Le seul titre de gloire de El Achiri est d'avoir su se faire cracher dessus au bon moment
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
C'est avec beaucoup d'intérêt que notre héros, l'infatigable Zakaria Boualem suit ce qu'il est désormais d'usage d'appeler "l'affaire Barthez". Le gardien de but de l'équipe de France, qui a profité d'un petit passage à Casablanca pour cracher à la figure d'un arbitre marocain, est passible d'une lourde suspension. France Football s'indigne, El mountakhab aussi, c'est dire si l'affaire est importante. Zakaria Boualem, lui, lit tout se qui s'écrit sur le sujet. ça lui fait plaisir qu'on parle du foot marocain dans France Football, en quelque sorte. Même si le foot marocain en question est symbolisé par un arbitre, El Achiri de son petit nom, dont le seule titre de gloire est d'avoir su se faire cracher dessus au bon moment ; même si le triste match qui a servi de cadre à cette agression salivaire faciale n'avait rien de bien glorieux. Il s'en fout, on parle de lui dans France Football. Voyez ou peut se nicher le patriotisme footballistique. La position morale de Boualem sur cette délicate affaire est des plus nuancées. C'est que notre homme a grandi dans une région du monde où le fait de se faire cracher dessus est ce qui peut arriver de plus amical à un arbitre de football.
Zakaria Boualem se souvient que dans sa bonne ville de Guercif, le bus de l'équipe adverse était accueilli par une pluie de crachats divers, une coutume locale qui "boostait" au passage le commerce des essuie-glaces, déjà particulièrement prospère dans la région. |
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Zakaria Boualem se souvient aussi d'un vieil homme d'apparence respectable - comprenez en costume noir rezza orange fluo qui ne loupait aucun match de l'équipe locale. Cet étrange supporter, dès le coup d'envoi, commençait à hululer d'une voix menaçante : "atiouni zouija, atiouni zouija !". On ne traduira qu'imparfaitement cette injonction effarante en proposant comme version française : "qu'on m'apporte mon fusil à deux coups !". Au moment ou j'écris ces lignes, un ami francophone, haut de gamme, me signale que la carabine à deux coups en question, en français, s'appelle un tromblon. Comme je n'ai aucun moyen de vérifier et que ne veux pas vexer mon pote, je vous livre les deux versions, à vous de voir. Pour revenir à notre vieil homme, il est évident qu'en demandant une arme, il pensait à en faire usage sur l'arbitre.
Allez savoir pourquoi, aucun penalty n'a jamais été sifflé à Guercif en faveur des visiteurs. Le vieil homme, qui commence à prendre un tel poids dans cette chronique qu'on l'appellera désormais Djelloul, ne se limitait pas aux menaces. Un jour qu'un attaquant adverse avait réussi l'exploit de dribbler le goal Guercifi pour envoyer paisiblement le ballon en direction du but vide, Djelloul a craqué. Posté en embuscade derrière les buts, il a surgi tel un démon pour plonger sur la balle et empêcher l'inévitable but. Le plus étonnant dans cette affaire, c'est qu'il s'agissait là du quatrième but des visiteurs.
Autrement dit, le match était déjà foutu. Mais, dans l'esprit de Djelloul, c'était l'humiliation de trop. Au risque de me répéter, je m'exclame de nouveau : Voyez où peut se nicher le patriotisme footballistique ! Zakaria Boualem se souvient aussi qu'il y avait un jeu très en vogue à Guercif : entrer au "tirane" sans payer. Une sorte de sport dérivé du football, un truc très populaire. à force de sauter par dessus la misérable clôture, certains gamins locaux avaient développé une belle technique de saut à la perche.
Sous d'autres cieux, ils auraient pu en faire un gagne-pain. Mais ils étaient Guercifis, alors ils devaient enchaîner, après le saut à la perche, la course à pied, pour semer les "merdas". Zakaria Boualem se souvient qu'un jour, un gamin qui n'en n'était plus un, après avoir sauté par dessus la clôture, a vu fondre sur lui un duo de moustachus verdâtres chargés de la sécurité du lieu. N'ayant pas lu la charte des droits de l'homme, les deux "merdas" s'apprêtaient à appliquer un massage intégral au resquilleur, au moyens de gourdins en bois. Le gamin, aussitôt, a eu une idée lumineuse, qui lui valu une belle gloire locale. Il s'est déchaussé et s'est mis à faire la prière en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Les deux merdas, par réflexe, ont arrêté leur course. C'était avant le seize mai, bien sûr.
Zakaria Boualem se souvient de beaucoup d'autres truc drôles qui se sont passés sur un terrain de foot, mais y a plus de place. Alors, un Barthez qui crache, vous savez... D'ailleurs, c'est même pas drôle. |