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Interview (enfin, presque). Archane craque
Sahara. Les méandres de la marocanité
Société. Orphelins à la rue !
Festival. Sur la route du Boulevard
Hommage. Fatna Bent Lhoucine. Eloge d'al aïta
N° 175
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Spectacle. 100% femmes… et du plaisir

Vendredi 29 avril. La salle Bahnini à Rabat est archi-comble. Plus d’invités que de billets vendus. C’est le drame perpétuel de notre théâtre. Dans B’nat Lalla Mennana, Nora Sqalli et Fatéma Loukili ont opté pour une adaptation très libre de La Maison de Bernada Alba du dramaturge espagnol F.G. Lorca. On connaît la chanson. Quatre orphelines cloîtrées à la maison par leur mère, veuve sont tellement jalouses de leur demi-sœur, bébête, sur le point de partir en noces, qu’elles s’arrachent toutes l’heureux élu. L’ossature y est toujours mais les adaptatrices ont pris le parti d’en rire aussi. Elles l’ont transposée de la misère oppressante de l’Espagne franquiste au mode mi-jovial,
mi-amer d’une famille de jbala. On y est d’emblée grâce à Rafiqa Benmaïmoun, auteur d’un décor impressionniste et fonctionnel et de costumes qui contribuent à égayer la grisaille ambiante. Samia Akariou, qui s’est essayée à la mise en scène pour la circonstance, a accentué encore plus le filon tragi-comique en orientant le jeu sur le mode du pathos. Dans le jeu, cela donne des moments de tension joués jusqu’aux larmes et d’autres de détente sans limites. Le tout entrecoupé par des intermèdes, chantants et dansants, manière de reporter le drame. La maison fermée devient, alors maison close. Samia Akariou (la benjamine) campe jusqu’à l’excès le rôle de l’amante passionnée. En face, le jeu spontané mais maîtrisé de Nora Sqalli (l’aînée) et la capacité de Saadia Azgoun (Lalla Mennana) de camper le personnage de la mère distante et castratrice sauvent la mise.


Exposition. Art engagé

Deux généraux se mettent de grandes claques dans la gueule, et un avion de la TWA crashé se vide de ses entrailles métalliques. à côté, un pingouin toise deux juges à perruque mauve. Qu’est-ce à dire? De l’art engagé. Zhor Rehihil, vidéaste, et Youssouf Amine El Alamy, écrivain, ont choisi pour l’exposition "L’œuvre plus que jamais" une vingtaine d’œuvres du fonds régional d’art contemporain de la région PACA. Parmi celles-ci, Le "Palais" fait sourire, plus pour sa finesse et son côté faussement grotesque. Et c’est là l’intérêt de l’exposition. Rendre sa noblesse à l’œuvre politique, souvent ramenée à sa caricature, réalisme socialiste ou autres délires post-situ, pour montrer le foisonnement esthétique et sensible de vidéos, photos ou dessins d’artistes venus d’horizons divers. Encore de la culture élitiste ? Non, partageant les inquiétudes et les interrogations du public, ces œuvres se révèlent très accessibles.l
Jusqu’au 23 juillet à l’IF Casablanca.


Rap casaoui. Bigg voit grand

Alors que son groupe Mafia C s’apprête à monter sur les planches du Boulevard 2005 en tant qu’invité, le rappeur Bigg, Taoufik de son vrai nom, se lance dans une aventure parallèle : un album solo de 22 titres, généreux en featurings métissés, inspiré de la bonne vieille soul américaine revisitée par la darija. "Magharba ta’l mout", un rap osé pour dire la rue, la politique, soi-même, la vie, parce que "la fierté d’être Marocain ne veut pas dire qu’on est satisfait de la situation". Le rap casaoui sur les traces des révélations meknassies et marrakchies ? Une chose est sûre, Bigg se sent prêt à devenir grand.


Théâtre. Un absent omniprésent

Erite par Jean-Luc Lagarce en 1994, la pièce "J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne" est le prétexte d’un monologue à plusieurs voix sur l’absence. Cinq femmes ont attendu pendant des années le retour d’un jeune homme. Sa mère, ses trois sœurs, et sa grand-mère. Par une nuit d’été, il est là. "Revenu de tout, revenu de ses guerres et de ses batailles, enfin rentré à la maison, posé là, dans la maison, maintenant, épuisé par la route et la vie ... revenu à son point de départ." Les cinq femmes disent les drames, les joies, l'espoir, les souvenirs, le retour. Mais est-il vraiment revenu ? L’accent est mis, par le metteur en scène Joël Jouanneau, sur le langage, l’expression scénique. Parce que le texte est écrit pour être dit, porté par le jeu des actrices. Mardi 10 mai 2005 à 20h, au Théâtre National Mohammed V.


Texte. Jennine, pour la mémoire

La misère, les obus, la chaleur des ancêtres qui rassure, la froideur d’Israël qui vous nie l’existence, les amandes qui durcissent, les généraux qui se pavanent, plein d’images et de phrases se suivent pour construire ce texte : Jennine. écrit par Etel Adnan, repris par plusieurs revues internationales, il vient d’être publié par la maison de beaux livres, Al Manar. Avec des gravures de Rachid Koraïchi, où l’arme tranchante, les lettres d’hébreu et l’alphabet arabe cohabitent, derrière des lignes-frontière, ce texte-hommage est bon à garder, pour ne pas oublier. Pour se rappeler que les Palestiniens, on veut les exterminer. D’autant que les cimetières sont surpeuplés et les villes décimées. Tragique et beau à la fois. C’est le paradoxe de la littérature.


Rock. Métal fleuri

Avis aux amateurs de rock. Désormais, ils auront leur propre festival…et 100% marocain par-dessus le marché. "Le Printemps de la composition" est d’ailleurs plus qu’un simple festival. C’est aussi- comme son titre l’indique- une compétition ouverte aux jeunes "métalleux" en herbe. Et une série de conférences existentielles sur "l’être et le devenir" des jeunes musiciens d’ici bas. Au programme, trois grands concerts respectivement les 7, 14 et 21 mai à 15 h, au centre socioéducatif de Hay Riad à Rabat.Cinq groupes se disputeront le titre du "meilleur compositeur 2005". L’association Nextrock a osé le pas- pas évident du tout il faut le dire. Le boulevard des jeunes musiciens fait des émules et c’est tant mieux !


Théâtre. Tombouctou en 52 jours

Au cœur du no man’s land saharien, une jeune femme enceinte en quête de sens livre un corps à corps avec sa mémoire. à travers cet hommage rendu à une Afrique noire méconnue, l’auteur dévoile son amertume face à ce qui n’est plus : le Maroc comme terre de rencontres entre les mondes réduit à ses guerres de voisinage, le Sahara dont le perpétuel échange culturel l’a cédé au pétrole et à l’immigration. Pétri de mystère et de poésie, l’œuvre d’Ahmed Ghazali n’en sonne pas moins comme un rappel à l’ordre de l’humanité. à Casablanca le 10 mai au théâtre 121, à 20h30 et à Fès le 18 et le 19 mai à 19h au complexe Al Hourria. Sans oublier "Etre Africain au Maroc", la question que pose Ghazali le 10 mai à 10h à l’IF Casa.


Installation. Sabler la vodka

Absolument artiste bat son plein. Les projets pour l’opération "Des’Arts et Désert", évènement initié par Absolut Vodka, sont en cours de sélection. Une quinzaine d’artistes confirmés ont déjà déposé leurs projets afin d’animer les dunes de Merzouga. Les promoteurs de l’idée ont voulu éviter la facilité. Il n’est pas question de repeindre les dunes, mais d’articuler le travail artistique autour du minéral et du végétal, le support de travail étant l’espace désert. Pour rajeunir le vivier des artistes sélectionnés, les organisateurs prévoient une tournée dans les écoles des Beaux-arts afin de donner leur chance à de jeunes artistes n’ayant jamais exposé.


Gospel. Back to the roots

"Oh Happy Day", "Amazing Grace", "Kwazé"…en san ou lingala (langues d’Afrique centrale), en dioula ou bambara (langues d’Afrique de l’Ouest), a cappella ou accompagné de congas ou de djembés, le groupe "All Men" chante du gospel et des chants africains. Une initiative de plus de l’association Lawnouna pour rapprocher Marocains et étrangers ! Les recettes seront intégralement versées à des associations d’aide aux étudiants africains et aux amis et familles des victimes de l’émigration clandestine.l
Samedi 14 mai 2005, à 19h – Centre culturel de l’Agdal – Rabat - entrée : 50 DH (30 pour les étudiants) - Tel. : 062 88 2004 / 062 87 03 50.


Droits d’auteur

Robert Plant, ex-Led Zeppelin, a sélectionné des morceaux pour un CD offert avec le dernier numéro du magazine anglais de Rock Uncut. Le 11ème morceau est de la pure musique marocaine enregistrée sur la route de Tichka. Robert Plant recherche les auteurs du morceau pour leur reverser des royalties. Un homme très honnête, Robert.


Brad Pitt, le retour

Après Spy Game en 2001, Brad Pitt est de retour au Maroc, à Ouarzazate où il tourne actuellement auprès de Cate Blanchette dans "Babel". Un drame signé Alejandro Gonzales. Le scénario est bâti sur quatre histoires entremêlées qui se déroulent entre le Maroc, le Mexique, la Tunisie et le Japon.


Télévision

2M veut "berbèriser" ses programmes. Deux options sont envisagées : produire 100% berbère ou sous-titrer les futurs téléfilms de la chaîne. Le succès audimat de "El Bandia" de Saïd Naciri, sous-titré en tamazight, est pour beaucoup dans ce débat qui agite les couloirs de la chaîne de Aïn Sebaa.



Humeur : Télé réalité (par Hassan Hamdani)

Caftan 2005 défilait sur TVM samedi soir dernier, la "modernité ancrée dans les traditions multiséculaires du Maroc" dixit le présentateur. Il pouvait enfin faire gober cette antienne grâce à de jolies filles bien sapées. Du genre qui grignotent dans les dîners. Au même moment, sur 2M, Imad Ntifi présentait une veillée funèbre en hommage à Fatna Bent Lhoucine. Il était gai, souriant, dynamique façon Ruba’iates. Personne n’avait été invité à témoigner de ses spleens éthyliques sur la musique de Fatna. C’était de la tradition ancrée dans la modernité télévisée, une réalité aseptisée. Pendant ce temps, hors télé, dans une auberge, à quelques kilomètres de Casa, entre campagne et ville, le vin coulait à flot. La campagne était en goguette. Les citadins "modernes" aux abonnés absents. Back to the roots, un type en veste année 50 (la décennie, pas le style) dansait sur un clip de Ould El aâounia jamais programmé sur petit écran. Dans ce morceau d’anthologie, une chikha en caftan zébré, égale en termes de poids à dix grignoteuses de salade. Fière de ses bourrelets, elle exhibait son sexe, sous le nez d’un nain en tekchita et couettes de petite fille. Du Twin Peaks dans le texte. C’était la aâroubi attitude, la vraie tradition multiséculaire du Maroc. Moderne parce que vraie, mais pas très télégénique pour les hygiénistes de la culture.



Le livre

L'anthropologue Abdellah Hammoudi a, enfin, rendu sa copie. Le pèlerinage qu’il entreprit en 1999 est celui d’un rationaliste qui observe la pratique, mais qui est pris par le tourbillon du rite. Une saison à la Mecque restitue toutes les phases du parcours initiatique. Cela va de l’agent d’autorité marocain corruptible, exigeant la baraka du haj, au Saoudien convaincu que seule sa terre est entièrement pure. Dans l’intervalle, l’auteur est pris entre la dévotion de ses compagnons, l’autorité qui gère l’orthodoxie, l’obsession de la Kaaba qui s’empare de tous, ces villes-boutiques qui n’ont plus d’histoire, plus de traces de leur passé, et le comportement raciste observé par les wahhabites envers les chiites. Agréable tour de force.

Abdellah Hammoudi. Une saison à la Mecque ; Ed. Seuil (275 dh)




Agenda

Images d’Allemagne. L’Allemagne réunifiée vue par les caricaturistes étrangers. Goethe Institut Rabat/Casablanca jusqu’au 31 juillet.

La compagnie de ballet classique Cosi et Stefanescu au Théâtre Mohammed V de Rabat le 12 mai à 20h30. Au complexe culturel Moulay Rachid de Casablanca le 13 mai à 20h30.

Dominique Devals chante les poèmes de Mahmoud Darwich le 8 mai à Dar Batha à Fès à 21h.

Hept’arab et le NF Jazz Big Band donneront un concert commun le 7 mai à 19h au centre culturel Mehdi Ben Barka à Rabat.

Anlor Boyer expose ses "promenades clandestines à Casablanca", un ensemble de photos et de vidéos sur le Casablanca inexploré. Café La Pergola, Parc de la Ligue arabe jusqu’au 22 mai.

Shall we dance ? Thriller réalisé par Peter Chelson avec Richard Gere, Jennifer Lopez et Susan Sarandon. Un avocat prospère mène une vie banale jusqu’au jour où il aperçoit une belle femme à sa fenêtre. Fasciné, il décide de se rendre à l’académie de danse où elle est professeur et d’y prendre des cours.
Megarama. Casablanca.

Invité par l’association Aïn Chams, Yakov Rabkin, présente et débat de son livre "Au nom de la Torah", une histoire de l’opposition juive au sionisme, à la salle Delacroix. Lycée Lyautey, jeudi 12 mai à 19h.

La troupe Warchat Al Ibdaa joue Soltane Tolba de Abdessamad Kenfaoui. Adaptée par Abdellatif Firdaous, la pièce, qui reprend une tradition médiévale, est une satire sociale. A l’IF de Marrakech, mardi 10 mai à 20h. Entrée à 30 et 50 DH.

Rachid Taha en concert le 11 mai au collège La fontaine à 19h30 et le 13 mai à Kenitra au terrain de Hand Ball à 19h.

 
 
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