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Par Abdellatif El Azizi
Patrimoine. Hercule mappartient !
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Vue de l'Océan depuis
les grottes d'Hercule (DR)
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Un paysan tangérois revendique la propriété des grottes dHercule. Mais les autorités locales se veulent seules et uniques maîtres du site, sans toutefois vouloir s'impliquer dans son entretien.
J'ai rencontré Hercule. Il habite au n° 6, rue de Rome au quartier Aïn Hayani, à Tanger. Le personnage a perdu de sa musculature du fait de lâge mais, les grottes dHercule nont plus aucun secret pour lui, dailleurs, il en revendique la propriété. Ahmed Ben Salem El Haddad ne se considère pas moins comme le véritable propriétaire des grottes dHercule. Les grottes et le terrain qui entourent le lieu, sur quelques hectares, lui auraient été laissés en héritage par ses ancêtres. Le vieux monsieur, qui crie à qui veut bien lentendre quil a été spolié par létat et les autorités locales de Tanger, avait même déposé plainte en ce sens, en 1989, auprès du tribunal de première instance et devant la cour dappel de Tanger. Cela lui a valu d'avoir à faire aux gens du "Makhzen", qui sont souvent venus lui signifier que son initiative nétait pas la bienvenue et quon ne sattaquait pas à ladministration impunément. Depuis, il a peur. Il ne veut plus parler.
El Haddad est en fait le gardien des grottes dHercule. Il travaillait effectivement là, à linstar des paysans de Médiouna. |
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Ces derniers venaient régulièrement, à proximité du site, moudre leurs olives dans les moulins creusés dans le granit. Dépossédés de tout, sans aucune ressource, El Haddad et ses compagnons ont fait tourner la meule des années durant. Ils ont également joué aux ingénieurs topographes, en découpant à laide doutils rudimentaires, à même le granit, de petites meules revendues à lépoque quelques dizaines de dirhams. Il faut dire que, non seulement lespace, situé dans lenceinte des grottes, servait de moulin à huile, mais le granit était dune qualité telle, que toute la région sapprovisionnait en meules. On trouve dailleurs des milliers de cercles concentriques, creusés à même les parois, qui prouvent lexistence dun trafic de meules particulièrement florissant jusquau début du vingtième siècle. El Haddad soccupait notamment de faire tourner la meule à lui tout seul. "Cétait un sacré gaillard, tout en muscles et doté dune force inouïe" rapportent les vieux.
Quant à la propriété des grottes, revendiquée par cet Hercule du terroir, elle fait "rigoler" les paysans. "Sincèrement, ce que lon reproche à El Haddad, cest de vouloir sapproprier seul les grottes, alors que nos parents ont tous plus ou moins travaillé dans cet endroit à lépoque où ce lieu appartenait à la Jemaâ. La justice na pas daigné se prononcer dans cette affaire, même si El Haddad estime avoir subi, lui et sa famille "des préjudices moraux et matériels énormes" ! Si pour El Haddad et ses compagnons, les grottes représentent un enjeu financier considérable, en réalité, leur gestion, qui relève depuis 1922 de la Commune urbaine de Tanger, na donné lieu à aucune restructuration digne de ce nom. Les recettes des droits dentrée des grottes, au lieu de servir à lentretien de celles-ci, vont tout droit dans les caisses de la municipalité de Beni Makada.
En attendant, les grottes sont dans un piteux état. Il faut savoir que le premier aménagement date de 1958 et na concerné que lentrée du site. Il a fallu attendre vingt ans, soit jusquen 1982, pour quun éclairage, de piètre qualité, y soit enfin installé. Un bricolage de fortune empêche dailleurs lair et la lumière dentrer dans les grottes et augmente considérablement le taux dhumidité à lintérieur.
Même le gouffre de 150 mètres de profondeur que lon pouvait visiter a été condamné derrière des grilles en fer forgé rouges "cest pour empêcher les jeunes voyous de se livrer à la débauche !" explique dun air entendu le gardien, qui rappelle quauparavant, pendant la saison estivale, les jeunes gens en profitaient pour sisoler dans lobscurité de la grotte, lespace dun flirt. En réalité, la condamnation de la partie arrière des grottes a une toute autre histoire. Celles-ci avaient, en effet, été fermées aux visiteurs par mesure de sécurité, le 20 décembre 2003, après une chute de pierres, dans une des galeries qui avait fait un blessé léger. A lépoque, laccident avait été attribué à la construction dun parking, à proximité des grottes. Les ouvriers de la société African Sun-Set, qui aménageaient un parking non loin des grottes dHercule, auraient forcé sur le marteau piqueur, ce qui aurait provoqué la chute dune partie de la paroi. Les responsables de la société, qui possèdent le complexe hôtelier Le Mirage, sétaient dailleurs réunis avec la commission chargée de ce dossier et sétaient engagés à participer aux frais dexpertise et de réparation.
Lexpertise déclenchée par le LPEE devait permettre de déterminer très exactement lorigine de lincident et dévaluer lévolution des fissures présentes sur les parois des grottes. La société African Sun-Set avait accepté, à cette occasion, d'enlever les déblais provoqués par les travaux daménagement de son parking. Depuis, on ne sait ce quil est advenu des résultats de lexpertise. Le 13 janvier 2004, cependant, le wali de la région de Tanger Tétouan avait tenu à faire une visite en grande pompe aux grottes, donnant ainsi le feu vert explicite de leur réouverture.
Ce site, battu par les vents, a été encore peu fouillé par les explorateurs. Pourtant
Les grottes dHercule regorgent de vestiges sur lesquels les spécialistes sinterrogent encore.
Ce trésor archéologique inestimable qui daterait de 5000 ans, est constitué dun ensemble dhabitats préhistoriques de la période néolithique : la grotte des idoles, surnommée grotte d'Hercule, la grotte dAl Alia, la grotte dAl Khilji et celle dAs-Sayfia. Les objets archéologiques mis au jour sont actuellement exposés au musée de la Kasbah de Tanger (poterie lisse, rouge, incisée et à impression, des meules, des roches polies, du silex taillé et des figurines en terre cuite).
Mais le gros du trésor a disparu. Ainsi, des céramiques cardiales, trouvées dans ces grottes ont été détournées vers lEurope et les Etats Unis.
Aujourdhui, si le ministère de la Culture daignait au moins appliquer réellement la loi 80/22, qui régit la gestion du patrimoine matériel et moral du pays, à défaut de contenter El Haddad et ses compagnons, on pourrait au moins rendre aux Tangérois ce qui appartient à Hercule. |
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Mythologie. Hercule le Tangérois
D'après Platon, la région de Tanger était le royaume du géant Antée, le fils de Poséidon et de Gaïa. Ce géant "monstrueux" attaquait les voyageurs pour construire avec leurs crânes un temple dédié à son père. Il donna le nom de sa femme, Tinga, à son domaine, dont les jardins s'étendaient de l'actuelle Sebta à la Lixus antique (région de Larache).
Parmi les douze travaux dHercule (Heraclès chez les Grecs), figurait le vol de trois fruits d'or, des jardins des Hespérides. Hercule réussit à s'emparer par la ruse des fruits tant convoités, ce qui donna lieu à une bataille terrible entre Hercule et Antée.
Au cours de cette bataille titanesque, le fils de Zeus et d'Alcmène, dun coup de sabre, ouvrit le détroit de Gibraltar et éleva deux colonnes de part et d'autre du sillon que lon appela colonnes dHercule. Cest ainsi que ces colonnes allaient symboliser pour de nombreux siècles, les limites du "monde civilisé". La légende attribue également à Hercule l'aménagement des grottes situées au sud du Cap Spartel, sur la côte atlantique.
Hercule sortit vainqueur de cette bataille et prit pour femme l'épouse du défunt Antée, qui lui donna un fils, Sophox. Celui-ci fonda une cité qu'il nomma Tingis, en hommage à sa chère maman ! |
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