des années 90, suite aux sécheresses successives qui ont frappé Zagora et la région. Les paysans, réduits à une pauvreté extrême n’hésitent pas à se défaire de leurs palmiers pour la modique somme de 150 DH proposées par les trafiquants. D’anciens entrepreneurs du BTP, en faillite et peu scrupuleux, se sont rabattus sur ce trafic particulièrement juteux, mettant leur expertise au service d’une activité illégale mais particulièrement attractive. D’autant plus attractive que même les provinces et préfectures du royaume se font livrer des palmiers qui servent notamment à embellir les grandes avenues, sans se soucier de leur origine.
L’opération est d’une simplicité extrême. Un intermédiaire repère les paysans les plus pauvres et se propose de leur racheter des "palmiers qui de toute façon, sont voués à la mort par la sécheresse". Il paie rubis sur l’ongle plusieurs dizaines d’arbres aux fellahs qui vivent dans le dénuement le plus complet. Le lendemain, très tôt, les camions sont en stationnement sur les lieux. On creuse quelques mètres autour du palmier, on coupe les racines à une profondeur de deux mètres et l’on tracte l’arbre qui a été auparavant placé sur un échafaudage de fortune pour éviter de l’abîmer. Il suffit ensuite de le placer à l’arrière d’un camion, les palmes pendantes pour acheminer la cargaison le plus loin possible.
Les fellahs, conscients du danger de la disparition qui guette leurs plantations, n’ont pas les moyens de refuser les misérables billets qu’on leur offre. "À chaque fois qu’on déterre un palmier, c’est une partie de moi qu’on arrache mais allez expliquer à une famille de trente membres que vous choisissez de les voir mourir de faim pour laisser vivre les palmiers" ! s’indigne ce vieux fellah de Zagora, les larmes aux yeux. Une opinion partagée par de nombreux paysans qui pestent contre "un makhzen qui les a complètement oubliés" !
C’est que ces campagnes d'arrachage sauvage des jeunes palmiers dattiers menacent sérieusement les palmeraies du sud, qui font vivre à l’heure actuelle près d'un million de fellahs. L’association des Amis de l'environnement de Zagora fait état d’une situation particulièrement préoccupante. Ainsi, le trafic qui a connu son apogée en 2003 s’est accéléré, atteignant un rythme de 120 palmiers arrachés par jour ce qui donne un nombre de 40 000 palmiers subtilisés annuellement. A ce rythme, ce sont 4,5 % de la palmeraie de Zagora qui disparaissent sans compter les 4 % détruits chaque année par le bayoud – une maladie due à un champignon qui tue à lui seul, chaque année 4% des quelque 4,2 millions de pieds recensés en 2003.
C’est un peu dans l’urgence que l’ONG avait lancé un véritable SOS, le 08 juin 2003 dans lequel, elle avait notamment appelé le gouvernement à faire du dossier "de l’arrachage sauvage des palmiers, une affaire nationale". La pression relayée par l’appui des écologistes internationaux et de la Caisse mondiale de l’environnement de l’ONU en particulier, a poussé le 29 avril 2004, Saïd Faska, le gouverneur de la province de Zagora à promulguer, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, un arrêté qui interdit "l’arrachage, le transfert et la circulation de plants de palmiers dattiers (et) s’applique sur toute la province de Zagora et ce, pour une durée illimité".
Ce texte isolé n’empêchera pas le trafic de prospérer, en raison notamment des puissants appuis dont dispose la mafia des palmiers au niveau de l’administration territoriale locale, sans oublier bien entendu le fameux bakchich qui ouvre toutes les routes. En effet, on imagine aisément que si un tel trafic parfaitement illégal peut perdurer, c’est qu’il est en fait soutenu par une corruption massive à tous les niveaux du circuit, de l’arrachage à la vente en passant par l’acheminement. Aujourd’hui, l’opération coup de poing qui vient d’être menée par le nouveau gouverneur contre les trafiquants n’a pas réussi à stopper "l’hémorragie". Le gouverneur n’a en réalité fait qu’appliquer l’arrêté promulgué par son prédécesseur qui implique notamment toutes les autorités locales, caïds, gendarmes et policiers qui opèrent sous sa juridiction. "Quand on alertait les gendarmes pour qu’ils procèdent à l'arrestation des individus, en flagrant délit, le téléphone de ces derniers sonnait au même moment et ceuxci s'empressaient de prendre la fuite. On a alors compris que ce sont ces mêmes gendarmes qui prévenaient les trafiquants", rappelle ce militant associatif.
Selon les commentaires du président de l’association des Amis de l'environnement de Zagora, "Il faut reconnaître que Ali Biougnach, le nouveau gouverneur de la province, a donné un sacré coup d'arrêt aux trafiquants en s’investissant personnellement dans la lutte contre le trafic". Jamal Akchbib met quand même un bémol à son enthousiasme. "Malheureusement, les camionneurs indélicats se sont rabattus sur la palmeraie de Skoura dans la province de Ouarzazate, qui subit depuis un an une pression terrible".
Quant aux camionneurs qui assurent le transport des palmiers, ils ne comprennent pas très bien ce qu’on leur reproche : "écoutez, on ne force personne. Les palmiers appartiennent à des particuliers, ils en font ce qu’ils veulent. Et puis on a beaucoup de clients parmi les gens du Makhzen" ! On pointe du doigt notamment les préfectures d’Agadir, de Marrakech, de Casablanca et de Rabat.
Pour enrayer cette hémorragie, les décisions prises par le gouvernement se limitent pour l’instant à l’initiative prise dernièrement par le ministère de l'Agriculture de lancer un programme de replantation prévoyant la distribution de 90 000 pousses de palmiers aux paysans de la région d'ici 2008. Avec ses 44 000 hectares de palmeraies, soit la moitié de la superficie qui existait en 1950, le Maroc a été relégué au huitième rang des producteurs mondiaux de dattes, loin derrière notamment l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Tunisie. Triste record !


Culture. Du palmier et rien d’autre

Dans cette région oubliée, le palmier dattier constitue le pivot de l'écosystème oasien des régions saharienne et présaharienne. Il contribue à hauteur de 40 à 60% aux revenus agricoles d’1 million d'habitants. Il fournit divers matériaux destinés à l'artisanat, à la construction ou à la production d'énergie. De plus, il joue un rôle d'écran en protégeant les oasis contre les influences désertiques et crée un microclimat favorisant le développement de cultures sous-jacentes. En effet, selon un responsable régional de l’agriculture, "le palmier est, le plus souvent, situé au centre d'une oasis, autour de laquelle poussent allègrement d'autres espèces arboricoles, légumières et fourragères. Les fellahs cultivent ainsi, sur de petites superficies, des espèces et des "variétés" convenant à leurs stricts besoins et ceux de leur bétail quand ils en ont. Avec ce choix, les fellahs arrivent ainsi à vivre en autarcie en consommant durant toute l'année les produits qui proviennent de leurs petites parcelles de terre.

 
 
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