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Par Karim Boukhari
La Banque mondiale nous rassure
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La délégation de la Banque Mondiale
au Maroc. Objectif : rassurer
(DR)
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Une importante délégation de la Banque mondiale a rendu visite au Maroc pour préparer le prochain rapport dédié au royaume, et larrivée dun président conservateur à sa tête.
"Faites-nous part de vos remarques et de vos doléances, on est là pour vous écouter". Tel a été le message transmis, en milieu de semaine, par la délégation de la Banque mondiale (BM) à un parterre de chercheurs et dintellectuels triés sur le volet. La banque a délégué, pour ce rendez-vous nocturne à Rabat, pas moins de 8 représentants. Sur un "board" qui en compte 24, cela |
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fait beaucoup. "Cest pratiquement un tiers des décideurs centraux de la banque qui ont été dépêchés au Maroc, note ce chercheur qui sest longtemps frotté aux réalités de la BM. Cest une grande première. Cette présence massive ressemble à une opération de séduction destinée à convaincre et à rassurer les forces critiques du royaume, les ong". Même le choix de tenir la rencontre au siège de la bibliothèque générale du royaume, habituellement réservée aux activités très "nationales", semble relever de la même démarche de séduction
Le pourquoi de tout cela sexplique aisément : la banque sapprête à changer de président (Paul Wolfowitz remplace James Wolfensohn en juin prochain), et le nouvel arrivant inspire des motifs dinquiétude au Maroc comme ailleurs. Wolfowitz est un conservateur que lon dit proche, dans lesprit au moins, de ladministration Bush. Limage quil risque de donner à la banque est à des années lumière de celle que pourrait laisser son prédécesseur, Wolfensohn, décrit plutôt comme un "banquier à visage humain, relativement à lécoute des soucis des pays en voie de développement". Avec Wolfowitz, la Banque mondiale est déjà perçue comme le prolongement économique du département détat américain. Rien de bien grave, peut-être, pour le gouvernement et les officiels marocains. Fathallah Oualalou et Abdellatif Jouahri, respectivement ministre des Finances et gouverneur de Bank Al Maghrib, ne diront pas le contraire. Il en va autrement pour le milieu associatif et les chercheurs marocains qui constituent, paradoxalement, les premiers pourvoyeurs dinformations et denquêtes de terrain, pour la banque de Washington. De Fouad Abdelmoumni à Azzedine Akesbi, en passant par Najat Mjid, Abdelali Benamour et bien dautres, les représentants de la société civile (et partenaires de la BM, par leur travail de terrain), sont unanimes sur un premier point, déjà : le taux de croissance réalisé par le Maroc (3,5 %, le plus élevé de la région Maghreb), qui constitue le premier motif de fierté du gouvernement marocain, nest peut-être pas si bas, mais il reste un mauvais indicateur de létat de santé du royaume, tant que la redistribution des richesses nest pas équitable. Réplique des délégués de la banque : "Nous sommes des partenaires de développement, pas des décideurs. Nous ne pouvons rien imposer". La réponse peut paraître courte dans la mesure où la BM, de lavis des chercheurs marocains, a toujours privilégié, dans loctroi de ses crédits, les infrastructures "hard" (travaux publics et industrie lourde principalement) aux dépens des "soft" (écoles, centres de santé
etc), maintenant ainsi dans des proportions dangereuses, pauvreté et disparités sociales. De plus, comme le rappelle Najat Mjid, les équilibres macro-économiques du royaume (balance des paiements, du trésor, etc.) même le taux de croissance pourraient, dans labsolu, chuter à la faveur des baisses de recettes douanières et de laccélération des importations qui se profilent à lhorizon
Dautres griefs, tant économiques que politiques, voire sociaux, sont par ailleurs reprochés aux bailleurs de fonds de Washington : la lenteur des réformes administratives, qui naffectent que le discours sans rien changer aux mauvais réflexes, la faillite du système éducatif, dont les réformettes restent sans suite puisque conduites par des conservateurs, le sous-développement de lappareil judiciaire gangrené par la corruption et la soumission au pouvoir, labsence dun véritable leadership politique, etc... En somme, tous les maux du Maroc actuel. Abdelali Benamour, qui nest pas le plus critique vis-à-vis de lestablishment marocain, résume la situation ainsi : "Notre mode de gouvernance politique reste passéiste, il doit se moderniser". Abdeslam Aboudrar pointe à son tour le régime marocain, en rappelant les délégués de la BM à leurs devoirs : "Ne prenez pas tout ce que vous dit le gouvernement pour argent comptant ou alors prenez-le au mot par rapport à ses discours dintention". Les réponses des experts de Washington ont brillé par leur ambiguïté : "La Banque mondiale nest pas une entité politique". Certes. En filigrane, cest un autre discours que les messagers de la banque mondiale ont distillé, ce jour-là : "Le Maroc est plutôt un bon élève, nous sommes décidés à laccompagner, ce nest pas larrivée de Wolfowitz qui risque dy changer quelque chose". De toute évidence, la banque na pas dépêché ses délégués pour discuter de la situation politique marocaine, mais pour écouter les doléances dun panel dacteurs de la société civile et politique du pays. La veille de lentrevue avec la société civile, la délégation sétait entretenue avec un groupe de parlementaires, principalement des femmes. Là encore, et comme on nous la expliqué dans les coulisses du Parlement, "les débats se sont réduits à des doléances formulées par la partie marocaine, et à une écoute attentive des émissaires de la banque".
Beaucoup de bruit pour rien, alors ? Pas si sûr. La banque mondiale a mis au point un CAS (country assistance strategy), un volumineux document qui équivaut à un tableau de bord, où le royaume est décortiqué au détail près, y compris politiquement parlant. Le CAS sera discuté dans deux semaines par les décideurs de la banque à Washington, avant dêtre officiellement soumis aux autorités marocaines. Son intérêt, dans tous les cas, reste majeur. "Le CAS, nous précise ce chercheur marocain qui a participé à son élaboration, est plus précis, plus crédible, plus exhaustif (et certainement plus critique) que toutes les encyclopédies consacrées au Maroc". Le gouvernement marocain y a participé en livrant toutes les données chiffrées dont il dispose, mais lessentiel du travail a été réalisé à partir du background propre à la banque, mixé aux contributions des chercheurs, économistes, sociologues et intellectuels locaux qui y sont allés, chacun de son enquête, réflexion, étude, recoupement, etc. Le résultat final ressemblerait-il à celui qui, il y a près dune décennie, avait déclenché la campagne dassainissement ? |
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In extenso. Les experts de la BM ont dit
"Vous connaissez vos problèmes mieux que nous"
Par rapport aux griefs et aux doléances présentés tant par les parlementaires que par la société civile marocaine.
"Au Maroc, le taux de croissance est supérieur à celui des pays européens"
Par rapport aux inquiétudes sur lévolution future du taux de croissance marocain.
"Le gouvernement marocain nous a convaincus par les explications sur les programmes économiques quil compte réaliser"
Par rapport au crédit nouveau dont semble jouir le gouvernement marocain auprès de ses bailleurs de fonds
"Lidée qui veut que la Banque mondiale soit une émanation de limpérialisme yankee est bien dépassée"
Par rapport aux craintes et à lappréhension que suscite larrivée au pouvoir de Wolfowitz, en juin 2005
"Les gouvernements sont en principe les fruits des élections, ce qui nest pas le cas des ONG"
Pour équilibrer la vision, généralement critique, développée par les ONG vis-à-vis du pouvoir. |
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