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Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
Aventure. La leçon du désert
Patrimoine. Hercule m'appartient !
N° 174
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Portrait. Les complexes de Abbas
Société. Le trafic des palmiers
Aventure. La leçon du désert
Patrimoine. Hercule m’appartient !

Pour mieux infiltrer le rallye Afriquia, TelQuel y a envoyé… une copilote !
Notre équipage s'est classé 5ème (sur 20).
Récit, à la première personne, d'une grande aventure.
Par chadwane bensalmia

Aventure. La leçon du désert

Arrivée à Merzouga.
Le lundi 18 avril (C.B. / telquel)
Zakia Daoud, de son vrai nom Jacqueline Loghlam, a eu une carrière foisonnante. à 68 ans, elle revient sur la nationalité marocaine qui a changé sa vie, son attachement à Lamalif, ses années à l’UMT, et sa carrière d’écrivain prolixe.


Dimanche 17 avril
Ifrane. Univesité Al Akhawayne. J’ai fait connaissance avec ma coéquipière la veille, au dîner. Anne-Marie, 62 ans, est la directrice de communication de l’ENA Paris. à nous deux, on forme le seul équipage féminin du rallye, mis à part deux
équipages mixtes d’Al Akhawayne. Ceci dit, on a un homme à bord. Aziz, le propriétaire du 4x4, n’a pas l’air très rassuré en confiant son investissement à deux femmes qui n’ont encore jamais fait de rallye. La copilote (moi) n’a pas le permis de conduire et la pilote n’a jamais conduit un 4x4 (elle roule dans une Renault 9). Anne-Marie, d’une honnêteté scrupuleuse, croit parvenir à le rassurer en lui faisant cette confidence "Vous me direz comment on s’y prend avec cet engin. J’ai conduit toutes sortes de voitures, mais jamais un 4x4… il y a deux boîtiers de vitesse, à ce que je vois….mais rassurez vous, ça fait près de 40 ans que je conduis, je n’ai jamais eu d’accident". Aziz ne répond pas. Il donne même l’impression que plus Anne-Marie en fait pour le rassurer, plus il s'angoisse. Il fait pourtant l’effort (j’en ai eu pour 60 000 DH de réparations il y a quelques jours à peine, vous comprendrez que je m’inquiète un peu… ". C’est très mal parti pour lui. Vu comme ça, il s’apprête à vivre le parfait cauchemar, pendant une semaine.
Le départ est annoncé en grande pompe, caméras, petits mots des uns et des autres, chants Ahwash… Direction Erfoud. Les premières consignes sont données : "restez les uns derrière les autres. Pas de vitesse, n’essayez pas de doubler. Ça ne sert à rien, ce n’est pas une course. Chaque voiture est responsable de celle qui la suit. Ne la perdez pas de vue". à peine le coup d’envoi donné, tout le monde a déjà oublié les directives, à l’exception bien sûr d’Anne-Marie qui en plus de son attachement et à son respect inégalable des règles, tombe littéralement amoureuse des paysages, "le contraste du vert des arbres avec l’ocre des cailloux. La brume qui semble recouvrir les hauteurs au loin. L’horizon désertique flirtant avec les cimes encore enneigées de quelques montagnes". Bref, que du romantisme. Elle n’avait pas vu le Maroc depuis 1971. La route se fait sans heurt, si ce n’est quelques soucis de pneus et une petite erreur d’itinéraire à quelques 72 km de la destination, mais vite rattrapée.
On arrive donc à Erfoud vers 18 heures. C’est là qu’on passera la nuit. Pas encore de tentes ni de bivouacs, mais de vraies chambres d’hôtels et une piscine.

Lundi 18 avril
Erfoud, Rissani. La journée commence par "une libre déambulation dans la région". Les uns vont découvrir les kasbahs du coin, les autres iront manger de la madfouna (spécialité de la région), d’autres choisiront le musée de fossile, et puis il y a ceux qui ont opté pour une séance cartes postales. Hakima et Kenza, deux des trois organisatrices décident de découvrir la région. Elles prennent une piste qui prend naissance sur la route nationale et atterrissent dans un petit village isolé. Les enfants accourent et s’attroupent autour du véhicule. Pieds nus, les yeux grands ouverts et l’air béat. Ces rallyes sont les seules occasions qu’ils ont de palper "le rêve urbain". Nos deux femmes, elles, sont scandalisées en réalisant que les gamins sont déchaussés. Elles courent alors vers la première échoppe, achètent 70 paires de chaussures qu’elles paieront de leurs bourses personnelles. Elles repartent au village, font le bonheur des petits avant de retourner à la Kasbah. Le souvenir de cette rencontre ne les quittera pas durant le reste du séjour.
Ailleurs, les premières sympathies se sont déjà nouées. Et le premier facteur discriminant est naturellement l’âge. Les jeunes équipages de HEC, de Telecom et d’Al Akhawayn se trouvent tout aussi naturellement des affinités. Seul restera en retrait Jawad, "l’aîné" des équipages Al Akhawayn. Dans un autre coin, les anciens de l’ENA, les équipages Afriquia et Speedy et le comité d’organisation ont d’ores et déjà passé en revue des dizaines de sujets de discussion.
Le déjeuner terminé, les deux directeurs techniques du rallye Daniel et Yohann étant arrivés, on fait place aux choses sérieuses. Nouvelle destination : Merzouga. Le briefing commence par un gentil "la vitesse est proscrite" auquel les jeunes ne semblent vraiment pas adhérer. Ni les moins jeunes, d’ailleurs. Anne- Marie, elle, n’a qu’un seul souci "savoir s’il y a des scorpions et des serpents par là". S’ensuivent les indications sur les précautions à prendre avec le véhicule et autres conseils écologiques. On prend donc la route vers 15 heures. Une demi-heure plus tard, Lahcen Bayti, président de l’association des anciens élèves marocains de l’ENA et membre de l’équipage 7 décide de monter avec nous… et de conduire. à signaler que notre homme a déjà quelques rallye à son actif dont un en Jordanie. C’est dire qu’il n’a pas l’intention de s’ennuyer en suivant le "tout- prudent", préconisé par les techniciens du terrain.
Résultat, on a droit à quelques délicieuses secousses avant qu’un bruit dans les pneus ne nous interrompe. à peine nous sommes-nous arrêtés, que l’équipage speedy débarque dans sa combinaison bleue. On prendra 5 minutes de retard sur le convoi. Et la voiture de devant ne nous a pas attendus. Ils se font gentiment tirer les oreilles ( ce genre d’écarts deviendra commun au fil des jours). On est déjà en plein milieu du désert, lorsque Daniel et Yohann décident du second briefing. Anne-Marie comprend finalement que le deuxième boîtier de vitesse sert à changer de régime. En terrain sablonneux, on troque les deux roues motrices contre les quatre. S’ensuivent encore une fois des explications purement techniques et les questions qui en découlent. Anne-Marie écoute tout cela avec une discipline et un silence religieux. Elle se fera un point d’honneur à respecter à la lettre, non, à la virgule près la moindre petite directive. Et bien sûr, comme elle est pratiquement la seule à croire dur comme fer à la loi de "la vitesse proscrite", on se fait doubler par tout le monde. Ce sera sans doute la dernière fois qu’elle sera aussi scrupuleuse dans le respect de cette grande consigne.
La journée se termine vers 18 heures. Les équipages s’entassent sur la crête d’une dune. Xavier et Sébastien ( équipage HEC) jouent les explorateurs. Ils se lancent dans le désert à la recherche d'on ne sait quoi. Anne-Marie se fait un ami parmi les jeunes de la région et décide de prendre du sable pour sa maman qui a 92 ans.
Elle décidera également de dormir dans un camion. Pour rien au monde, elle ne courrait le risque de se retrouver nez à nez avec un scorpion ou un serpent. Avec Hakima, elles seront d’ailleurs deux à boycotter le bivouac.
Le soir venu, les deux clans –les anciens et les jeunes- se retirent chacun dans un coin. Les premiers ont déjà épuisé le politiquement correct. Les blagues sont de plus en plus salaces et des petites et gentilles taquineries, on en arrive aux piques et aux mille et une insinuations. Les susceptibilités n’ont plus leur place par ici. Les jeunes, de prime abord, beaucoup plus puritains affichsent une certaine gêne. Ils se rassemblent en dehors du bivouac et y passent une bonne partie de la soirée. Mais la musique finira par convaincre quelques-uns d’entre eux, de rejoindre le clan des vieux, manifestement tous de très bons vivants.

Mardi 19 avril
Xavier et Sébastien sont déjà partis pour un footing. Xavier, par sa placidité coutumière, est un mélange d'Arnold Shwarzeneger et de Bill Gates . L’épreuve de la journée consistera à apprivoiser les dunes et à les franchir. L’affaire est prise à la légère par quelques équipages qui ont dû sous-estimer la nature ou se surestimer eux-mêmes. Peu importe, ils en feront les frais. La plus grande leçon sera le lot de l’équipage 64. Jawad, manifestement incapable d’écoute -ou s’imaginant devant une foule de jeunes groupies- joue la carte de la vitesse. Et devinez quoi ? Il se retrouve ensablé sur la crête de la dune. Cela dit, il ne sera pas le seul à réaliser "que le désert est plus fort que toi". Eh oui, ce n’est pas évident pour tout le monde ! La moitié des équipages ratent la première tentative. Lui, en ratera deux avant d’y arriver enfin. Taha, l’autre compétiteur d’Al Akhawayne ( dit Mister Styly pour les intimes) décide de concourir habillé tout en blanc ce jour-là. Il donnait l’impression de sortir d’un clip vidéo. Mais son look branché et sa détermination à toujours être au top, esthétiquement parlant, ne l’empêcheront pas pour autant d’être aussi un bon pilote.
Anne-Marie et moi ayant réussi le passage du premier coup, ma pilote a du mal à cacher sa fierté. Son grand sourire de défi ne la quittera plus de la journée. Et puis, il faut dire que jusque-là, il n’y avait pas de véritables sensations fortes. Si, enfin, pour le pauvre Aziz, qui à chaque coup d’accélérateur, grinçait des dents et frisait la crise cardiaque.
L’équipage de Speedy, c'est-à-dire les techniciens et mécaniciens censés maîtriser les véhicules mieux que tous, battront ce jour-là le record des ensablements.
Arrivés à quelques 5 kilomètres à peine de notre point de départ, les équipages sont pour la première fois livrés à eux-mêmes. Les boussoles sont un objet de curiosité pour la majorité d’entre- nous. Chacun devra pourtant deviner la direction du retour… et la distance nous séparant de notre destination, à vol d’oiseau. Anne-Marie ne trouve pas le nord. Ghali et Anas joueront aux devinettes une bonne demi-dizaine de minutes en tournant et retournant la boussole dans tous les sens. Les épreuves étant toutes notées, Taha (second équipage d'Al Akhawayne), tentera d’en induire quelques uns en erreur. Bref, chacun y va de son grain de sel. Il y en qui "se la jouent" à l'intuition, d’autres façon mathématique, mais personne ne trouvera la bonne direction avec précision. C’est le GPS de Daniel qui évitera à ce petit monde de tourner en rond entre les dunes de Merzouga.
De retour au bivouac pour le déjeuner, l’ambiance est beaucoup plus détendue. Les clans ne forment plus qu’un seul et grand groupe.
L’après-midi, une autre épreuve attend les équipages. Guidés par leurs copilotes, les conducteurs doivent trouver la sortie du labyrinthe. Les éclats de rires ne manqueront pas de fuser dans l’air là aussi. Anne-Marie commence à prendre plaisir aux petits jeux et s’en sort très bien même. Ce soir-là, le syndrome festif s’empare de tous.

Mercredi 20 avril
Le réveil est dur. Mais les plus courageux sont les moins jeunes. La journée promet quelques autres petits défis. Mais le plus dur consiste à priver le pilote de la vue. Pour le parcours désigné, les pilotes devront conduire les yeux bandés, et se référer aux seules indications des copilotes pour trouver le chemin, le temps étant également un facteur qui entre en ligne de compte. L’équipage, le plus impressionnant par sa prestation, est assurément celui de Freddy, un ancien élève de l’ENA dont le copilote n’est autre que son fils de 11 ans, Nicolas. Le petit s’avère être meilleur que beaucoup d’entres-nous, à commencer par notre propre équipage, Anne-Marie et moi. Et bien sûr, en compétition, tout est permis, question de mettre un peu d'animation dans tout ça. Alors certains équipages auront droit à l’encouragement de tous. D’autres, au contraire, seront volontairement et unanimement désorientés.
Une fois rentrés au bivouac, les uns et les autres laissent libre cours à leurs impressions et "jugements" sur le comportement des autres. Et le plus critiqué sera Jawad (sans rancune). Ayant beaucoup de mal à s’intégrer, traitant souvent même les autres avec dédain, il a le plus faible capital de sympathie. Il l’aura compris, d’ailleurs, puisque ce soir-là, il a fait l’effort de se fondre dans le groupe.
Peut-être aussi parce que c’était la dernière soirée à Merzouga. Peu importe finalement. Au fond, la seule chose à en retenir c’est que les inconnus d’il y a une semaine sont devenus des amis, formant une seule et grande famille. Bien sûr, des affinités rapprocheront plus les uns des autres, mais les valeurs de la vie en groupe étaient solidement ancrées dans tous les esprits. Et déjà, la nostalgie s’est frayée un chemin dans le cœur de tout un chacun.

Jeudi 21 avril
Retour à Ouarzazate. Plus qu’une journée avant les au revoir. Une journée aussi avant la remise des prix. Quelques équipages ont déjà mesuré leurs chances de victoire. Les HEC ne l’avoueront pas. Ils étaient pourtant terriblement intolérants à l’idée de rater le premier prix. C’est un peu normal aussi. The winner attitude est leur religion. Ils apprendront au hasard d’une rencontre avec un Touareg, Miloud, installé à Ouarzazate depuis quelques années, que la victoire ne se mesure pas toujours à l’argent ou au trophée, mais souvent aux rapports de confiance et de respect que l'on a avec les autres. Ils étaient dans une grande école alors que Miloud, totalement analphabète, parlait 9 langues dont le japonais). Second sur la liste des finalistes, les Télécom raflent également le titre de gentlemen de ce rallye. Largement mérité, à dire vrai.
Au fond, tout le monde a tiré une bonne leçon de cette aventure. Les organisatrices, Hakima, Lorraine et Kenza disaient vouloir créer des liens forts avec le Maroc et donner naissance à des projets de développement social dont ces jeunes seraient les porteurs et les promoteurs. D’une certaine manière, elles y sont parvenues. Sans littérature aucune. Et pour les autres, sans rancune.

 
 
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